A quoi joue Marion Maréchal-Le Pen en s'opposant à sa tante et à Florian Philippot ?

En s'attaquant à la ligne officielle définie par Marine Le Pen, la députée du Vaucluse tente de gagner une bataille idéologique au sein du Front national.

La députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen, le 23 octobre 2016 à La-Tour-d\'Aigues (Vaucluse).
La députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen, le 23 octobre 2016 à La-Tour-d'Aigues (Vaucluse). (BERTRAND LANGLOIS / AFP)
avatar
Ilan CaroFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Des prises de position de moins en moins en phase avec la ligne officielle du FN, des relations toujours plus tendues avec Florian Philippot et une attaque frontale, dimanche 11 décembre dans Le JDD, contre la gouvernance de Marine Le Pen à la tête du Front national. Jamais Marion Maréchal-Le Pen n'aura porté aussi loin la défiance à l'égard de sa tante. Une offensive aussi idéologique que stratégique.

Elle défend des idées identitaires et catholiques

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen tient à ses idées. La violence de sa récente passe d'armes avec Florian Philippot à propos de l'IVG illustre l'importance des divergences qui règnent au Front national. Face à une direction frontiste qui vante une orientation étatiste, souverainiste et peu portée sur les débats sociétaux, Marion Maréchal-Le Pen épouse au contraire des thèses libérales sur le plan économique et traditionalistes sur les valeurs. "Marion Maréchal-Le Pen est au confluent des droites catholiques et identitaires", résume le chercheur Nicolas Lebourg.

Opposée au remboursement total de l'IVG par la Sécurité sociale, Marion Maréchal-Le Pen n'en est pas à sa première prise de position polémique. En pointe contre le mariage homosexuel, la députée du Vaucluse s'est personnellement impliquée dans La Manif pour tous, jusqu'à être acclamée à la tribune lors de la manifestation du 16 octobre dernier à Paris. Un mouvement pourtant ostensiblement ignoré par sa tante depuis ses débuts. Et encore plus par Florian Philippot, qui a comparé l'importance de ce thème à celle "de la culture du bonsaï".

Dans la même ligne "catholique traditionnelle", Marion Maréchal-Le Pen s'était déjà, par le passé, opposée aux aides en faveur du Planning familial, là aussi en désaccord avec la présidente du parti. Enfin, la jeune conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d'Azur se dit contre la peine de mort (une idée répandue dans les milieux catholiques), contrairement à sa tante qui souhaite soumettre à un référendum son éventuelle réintroduction en France.

Elle entend peser sur la ligne du parti

Partagées par une partie de la base du Front national, les convictions de Marion Maréchal ont du mal à se hisser jusqu'à la direction du parti, qui développe d'autres options. L'attaque de Florian Philippot, qui l'a décrite sur BFMTV comme "une personne seule et isolée" sur le sujet de l'IVG, lui a permis de se rendre compte à quel point elle était, au contraire, soutenue par de nombreux militants et cadres du partis, qui se sont exprimés sur Twitter.

"Elle ne cesse de marquer des points sur le plan idéologique", confirme l'historienne Valérie Igounet, spécialiste du Front national. Quant à Florian Philippot, il est apparu avec sa sortie comme "totalement déconnecté de la réalité, car Marion n'est pas du tout isolée", tacle un membre de la direction du parti.

Dans cette affaire, Marion Maréchal-Le Pen se sent d'autant plus légitime qu'elle a exprimé, sur l'IVG, la position que défendait en 2012 Marine Le Pen, qui a changé d'avis depuis. Sous l'influence de Florian Philippot, disent les mauvaises langues. Dans son interview de dimanche au JDD, la députée enfonce le clou : "Quand on définit la ligne du FN ou qu'on décide d'un changement stratégique, on le fait dans les instances du parti, on ne le fait pas tout seul sur BFMTV !"

Les signes de tension se multiplient depuis plusieurs semaines : mi-novembre, Marion Maréchal-Le Pen, en déplacement à Moscou, a ainsi "séché" l'inauguration du QG de campagne de Marine Le Pen. Une manière comme une autre de marquer sa différence.

Dans les mois qui viennent, Marion Maréchal-Le Pen entend continuer à faire entendre sa petite musique, et surtout dissuader Florian Philippot de prendre trop de libertés avec la ligne du FN. "Nous ne pouvions pas rester sans réponse après la phrase de Florian Philippot", estime l'un de ses soutiens, joint par franceinfo. "Le fait que le FN soit traversé par plusieurs courants est une richesse. Marine Le Pen aura besoin de tout le monde en 2017. Ce serait une erreur que de vouloir marginaliser Marion."

Membre du comité stratégique de campagne de Marine Le Pen (au même titre que 33 autres personnalités), Marion Maréchal-Le Pen dit avoir "bien l'intention d'y siéger", et de s'y "exprimer", dit-elle au JDD. Reste à savoir si elle a une chance d'y être entendue.

Elle compte s'assurer un avenir personnel

Au-delà de la bataille idéologique, il y a bien sûr une dimension stratégique dans cet affrontement interne. La benjamine de l'Assemblée nationale, qui vient de souffler ses 27 bougies, ne compte pas brûler les étapes. Il n'est, par exemple, pas question pour elle de se positionner comme un recours pour prendre la suite de Marine Le Pen en cas de mauvais résultats électoraux en 2017. "Nous avons une candidate, et tout le monde la soutient sans aucune réserve", assure Pierre Cheynet, membre du comité central et proche de la députée.

Mais Marion Maréchal-Le Pen est aussi très consciente de sa popularité. Elle rappelle elle-même qu'elle est la personnalité ayant obtenu le plus de voix de militants lors de l'élection du comité central désigné en 2014, devant Louis Aliot, Steeve Briois et Florian Philippot. Un succès qui ne lui a pour le moment pas permis de faire son entrée dans l'instance qui fixe réellement la ligne du parti : le bureau exécutif, composé de Marine Le Pen et de six membres acquis à sa ligne.

Un proche de la députée du Vaucluse, interrogé par franceinfo, la verrait bien intégrer le bureau exécutif en 2017, lors du congrès qui se tiendra après les élections de 2017. "Elle aura un rôle de premier plan à jouer dans les prochains mois", assure-t-il. Et ajoute, en guise d'avertissement : "Ceux qui veulent le nier se trompent." La dynastie Le Pen a peut-être encore de beaux jours devant elle.