A quoi ressemblerait la France de François Asselineau ?

Le candidat de l'UPR, qui a obtenu ses 500 parrainages à la surprise générale, fait de la sortie de l'Union européenne sa priorité.

Le souverainiste François Asselineau, candidat à l\'élection présidentielle sous la bannière de l\'UPR, pose à Paris, le 10 mars 2017, après l\'annonce de l\'obtention de ses 500 parrainages.
Le souverainiste François Asselineau, candidat à l'élection présidentielle sous la bannière de l'UPR, pose à Paris, le 10 mars 2017, après l'annonce de l'obtention de ses 500 parrainages. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
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Louis BoyFrance Télévisions

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Il sera sans doute le nom le moins connu sur les bulletins, le 23 avril : François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine, est l'invité surprise de l'élection présidentielle. Alors que son nom n'a même pas été testé dans les sondages, il assure pouvoir créer la surprise, et a présenté, mardi 14 mars, son programme, lors d'un meeting à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). 

Le fondateur de l'UPR (Union populaire républicaine) est animé par une idée fixe : faire sortir la France de l'Union européenne, de l'euro et de l'Otan, le plus vite possible. Et il a la particularité de prendre au sens strict de la Constitution la définition du rôle de président de la République, laissant au Premier ministre et à son programme législatif tout ce qui ne relève pas de "l'indépendance nationale". Mais il a tout de même dévoilé ce programme législatif mardi. Ce qui permet d'imaginer à quoi ressemblerait la France si François Asselineau remportait l'élection présidentielle.

Europe : la France hors de l'Union et de l'euro

François Asselineau l'assure : sa toute première décision comme président de la République serait de lancer le processus de la sortie de l'UE en activant le fameux article 50 du traité sur l'Union européenne, celui que le gouvernement britannique va enclencher pour appliquer le Brexit. Une décision qui entraînerait, de fait, la sortie de la France de la zone euro. Dans l'Hexagone, un "nouveau franc" prendrait la place de la monnaie européenne. 

La sortie de l'Union européenne est la raison d'être de l'UPR, et la marche à suivre pour y parvenir figure dans la charte fondatrice du mouvement, adoptée en 2007. François Asselineau, fondateur du parti, voit dans la construction européenne "la cause principale" des maux de la France. Dans sa charte, le parti présente même comme secondaires les débats sur des sujets comme la fiscalité, les retraites, l'immigration, tant "les grandes décisions stratégiques en la matière (...) ont été dérobées au peuple français" et sont, selon lui, prises par les institutions européennes.

Une fois cette sortie de l'Europe (qui s'accompagnerait d'une sortie de l'Otan) entérinée, François Asselineau veut s'assurer qu'il n'y aura pas de retour en arrière, en inscrivant dans la Constitution l'interdiction de tout transfert de souveraineté par la France à une autre institution, s'il n'est pas limité dans le temps et dans le domaine où il s'applique. Cette révision constitutionnelle serait soumise à un référendum.

Institutions : recours accru aux référendums

François Asselineau est très virulent contre les partis politiques au pouvoir, qu'il juge "complices" de l'emprise de l'Union européenne sur la France. Il promet plusieurs mesures institutionnelles pour assurer un renouvellement des élus. Dans son programme, il s'engage à interdire aux parlementaires, ainsi qu'aux conseillers régionaux et généraux, d'effectuer plus de deux mandats consécutifs. Aucune réforme du mode de scrutin ne figure à son programme, mais lors d'une séance de questions sur Facebook, en décembre, il se disait prêt à ouvrir une réflexion sur l'instauration, à l'Assemblée, du scrutin proportionnel avec une prime majoritaire. Il promet aussi, dans son programme, la reconnaissance du vote blanc.

Concernant la probité des élus, le leader de l'UPR souhaite instaurer "un examen périodique des conflits d'intérêts", et rendre inéligibles à vie les élus reconnus coupables de corruption. Il a aussi dans le viseur le Conseil constitutionnel, dont il veut exclure les anciens présidents pour le transformer en un collège de 16 magistrats, élus pour douze ans par les parlementaires.

François Asselineau croit aux vertus du référendum. Il propose d'en organiser trois, sur des thèmes qu'il a déjà définis : la politique énergétique, la dette publique et l'immigration. Des sujets larges, car il ne veut pas soumettre une seule question, mais plutôt lancer de "grands débats nationaux (...) organisés de façon loyale pour que chaque opinion puisse être exposée et débattue". Le référendum aurait lieu au terme de ces débats. Détaillant celui sur la production de l'énergie en France, il explique que seraient posées des questions à choix multiple. Le programme de l'UPR prévoit également la création du référendum d'initiative populaire, sans plus de précisions.

Enfin, François Asselineau se fait le défenseur de certains échelons administratifs : il veut inscrire dans la Constitution l'impératif de préserver les départements et les communes. Et il s'élève contre les fusions de communes, qu'il veut également soumettre à référendum. Il permettrait même aux communes qui se sont déjà rassemblées, depuis 2010, de se séparer. A l'inverse, il n'aime pas les régions, qu'il veut transformer en "simples établissements publics régionaux", sans préciser la forme que prendraient ces structures.

Economie : protectionnisme et nationalisations

Le candidat de l'UPR place beaucoup d'espoirs dans la sortie de l'euro : il pense qu'elle aidera à réduire le chômage en mettant fin à l'afflux de travailleurs détachés. Il estime que les entreprises françaises économiseront 40 milliards d'euros en cessant de se plier aux normes européennes. Il préconise aussi d'interdire les marchés publics aux entreprises étrangères, sauf s'il est impossible de trouver un équivalent français.

Il propose également de nationaliser entièrement EDF, GDF, France Télécom, les sociétés d’autoroutes, les réseaux d’eau, ainsi que TF1, en tant que chaîne la plus regardée de France. Il mettrait également fin au processus de privatisation progressive de La Poste. Et souhaite inscrire le caractère public de ces entreprises dans la Constitution.

Très remonté contre "l'insistance de l'élite européenne pour remettre en cause nos avancées sociales", François Asselineau se fait défenseur des acquis sociaux. Il veut notamment abroger les lois Macron et El Khomri, qui représentent, pour lui, une "ubérisation de la société". Le travail le dimanche, emblématique de la loi Macron, serait limité strictement aux services publics, à la culture et, le matin, à certains petits commerces. Le candidat de l'UPR veut également verser des allocations chômage aux démissionnaires, et relever le smic de 1 153 à 1 300 euros net par mois.

Sécurité : peu de propositions contre le terrorisme

La menace terroriste, au cœur du débat politique depuis, au moins, les attentats de 2015, n'apparaît quasiment pas dans le programme de François Asselineau, si ce n'est au détour d'une phrase : "Lutter contre toutes les formes de terrorisme, à commencer par le terrorisme des séparatistes régionaux". Interrogé par l'émission "Quotidien" sur l'absence du sujet lors de son discours programmatique, mardi, François Asselineau a rétorqué : "Pourquoi voulez-vous que je parle de Daech et du terrorisme islamiste ?"

Le candidat souverainiste souhaite ainsi mettre fin à l'opération Sentinelle, mise en place après les attentats de janvier 2015, et qui mobilisent actuellement 7 000 soldats. La mise en place de plans Vigipirate serait limitée à deux mois, et renouvelable seulement trois fois par le Parlement. Au-delà, ils devraient être prolongés par référendum.

International : sortie de l'Otan et rapprochement avec la Russie

C'est le troisième volet de son "Frexit", avec la sortie de l'euro et de l'Union européenne : François Asselineau ferait sortir la France de l'Otan, l'alliance militaire dont son modèle, Charles de Gaulle, avait aussi claqué la porte en 1966 (la France avait alors quitté le commandement intégré de l'Otan). Très critique envers l'influence américaine d'une manière générale, il rêve de faire de la France un acteur "non-aligné" et "pacifiste". Soucieux de traiter de la même manière tous les pays du monde, sans partenariat privilégié avec l'Europe ou les Etats-Unis, il promet de revenir à une politique "d’amitié et de coopération" avec, notamment, la Chine et la Russie. Et souhaite s'allier à cette dernière et à la Turquie pour "détruire" l'Etat islamique en Syrie. Son programme prévoit de doubler le budget de la défense et de construire deux porte-avions.

Très attaché à la culture française, François Asselineau rêve de resserrer les liens avec les pays francophones, vers lesquels il réorienterait une partie des fonds versés aujourd'hui à l'Europe. Il créerait un Parlement de la francophonie et un Erasmus des pays francophones. Il imposerait aux ministres, comme à lui-même, de toujours s'exprimer en français lors de leurs déplacements à l'étranger, déplacements qu'il veut d'ailleurs limiter à ceux "réellement indispensables".