Non-cumul, déception, âge... Cinq députés expliquent pourquoi ils ne se représentent pas aux législatives

Au moins 212 députés ont choisi de ne pas briguer un nouveau mandat. Pourquoi une telle désertion ? Franceinfo a interrogé plusieurs parlementaires pour comprendre leur choix.

Des députés dans l\'hémicycle de l\'Assemblée nationale, le 7 février 2017.
Des députés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 7 février 2017. (DENIS ALLARD / REA)
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Margaux DuguetFrance Télévisions

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Ils s'appellent Claude Bartolone, Bernard Cazeneuve, Jean-François Copé, mais aussi Catherine Coutelle ou Arnaud Robinet... Ils sont de droite ou de gauche, anciens ministres, parlementaires médiatiques ou plus discrets, mais ont tous un point commun : les 11 et 18 juin, ils ne seront pas candidats à leur succession. Ils sont au moins 212 dans ce cas, selon le recensement de franceinfo.

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Si les raisons de leurs choix sont variées, la loi sur le non-cumul des mandats est certainement l'une des explications les plus citées. D'autres députés veulent plus simplement passer la main à la nouvelle génération. A l'Assemblée, on le sait : c'est la fin d'une époque. Avant de voir ces nouvelles têtes faire leur apparition au palais Bourbon, franceinfo a interrogé plusieurs députés qui ont renoncé à leur siège afin de comprendre leurs motivations.

"La population se méfie des parlementaires"

Depuis le 31 mars, de nouvelles règles sur le cumul des mandats sont entrées en vigueur. Elles interdisent notamment aux parlementaires d'être maire, mais aussi président de région ou de département. Résultat : nombreux sont les parlementaires à privilégier leur mandat local au détriment de l'Assemblée nationale.

C'est le cas, par exemple, de Dominique Bussereau. Le député des Républicains, élu de la 4e circonscription de Charente-Maritime depuis 1986, a préféré la présidence du conseil départemental à son siège de député. Pourquoi ? "J'estime qu'il est légitime de passer le relais à la nouvelle génération", explique-t-il d'abord. Mais ce dernier a également été marqué par la dernière législature.

Je viens de vivre cinq années désagréables à l'Assemblée. Le gouvernement n'écoutait pas beaucoup son opposition, ça m'a refroidi.

Dominique Bussereau, député de Charente-Maritime

à franceinfo

Le futur ex-député évoque aussi "la très grande méfiance de la population vis-à-vis des parlementaires", autre élément qui l'aurait poussé à préférer son département. Mais Dominique Bussereau dit n'éprouver aucun "regret" ni aucune "amertume" et confesse même un "amour du Parlement". "L'Assemblée est ma deuxième maison, je garderai le contact", promet-il. Il en profite aussi pour faire part d'une dernière inquiétude : "Les nouveaux parlementaires seront moins expérimentés. Ils vont être confrontés à la volonté de la haute administration de n'en faire qu'à sa tête. Je fais confiance à la jeunesse et à ses idées, mais il y a beaucoup d'inconnues."

"Ma carte d'identité me dit que j'ai dépassé les 70 ans"

C'est une explication plutôt simple mais qui a le mérite d'être claire : plusieurs députés ne se représentent pas, tout simplement parce qu'ils ont atteint un certain âge. Certains, élus depuis 1981, ont (finalement) décidé de raccrocher, parfois à regret. A 72 ans, Alain Rodet, député PS de la 1ère circonscription de Haute-Vienne, prend la chose avec humour : "J'ai regardé ma carte d'identité, elle me dit que j'ai dépassé les 70 ans", plaisante-t-il.

L'état d'esprit, ça va. Les artères ? Je fais un footing trois fois par semaine, mais l'état civil, on ne triche pas avec.

Alain Rodet, député de la Haute-Vienne

à franceinfo

Ce dernier n'aurait pourtant pas dit non à une dernière campagne : "J'aurais aimé faire campagne. Continuer ne me gênait pas." Le septuagénaire est déjà nostalgique : "C'était vraiment intense, j'ai fait ça pendant trente-six ans et j'ai beaucoup aimé l'Assemblée, j'ai beaucoup respecté le travail qui a été fait." Il se fait même sarcastique lorsqu'on évoque le renouvellement de l'Assemblée et la modernisation de ses pratiques : "L'ère nouvelle, vous savez, ça dure six ou neuf mois, pas davantage."

"Plus vous êtes élu, plus vous vous éloignez des réalités"

Ils sont jeunes, n'ont parfois fait qu'un mandat mais ont pourtant décidé de quitter la politique. Elu en 2012 en Côte-d'Or, Laurent Grandguillaume, député socialiste, est de ceux-là. A 38 ans, l'homme a annoncé dès septembre 2016 qu'il ne serait pas candidat à sa succession. "J'ai été élu pour la première fois en 2008 comme adjoint au maire puis, en 2012, je suis entré à l'Assemblée et je me suis appliqué le non-cumul des mandats", détaille-t-il. Il se souvient très bien des remarques de certains de ses collègues, de gauche comme de droite, lorsqu'il disait qu'il retournerait à la vie professionnelle à la fin de son mandat.

On me disait : 'La place est bonne, tu vas t'habituer.' Mais je me suis toujours dit qu'à un moment donné, je retournerai à la vie professionnelle.

Laurent Grandguillaume, député de Côte-d'Or

à franceinfo

Car Laurent Grandguillaume a eu un métier avant d'entrer à l'Assemblée : conseiller en formation professionnelle. Et il a minutieusement préparé sa reconversion. "En 2015, j'ai fait un bilan de compétence professionnelle. En juin 2016, je me suis inscrit au Celsa et à la Sorbonne pour un Master 2 en management organisation des ressources humaines, explique-t-il. J'ai maintenant envie de m'engager sur les nouvelles formes d'emploi." 

A l'annonce de sa non-candidature, l'élu a été submergé de messages de citoyens appréciant sa démarche. "J'ai été surpris car, dans ma tête, c'était clair, se souvient-il. Je vais aussi m'engager dans la vie associative, une autre manière de faire de la politique. Et puis, si ça me manque, rien ne m'empêche de me représenter un jour." Pour Laurent Grandguillaume, "il est sain de retourner à la vie professionnelle car plus vous êtes élu, plus vous vous éloignez des réalités". Il plaide maintenant pour le non-cumul des mandats dans le temps : "Pour moi, il faut deux mandats maximum dans une fonction pour garantir un renouvellement". 

"Je n'ai pas trouvé mon compte à l'Assemblée"

Lassitude, fatigue, déception... Les députés sont parfois confrontés violemment à la réalité de leur travail à l'Assemblée. Et certains, esseulés, ont décidé de jeter l'éponge. Dominique Chauvel, députée non-inscrite de Seine-Maritime depuis 2012, a préféré sa mairie de Saint-Valery-en-Caux. Celle-ci avait annoncé son choix dès 2014. "Je suis persuadée que l'on retissera la confiance sur le terrain avec les maires", dit-elle. Visiblement, l'élue ne gardera pas un excellent souvenir de l'Assemblée. 

Je n'y ai pas trouvé mon compte et je l'ai dit à Bartolone. J'avais l'impression de ne pas être à ma place à l'Assemblée, on est éloigné du quotidien des administrés.

Dominique Chauvel, députée de Seine-Maritime

à franceinfo

Dominique Chauvel décrit encore un milieu "tellement parisien""il faut connaître les codes". Mais, précise-t-elle, "au moment où je vous parle, je suis dans mon bureau à l'Assemblée et j'ai un petit pincement au cœur quand je pense à tout ce qu'on a fait. C'est cinq ans de ma vie où j'ai mis de côté ma vie personnelle et familiale." "Mais, c'est sans état d'âme que j'ai fait ce choix", conclut-elle.

"On a fait un travail acharné"

Lorsqu'on l'appelle, elle est précisément en train "de faire du ménage dans [son] bureau à l'Assemblée nationale". Catherine Coutelle, députée PS de la 2e circonscription de la Vienne, est à l'Assemblée depuis 2007. A 72 ans, la députée dit, elle aussi, "avoir l'âge d'arrêter". Mais, dès son entrée à l'Assemblée, cette dernière avait décidé de faire deux mandats et de tout donner sur son sujet de prédilection.

J'ai fait un travail passionnant. On a beaucoup fait avancer l'égalité femmes-hommes.

Catherine Coutelle, députée de la Vienne

à franceinfo

"Je me suis débattue sur beaucoup de dossiers, on a fait un travail acharné sur les retraites des femmes", raconte-t-elle. "C'est vrai que lorsqu'on est députée, il faut se faire une place et s'imposer au niveau de la circonscription, ajoute-t-elle. Mais j'ai été maître de ma vie et de mon temps." Catherine Coutelle ne prend pas totalement ses distances. "Nous avons créé une association d'anciennes députées dont je suis la présidente, précise-t-elle. L'idée, c'est de faire la transmission avec les nouvelles." Comme quoi, on ne coupe jamais réellement avec l'Assemblée.