Législatives : la campagne d'Emmanuel Macron commence par une longue série de couacs

La République en marche a publié une liste de 428 candidats qu'il présentera aux élections législatives de juin. Mais plusieurs cas posent souci, et donnent le sentiment d'une grande confusion en coulisses.

Emmanuel Macron et Richard Ferrand en marge d\'un meeting à Quimper (Finistère), le 16 janvier 2017.
Emmanuel Macron et Richard Ferrand en marge d'un meeting à Quimper (Finistère), le 16 janvier 2017. (MAXPPP)
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Si le nouveau président de la République espérait se lancer avec force et panache dans la bataille des législatives , c'est raté. Alors que La République en marche a dévoilé, jeudi 11 mai, une liste de 428 candidats investis pour le scrutin des 11 et 18 juin, de nombreux cas posent souci, à tel point que plusieurs noms ont du être purement et simplement rayés. De quoi donner le sentiment d'une grande confusion en coulisses.   

François Bayrou, furieux de la première liste dévoilée

Le sentiment d'avoir été trahi. Lorsque François Bayrou a découvert en direct la liste des 428 candidats investis par La République en marche, jeudi après-midi, le président du MoDem a cru à une mauvaise plaisanterie. Alors qu'il s'attendait à 120 investitures en faveur de son parti, il n'en disposait que de 35. "Quand je lui ai apporté mon soutien, il était à 18%. Nous l'avons fait élire", lâche-t-il dans les colonnes de L'Obs.

Après de longues heures de tractations, la situation s'est finalement améliorée entre les deux camps. Le président du MoDem a annoncé vendredi soir avoir trouvé un projet d'accord "solide et équilibré" avec la République en marche. "On a fait des pas en avant sur des questions extrêmement importantes pour l'avenir de la majorité", a déclaré aux journalistes François Bayrou, à l'issue d'un bureau exécutif de son parti. Sans toutefois détailler les modifications apportées, qui devaient encore être avalisées samedi par le parti d'Emmanuel Macron.

Gaspard Gantzer, parachuté à la surprise générale avant de renoncer

Lui ne sera finalement pas candidat. Investi dans la deuxième circonscription d'Ille-et-Vilaine, le conseiller en communication de François Hollande, Gaspard Gantzer, a préféré renoncer face à la levée de boucliers. "J'ai été très honoré de la proposition d'Emmanuel Macron, nouvellement élu à la présidence de la République, de m'investir comme candidat dans la deuxième circonscription d'Ille-et-Vilaine, a-t-il déclaré vendredi soir. Mais, après réflexion, je préfère refuser cette proposition d'investiture à Rennes car je pense que ce n'est pas une bonne idée."

Camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA, Gaspard Gantzer a cependant précisé qu'il n'avait pas "sollicité cette investiture". "Nous proposions à Gaspard Gantzer de porter notre projet en Ille-et-Vilaine : il décline, appréciant lucidement les hostilités locales. Respect", a réagi sur Twitter le secrétaire général d'En marche !, Richard Ferrand. Une candidate étiquettée MoDem, Laurence Maillart-Méhaignerie, remplacera le conseiller de François Hollande.

Christian Gerin, privé d'investiture en raison de tweets antisionistes

Il produit des émissions aussi célèbres que "Faites entrer l'accusé" ou "Le Magazine de la santé". Moins de vingt-quatre heures après avoir reçu l'investiture de La République en marche, Christian Gerin a vu son "label" retiré. En cause : des tweets antistionistes, exhumés par plusieurs internautes et relayés par la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme.

"La commission d'éthique d'En marche ! a été saisie par des adhérents du parti à propos de ces tweets, dont nous ignorions évidemment l'existence, ce qui suspend automatiquement et immédiatement son investiture", a assuré vendredi l'entourage d'Emmanuel Macron. 

Mourad Boudjellal, victime d'un "mauvais copier-coller"

Contrairement à ce qu'a annoncé le mouvement d'Emmanuel Macron, Mourad Boudjellal, le président du Rugby club toulonnais, n'est pas investi dans la première circonscription du Var. L'homme d'affaires de 56 ans, qui a fait fortune dans la bande dessinée, a démenti. Il a expliqué à Var Matin qu'il était "sensible à la proposition", mais que ce n'était "pas [son] ambition" et qu'en sa qualité de "président de club sportif", il "ne [pouvait] pas être candidat aux législatives".

Contacté par franceinfo, La République en marche a reconnu "une petite erreur matérielle", provoquée par "un mauvais copier-coller". Mais si l'investiture de Mourad Boudjellal a été "retirée", "il avait été question à un moment qu'il soit investi", a assuré le mouvement.

Thierry Robert, condamné et investi "par erreur"

Le nom de Thierry Robert, le député MoDem sortant de La Réunion, figurait lui aussi dans la liste des 428 premiers sélectionnés par La République en marche. Problème, repéré par L'Express : l'élu ultramarin a été condamné en 2016 pour diffamation. Or le parti d'Emmanuel Macron avait encore rappelé jeudi que tous ses candidats se devaient d'avoir un casier judiciaire vierge. 

Interrogé par L'Express, La République en marche assure qu'il "s'agit d'une erreur" et qu'un rectificatif sera publié "rapidement", sans le nom de l'élu condamné.

Sophie Mette, investie malgré des publications anti-Macron sur Facebook

"Au début, c'est vrai, je n'étais pas à 100% convaincue." A peine investie par La République en marche, Sophie Mette est un peu embarrassée. Candidate dans la 9e circonscription de la Gironde, elle n'est en effet pas une "marcheuse" de la première heure, comme le montrent certaines de ses publications Facebook, datées de novembre 2016 à février 2017. A l'époque, elle partageait sur le réseau social des articles plutôt critiques envers Emmanuel Macron.

Interrogée par franceinfo vendredi, Sophie Mette assume. Cette ex-conseillère régionale, encartée au MoDem, affirme avoir vraiment "regardé le projet d'Emmanuel Macron après l'alliance conclue avec François Bayrou". "Si j'ai relayé certains articles à l'époque, c'était surtout pour dire aux gens qui me suivent : interrogez-vous. (...) Mais j'ai été rassurée depuis."

Stéphane Saint-André, investi malgré son refus

Stéphane Saint-André, député PRG sortant du Pas-de-Calais, figurait lui aussi parmi les candidats. L'élu radical de gauche dit pourtant avoir refusé l'investiture. "J’ai décliné, assure-t-il sur sa page Facebook. Je suis fidèle à mes convictions et à mon parti, le PRG." Il ajoute : "Je refuse cette investiture car je n’ai pas pour l’instant une parfaite information des engagements que je devrai prendre et je suis inquiet d’une éventuelle nomination au poste de Premier ministre d’Edouard Philippe qui est un opposant farouche au canal Seine Nord." Un projet que Stéphane Saint-André défend.

Il précise toutefois ne pas exclure, s'il est réélu, de soutenir à l'occasion la politique d'Emmanuel Macron : "J’apporterai mon soutien à la future majorité présidentielle lorsque les textes proposés iront dans l’intérêt de mes concitoyens et lorsqu’ils seront conformes à mes convictions."

François Pupponi, investi sans l'avoir demandé

François Pupponi, député socialiste sortant du Val-d'Oise, a été désigné candidat de La République en marche. Problème : le maire de Sarcelles a déjà été investi par le Parti socialiste, selon les informations de franceinfo.

"Je n'ai jamais demandé l'investiture d'En marche, assure-t-il à franceinfo. La seule investiture que j'ai demandée, c'est l'investiture socialiste." Et de glisser : "Peut-être qu'ils voulaient dire que je n'aurai pas de candidat face à moi." Comme un certain Manuel Valls.

Augustin Augier, investi mais "pas candidat"

Augustin Augier a été annoncé par La République en marche comme son candidat dans la 9e circonscription des Français de l'étranger, celle de l'Afrique Nord-Ouest. Pourtant, ce cofondateur d'une ONG qui œuvre en Afrique n'est "pas candidat", comme il l'annonce sur Twitter.

Outre ces cas, la candidature de Christelle Vorillion, commerçante à Sedan et soutien d'Emmanuel Macron rencontrée par L'Union, a également été annulée dans les Ardennes. De même que celles de Haouaria hadj-Chikh, militante marseillaise et conseillère départementale de gauche dans les Bouches-du-Rhône. Ou de Claire Vernet-Garnier dans la Marne, Hortense Le Pape dans le Morbihan, Stéphane Saint André dans le Pas-de-Calais et Valérie Petit en Seine-et-Marne.

Alain Calmette, député PS sortant victime d'un "règlement de compte local" ?

Il avait franchi le Rubicon dès janvier. Mais ce soutien précoce à Emmanuel Macron n'a pas permis au député socialiste Alain Calmette de décrocher l'investiture du mouvement En marche ! dans la première circonscription du Cantal. "Je cochais toutes les cases : j'ai toujours défendu une ligne sociale-démocrate, je n'ai fait qu'un mandat, j'ai adhéré à En marche ! et j'ai parrainé Emmanuel Macron", explique l'élu à franceinfo. Ce parrainage lui a d'ailleurs valu le retrait de l'investiture du PS.

En vain. Le mouvement d'Emmanuel Macron a préféré investir un élu du Parti radical de gauche (PRG), François Danemans. "Je suis victime d'un règlement de compte local. Une personnalité influente à En marche ! a bloqué ma candidature", dénonce Alain Calmette. Dans son viseur : le sénateur PRG Jacques Mézard, membre du comité stratégique du mouvement d'Emmanuel Macron. "Nos relations sont très difficiles pour des histoires de politique locale. Il n'a pas voulu me laisser le champ libre", dénonce le député.

Contacté par franceinfo, le président de la commission national d'investiture, Jean-Paul Delevoye, balaye les critiques : "Nous avions en moyenne 24 candidatures par circonscription. Il a fallu faire des choix difficiles, ceux qui ne sont pas choisis sont tristes, c'est normal."