Législatives : "Cette abstention record va fragiliser la vague Macron"

Bruno Cautrès, politologue au Cevipof, analyse pour franceinfo les conséquences de la participation historiquement faible au second tour des élections.

Un bureau de vote, à Authon-du-Perche (Eure-et-Loir), lors du second tour des législatives, le 18 juin 2017.
Un bureau de vote, à Authon-du-Perche (Eure-et-Loir), lors du second tour des législatives, le 18 juin 2017. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)
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Propos recueillis parCatherine FournierFrance Télévisions

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Du jamais-vu. Selon notre estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France*, l'abstention a atteint 56,6% au second tour des législatives, un record sous la Ve République.

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Avec 355 sièges, toujours selon notre estimation, la République en marche obtient la majorité à l'Assemblée nationale, mais fait moins bien que prévu. La victoire du mouvement d'Emmanuel Macron est ainsi ternie par cette participation historiquement basse. Bruno Cautrès, politologue au Cevipof, analyse pour franceinfo les conséquences de ce scrutin paradoxal.

Franceinfo : Comme attendu, La République en marche obtient la majorité absolue, mais ce résultat repose sur une portion congrue de l'électorat. Quel message peut-on en retenir ?

Bruno Cautrès : Le président et son gouvernement doivent prendre en compte le fait qu'une bonne partie de l'électorat ne partage pas son programme. La combinaison entre abstention record et mode de scrutin majoritaire aboutit à cette situation paradoxale. Ce socle électoral étroit aux législatives fragilise la vague Macron de la présidentielle et donne un coup de frein à sa dynamique irrépressible enclenchée depuis plusieurs mois.

Comment cela va-t-il se traduire concrètement ?  

L'exécutif risque de perdre en légitimité aux yeux des partenaires sociaux et des autres organisations politiques. S'il passe en force sur certaines réformes, en légiférant par ordonnances, cela peut être interprété comme un aveu de faiblesse. Cette abstention record fragilise donc l'argument du Premier ministre, Edouard Philippe, selon lequel les Français souhaitent qu'il aille vite sur les principales réformes, dont celle du Code du travail.

Faut-il s'attendre à d'âpres négociations avec les syndicats sur cette réforme et à des manifestations dans la rue ?

Peut-être pas tout de suite. L'opinion publique dominante en France est dans une attitude de bienveillance. Et les partenaires sociaux sont plutôt dans une posture constructive, après avoir rappelé les lignes à ne pas franchir. Mais cette patience est conditionnée à la capacité du président et du gouvernement à écouter les différents points de vue et aux résultats qu'ils obtiendront, notamment sur le chômage. La situation porte en elle le germe d'un risque de déstabilisation sociale. 

Dans quel délai ces résultats devront-ils intervenir pour asseoir la légitimité d'Emmanuel Macron, malgré cette forte abstention ?

Plus personne ne croit aux 100 jours pour réformer le pays. Mais à la fin de l'année civile, à l'heure des vœux du président, le chef de l'Etat devra formuler un premier bilan, avec des indicateurs. C'est surtout le style adopté pour réformer qui sauvera la mise à court terme. Certaines réformes économiques comme la défiscalisation des heures supplémentaires de Nicolas Sarkozy et le CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) de François Hollande ont été mal comprises, avant d'être finalement adoptées par l'opinion publique quelques années plus tard.

Le président a-t-il donné les bons signaux jusqu'à présent ?

S'il va au bout de sa logique d'ouverture et de synthèse, Emmanuel Macron devrait se saisir de ce résultat un peu contradictoire et faire des propositions qui montrent qu'il se soucie du fait que les électeurs ne se sont pas déplacés pour voter pour ses réformes. Cela peut être des outils pour instaurer un dialogue avec l'opposition et tenir compte de ses propositions. Il a toujours promis de revigorer le débat parlementaire. On sait tous que l'état de grâce va se terminer. C'est à lui de repousser l'échéance en ne donnant pas l'impression d'être un hyperprésident qui n'écoute pas.