Ils ont essayé le Front national, mais ils l'ont quitté, atterrés

Deux transfuges de l'UMP et du Front de gauche ont finalement décidé de quitter le parti.

L'ancienne candidate du Rassemblement Bleu Marine à Marseille (Bouches-du-Rhône), Anna Rosso-Roig, le 24 mai 2013.
L'ancienne candidate du Rassemblement Bleu Marine à Marseille (Bouches-du-Rhône), Anna Rosso-Roig, le 24 mai 2013. ( MAXPPP)
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Ils se disent déçus du Front national. Après Arnaud Cléré dimanche, Nadia Portheault ou Benoît Girard, c'est au tour d'une autre candidate du Rassemblement Bleu Marine (RBM), le parti satellite du FN pour les municipales, de claquer la porte. Dans une interview à Libération (article abonnés), lundi 25 novembre, Anna Rosso-Roig explique pourquoi elle ne se présentera pas à Marseille (Bouches-du-Rhône) sous l'étiquette RBM.

Qu'ils soient transfuges d'un autre parti ou simples citoyens à l'origine, ils expliquent avoir découvert un parti différent de ce qu'ils imaginaient. "Quand on voit Marine Le Pen à la télévision, on ne peut pas imaginer à quoi ressemble l'arrière-boutique", explique Arnaud Cléré à Rue89.

Un parti "non républicain" et "dictateur"

Militant UMP, Arnaud Cléré décide en mai 2013 de nouer une alliance avec le FN pour les municipales à Gamaches (Somme) et d'adhérer au parti Souveraineté indépendance et liberté, associé au Front national. Six mois plus tard, il s'en mord les doigts. "J'ai commis l'erreur de m'allier avec un parti non républicain, sectaire et dictateur qu'est le FN", explique-t-il.

Pour appuyer ses propos, il raconte une réunion, mi-octobre, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), avec les têtes de liste et quelques colistiers du nord de la France. "J'ai vu des tatouages de croix gammées sur deux ou trois personnes", assure-t-il. Mais le FN dément et promet des poursuites judiciaires.

De son côté, Anna Rosso-Roig décrit elle un FN marseillais "beaucoup plus radical que Marine Le Pen". "Monsieur Ravier [tête de liste du FN à Marseille] et beaucoup de responsables estiment que le Rassemblement Bleu Marine est trop doux, accuse-t-elle. Ils pensent qu'il faut utiliser la méthode forte".

Un parti "xénophobe" et "homophobe"

Les deux transfuges ont surtout été choqués par l'ambiance et le vocabulaire des militants FN. "Ici, ils sont contre des gens, pas pour un projet", explique Anne Rosso-Roig, qui rapporte qu'à chaque règlement de comptes, ses anciens camarades se réjouissaient d'"un chômeur de moins"

"Ils sont aussi obsédés par le cosmopolitisme, ajoute-t-elle. Dans une ville comme Marseille, ce n'est pas possible. On ne peut pas se présenter contre toute une partie de la population !" Elle précise au passage que Stéphane Ravier définit le viol comme un "rapport amoureux qu'une partie des deux souhaite. La deuxième pourrait faire un effort".

Arnaud Cléré dit lui avoir "été choqué par les propos homophobes et xénophobes des militants". Et d'ajouter : "Ils parlent sans arrêt de 'pédé', de 'pédé', de 'pédé', ça me fait froid dans le dos." Début novembre, Nadia Portheault dénonçait déjà une "arrière-boutique spécialisée dans les blagues vaseuses sur les Arabes et les homos". Un responsable de la fédération de Haute-Garonne lui aurait même glissé, selon elle : "Toi et tes enfants, vous êtes bons pour le four."

Deux fois candidat dans les Ardennes, Benoît Girard regrettait lui le poids de ce discours xénophobe par rapport aux thématiques sociales. "Le vote FN [procède] beaucoup plus d'un réflexe 'anti-immigré' que d'une aspiration collective à sortir d'un système socio-économique vécu par beaucoup comme une donnée imperméable au questionnement", expliquait-il à L'Union.