A quoi ressemblerait la France de Jacques Cheminade ?

Le candidat, fondateur du parti Solidarité & progrès, met la sortie de l'euro, la fondation d'un nouvel ordre économique mondial et la conquête spatiale au coeur de son programme.

Jacques Cheminade, le 15 novembre 2016 à Paris.
Jacques Cheminade, le 15 novembre 2016 à Paris. (JOEL SAGET / AFP)
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C'est la troisième fois qu'il se présente à une élection présidentielle. Jacques Cheminade, qui est à la fois le fondateur et le dirigeant du parti Solidarité & progrès, avait recueilli 0,28% des voix à la présidentielle de 1995, et 0,25% à celle de 2012. A 75 ans, il est le doyen des candidats, mais rêve encore de l'Elysée. Il l'avait d'ailleurs annoncé dès le 4 avril 2016 sur France 2. Les axes de son projet tournent autour de l'euroscepticisme et du protectionnisme. Mais concrètement, à quoi ressemblerait sa France s'il était élu président ?

Sur l'emploi : remettre la France au travail

S'il est élu président de la République, Jacques Cheminade assure que sa première mesure sera de "convoquer une conférence nationale sur l'emploi, dont les débats seront retransmis par les médias publics". Le but pour le candidat est e trouver les secteurs qui peuvent embaucher rapidement des jeunes et des chômeurs. Jacques Cheminade pense notamment aux services à la personne, aux métiers de l'informatique, aux logements sociaux… "Une politique de crédit public soutiendra cet effort et il sera en même temps offert aux entreprises des moyens de créer des CDI contre l'embauche d’apprentis", précise-t-il.

Sur l'économie : un nouveau Bretton Woods

Le modèle de Jacques Cheminade, c'est Lyndon LaRouche. Les deux hommes se sont rencontrés en 1974. Cet homme politique, essayiste et polémiste américain, est, comme le dit Libération, "convaincu que l'accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne a été planifiée par le Royaume-Uni, que les Beatles sont une création des services de propagande britannique, que l'administration Bush a elle-même commandité les attentats du 11-Septembre et, classique de la galaxie conspirationniste, que le contenu des Protocoles des Sages de Sion est authentique". 

Interrogé à ce sujet par le quotidien le 6 avril 2012, Jacques Cheminade avait reconnu : "C'est un homme dont je partage les analyses même s'il a des expressions un peu vives." La même année, il dit dans 20 Minutes le considérer comme un "ami". Plus qu'une analyse, c'est un point phare du projet de Lyndon LaRouche que Jacques Cheminade reprend : il souhaite un nouveau Bretton Woods. Cet accord, signé le 22 juillet 1944 entre 44 nations, a permis la mise en place d'un nouveau système monétaire international, basé non plus sur l'étalon-or mais sur le dollar, ainsi que la création de deux institutions financières mondiales, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

"Mon ennemi, c'est la finance" : Jacques Cheminade, lui, le nomme autrement, "l'oligarchie financière". Il le dit depuis les années 1990, et avait même prophétisé la crise financière. C'est la raison pour laquelle il entend "sortir de l'économie casino", pour créer "un ordre monétaire international fondé sur le développement mutuel et éviter un désordre géopolitique suicidaire". La formule est complexe. Mais pour parvenir à ses fins, il précise tout de même envisager la tenue d'une conférence internationale sur la dette et la réforme du système monétaire international dans les 100 premiers jours de sa présidence.

L'intérêt d'une telle conférence, pour Jacques Cheminade, est d'annuler les dettes des Etats, qu'il juge "illégitimes". Il veut également mettre fin au système des banques centrales, au profit de banques nationales. En France, il compte s'appuyer sur la Banque publique d'investissement, pour "tripler progressivement [ses] moyens" et "qu'elle puisse réellement venir en aide au décollage et à l'essor des PME et des ETI, tout en créant un crédit d'impôt industrie-région pour relayer les projets nationaux".

Sur l'Europe : un retrait de l'UE et de l'euro

C'est dans cette perspective que Jacques Cheminade veut que la France quitte la zone euro, car il considère que la monnaie unique est "devenue le relais de la mondialisation financière". "Inacceptable", selon lui. S'il prône un retour au franc, le candidat de Solidarité & progrès se dit dans le même temps favorable à une "monnaie commune", mais pour les "pays européens attachés aux mêmes valeurs" – il ne précise pas lesquels – et uniquement pour les "échanges extérieurs entre ses adhérents".

Dans la même veine, Jacques Cheminade souhaite sortir de l'Union européenne et "refonder l'Europe sur la souveraineté des peuples". Son modèle d'Europe, ce sont les plans Fouchet, élaborés par l'homme politique du même nom sous la présidence de Charles de Gaulle, en 1961 et 1962. Ce qui prime, dans ce modèle, c'est la coopération intergouvernementale et le respect de l'identité des peuples et des Etats membres. Traduit par Jacques Cheminade, cela donne "l'Europe des patries et des projets".

Sur l'international : sortir de l'Otan et bâtir un nouvel ordre économique

Jacques Cheminade y tient, il veut bâtir un "nouvel ordre économique international", voire un G12 avec les Brics. Cet acronyme anglais désigne un groupe de cinq pays qui se réunissent depuis 2011 en sommets annuels : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Autre volonté, cette fois avec la Chine, pays avec lequel il souhaite un partenariat plus développé : "tracer une nouvelle route de la soie intercontinentale et un pont terrestre mondial".

Le candidat veut aussi renouveler les relations avec l'Afrique et le Moyen-Orient. De quelle façon ? En mettant "un point final à la Françafrique", et en créant un ministère du Co-développement, de la Coopération et de l'Intégration. Celui-ci sera chargé d'organiser "une politique de développement et d'accueil tout particulièrement orientée vers les réfugiés politiques et la jeunesse africaine". Enfin dans le domaine de la politique internationale, il espère engager le retrait de l'Otan.

Sur l'environnement : à la conquête de la Lune et de Mars

Les ambitions de Jacques Cheminade ne se limitent pas à la France. Le candidat voit au-delà de la planète Terre. "L'espace est pour moi le fer de lance de mon engagement politique", écrit-il sur son site internet. Son premier objectif, c'est la Lune. Pour Jacques Cheminade, c'est "un tremplin vers le système solaire". Il imagine donc une base sur le satellite naturel de la Terre, avec des centres industriels et scientifiques, et même un village.

Il s'agirait d'une base pour décoller vers Mars, prochaine étape. Pour raccourcir le trajet Terre-Mars, Jacques Cheminade mise sur la "propulsion nucléaire". Passionné par l'éventualité d'existences extraterrestres, une fois arrivé sur la planète rouge, il veut "enquêter sur les possibilités passées de vie", puis "y créer nous-mêmes les conditions d'une possible vie".

Le candidat est aussi favorable au nucléaire, qu'il considère non pas comme "un mal nécessaire, mais un bien indispensable". A cela, il ajoute une volonté de mettre fin à la sous-traitance dans le domaine, organiser la transition énergétique vers des énergies plus denses et refuser la "fermeture prématurée de Fessenheim". Enfin, au cours de ses 100 premiers jours, il promet "de faire de la mer l'espace agricole du futur, éliminer les débris de satellites dans l'espace et les déchets plastiques dans la mer".

Sur l'éducation et la culture : augmenter les enseignants et créer des chorales

Pour l'éducation, Jacques Cheminade a quatre propositions phares : rétablir les heures d'étude dans l'enseignement primaire et secondaire (actuellement, elles ne sont pas toujours obligatoires), organiser le suivi des élèves après les heures de cours, mettre en place un dispositif de soutien scolaire public et gratuit et augmenter de 20% le salaire des enseignants.

Le fondateur de Solidarité & progrès ne souhaite pas tout jeter de l'Europe, en particulier dans le domaine de l'éducation. Ainsi, il veut garder le programme Erasmus +, "la grande réussite de l'Europe". Par conséquent, il souhaite doubler le financement du programme et proposer "des mobilités de stage pour les apprentis et les demandeurs d'emploi, des mobilités hors Europe pour les doctorants, des stages d'observation pour les formateurs et les enseignants et l'adhésion du sentiment pour tous".

Jacques Cheminade veut également faire de la culture le cœur de son programme. Et, proposition inédite par rapport à d'autres candidats, "encourager dans ce contexte les chorales, qui sont en petit ce que la République doit être en grand." Rien de moins.