Législatives : les cinq raisons de la bérézina de la droite

Après une campagne présidentielle plombée par les affaires de François Fillon, Les Républicains se sont montrés incapables de faire entendre leur voix et de contenir la vague En marche !.

François Baroin, le 11 juin 2017, au QG des Républicains à Paris.
François Baroin, le 11 juin 2017, au QG des Républicains à Paris. (PATRICK KOVARIK / AFP)
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Clément ParrotFrance Télévisions

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"La droite a raté son rendez-vous avec les Français. C'est plus qu'une défaite, c'est la fin d'une époque." Le constat dressé par Valérie Pécresse, présidente Les Républicains de la région Ile-de-France sur France 2, dimanche 18 juin, est sans appel. Après le fiasco de la présidentielle, marquée par les affaires Fillon, la droite est passée, cette fois, à côté des élections législatives.

Au soir du second tour, l'alliance composée par Les Républicains, l'UDI et des élus divers droite est parvenue à envoyer seulement 137 députés au palais Bourbon, soit presqu'une centaine de moins que les 225 sièges détenus dans l'Assemblée sortante.

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Le groupe d'opposition de la droite parlementaire ne pèsera donc pas grand chose dans l'Hémicycle. Un résultat qui révèle une campagne impossible marquée, notamment, par les divisions et les hésitations stratégiques. Franceinfo revient sur les raisons de cet échec.

1Un parti victime de la stratégie de Macron

Après avoir capté une partie de la gauche lors de la présidentielle, Emmanuel Macron s'est lancé à l'abordage de la droite et de ses électeurs pour les législatives. Une stratégie que le nouveau président a théorisée devant la caméra d'"Envoyé spécial" : "Je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras." Emmanuel Macron et son gouvernement ont multiplié les signaux positifs du côté de l'électorat de droite, du projet de loi antiterroriste à la nouvelle loi Travail, en passant par le retour du redoublement à l'école primaire.

Mais l'étape finale du plan du président de la République concerne les trois personnalités des Républicains qui ont rejoint le nouveau gouvernement : Edouard Philippe (Premier ministre), Bruno Le Maire (ministre de l'Economie) et Gérald Darmanin (ministre de l'Action et des Comptes publics). Au-delà de leur poids politique, le signal d'ouverture est envoyé aux électeurs. La riposte est immédiate du côté des ténors de LR, qui dénoncent des "débauchages" et des choix individuels.

"Ils n'ont aucune conviction, ils trahissent pour un bol de soupe...", lance Damien Meslot, maire de Belfort et député sortant qui a décidé de ne pas se représenter. Mais loin d'être anecdotiques, ces entrées au gouvernement déstabilisent la droite et provoquent de fortes divisions entre les tenants d'une ligne d'opposition traditionnelle et ceux qui souhaitent "répondre à la main tendue" du nouveau président, selon l'appel signé, le 17 mai, par 173 élus de droite et du centre. "Moi je veux mettre toute mon énergie pendant les mois et les années qui viennent à faire qu'au Parlement, on sorte de ces postures", a confirmé Thierry Solère, pendant l'entre-deux-tours dans l'émission "Questions d'info" sur LCP.

Je ne suis pas en marche mais je veux que ça marche.

Thierry Solère

Dans l'émission "Questions d'info"

Thierry Solère n'a d'ailleurs pas exclu une scission du groupe LR. Une position qui provoque l'inquiétude de certains cadres de son parti, comme Brice Hortefeux. "Ce ne serait pas constructif mais destructif pour notre famille politique. Je ne soutiens pas ce jeu dangereux incarné par une poignée d'élus LR qui ne viennent même plus siéger dans nos instances de débat, a confié au Parisien l'ancien ministre de l'Intérieur. Ils vont à l'encontre de la nécessaire unité des Républicains."

Les Républicains ont de plus en plus de mal à incarner ce grand parti censé créer de l'unité entre les droites françaises. "La seule solution c'est de faire des états généraux et d'avoir une direction collégiale", a plaidé, dimanche 18 juin, Jean-François Copé sur BFMTV. Il faut "qu'on prenne vraiment le temps de penser complètement à quoi peut servir la droite dans un contexte politique qui est complètement nouveau", a également expliqué le maire de Meaux et député sortant.

2Une stratégie fluctuante au fil de la campagne

Les divisions ont entraîné des hésitations dans le camp des Républicains sur la stratégie à adopter tout au long de la campagne. Quand François Baroin a réactivé avant le premier tour l'idée du "front républicain" face au Front national, des voix dissonantes se sont fait entendre dans ses troupes, comme le détaille Le Monde.

Plus globalement, la droite a eu du mal à se positionner par rapport à Emmanuel Macron. "Au départ, on a eu un très mauvais positionnement tactique, avec cette idée de vouloir imposer une cohabitation à Macron, avec Baroin en Premier ministre, puis on a modifié le discours quand on a compris que la position d'opposition systématique n'était plus audible pour les électeurs", analyse Franck Riester. Les ténors du parti ont ensuite tenté de rectifier le tir en se montrant plus constructifs et en expliquant qu'ils pourraient voter certains textes du gouvernement.

Après la défaite du premier tour, la stratégie a consisté à tenter de limiter la casse en appelant les Français à rectifier le tir pour éviter de donner une majorité trop large à La République en marche. "Une majorité écrasante peut faire courir le risque, malgré elle, d'écraser le débat", a ainsi tenté François Baroin lors d'un déplacement dans l'Oise pendant la campagne de l'entre-deux-tours. Mais sans attendre les résultats du second tour, le chef de file de LR pour cette campagne avait déjà acté la défaite de son camp sur BFMTV : "Ah ça va être très, très difficile d'expliquer que c'est un succès pour nous hein, très très difficile. C'est un échec."

3Une absence de capitaine pour tenir la barre

Le départ de François Fillon, grand perdant de la présidentielle, a laissé les troupes orphelines et il a fallu combler le vide. Officiellement, François Baroin a donc été chargé de conduire la campagne des législatives, mais il n'est pas parvenu à garder l'unité des troupes. "Je pense que deux droites peuvent coexister au sein de LR, mais pour cela, il faut un chef, estime le député sortant du Nord, Thierry Lazaro. Baroin joue le rôle du sapeur-pompier, mais le contexte n'est pas facile."

Vu les erreurs stratégiques, François Baroin a quand même manqué de lucidité politique au départ de cette campagne.

Franck Riester

à franceinfo

"Jusqu'à Nicolas Sarkozy, notre leader s'est imposé naturellement. Après la défaite de 2012, la droite a choisi la voie de la primaire pour désigner son chef. Avec le recul, je considère que cela nous a affaiblis. La primaire nous a tués", a pour sa part analysé François Baroin dans Paris Match. La défaite aux législatives risque ainsi de relancer la question du leadership. "Ce qui nous a perdus, ce n'est pas le leadership, c'est la guerre des chefs", a pour sa part déclaré Valérie Pécresse sur France 2.

François Baroin ne veut pas prendre la tête du parti. Du coup, deux hommes semblent se détacher pour la bataille à venir : Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, proche du mouvement Sens commun et partisan d'une "droite dure" conservatrice et identitaire ; et Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France et favorable à une droite plus modérée. "La question du leadership est loin d'être réglée. Une fracture peut intervenir au lendemain des législatives, entre ceux qui vont soutenir Macron et ceux qui voudront s'y opposer pour exister politiquement", estime Philippe Braud, enseignant-chercheur associé au Cevipof.

4Un programme qui ne fait pas la différence

Après la présidentielle, Les Républicains ont choisi d'amender le programme de François Fillon pour les élections législatives. "On perd la présidentielle sur un programme, c'est quand même logique d'en changer", argumente Damien Meslot. "Si [le projet de François Fillon] avait été le meilleur, il nous aurait permis de franchir le premier tour de la présidentielle", ajoute François Baroin dans Paris MatchMais le nouveau programme adouci de LR a pour conséquence de brouiller les cartes pour les électeurs. "De l'extérieur, il [était] très difficile de distinguer le programme de LR des intentions d'En marche !, note ainsi le politologue Philippe Braud.

Ils ont voulu atténuer le programme de François Fillon, jugé trop brutal, mais du coup, ils se rapprochent encore un peu plus de Macron.

Philippe Braud

à franceinfo

Les ténors des Républicains ont pourtant tenté de marteler les points de programme qui les distinguent du parti du nouveau président, essentiellement sur la fiscalité. "Les Français doivent savoir qu'En marche ! veut un choc fiscal d'un niveau équivalent à celui que François Hollande a imposé aux classes moyennes", a insisté François Baroin au soir du premier tour. "Nous ne voulons pas du choc de la CSG sur les retraités, les fonctionnaires, les professions libérales, les agriculteurs, les indépendants, les épargnants", a encore pilonné le sénateur LR sur BFMTV à trois jours du second tour.

"Contrairement à Macron, on veut baisser l'impôt sur le revenu de 10%, supprimer totalement l'ISF ou encore rétablir les heures supplémentaires", détaille ainsi Damien Meslot. Mais le maire de Belfort reconnaît que le message a eu du mal à passer sur le terrain. Une difficulté qu'il met sur le compte d'un "désintérêt des gens pour les élections législatives après une année consacrée aux primaires, puis à la présidentielle".

5Un combat perdu d'avance face à la dynamique Macron

Les Républicains ont fait des erreurs, mais même s'ils avaient réalisé la meilleure campagne du monde, difficile d'affirmer qu'ils auraient pour autant évité la défaite. Les électeurs ont souhaité donner une majorité au président élu, dans la logique des institutions de la Ve République. Sur le terrain, les députés sortants ont rencontré des électeurs expliquant qu'il souhaitait donner sa chance au nouveau président. "Les gens se disent : 'On ne sait plus où n en est mais on va essayer ça'", témoigne ainsi le député sortant du Nord Thierry Lazaro.

"Les élections législatives se situent toujours dans l'ombre de la victoire d'un homme", confirme à franceinfo le chercheur Philippe Braud. La perte d'influence des partis traditionnels, le positionnement "ni gauche, ni droite" d'Emmanuel Macron et les débuts réussis du nouveau président ont aussi accentué la vague macroniste et la lourde défaite des Républicains. 

* Estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France, Le Point, France 24 et LCP-AN.