Franceinfo en campagne. Législatives dans les Yvelines : une guerre des droites entre deux candidats que tout oppose

Jusqu’aux élections législatives des 11 et 18 juin prochains, franceinfo zoome chaque jour sur une circonscription. Direction lundi la 10e circonscription des Yvelines, où une dizaine de candidats s'affrontent. Parmi eux, deux viennent des rangs de la droite. Mais c’est le seul point commun entre Jean-Frédéric Poisson et Aurore Bergé.

Aurore Bergé, élue LR à Magny, a été investie par La République en marche dans la 10e circonscription des Yvelines, actuellement détenue par le président du Parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson. Ci-contre le tracts de campagne des deux candidats.
Aurore Bergé, élue LR à Magny, a été investie par La République en marche dans la 10e circonscription des Yvelines, actuellement détenue par le président du Parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson. Ci-contre le tracts de campagne des deux candidats. (MATTHIEU GORISSE-MONDOLONI / RADIO FRANCE)
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Edité par Cécile MimautfranceinfoMatthieu MondoloniRadio France

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Jusqu’aux élections législatives des 11 et 18 juin prochains, franceinfo zoome chaque jour sur une circonscription. Direction, lundi 22 mai, la 10e circonscription des Yvelines, dans le sud du département. Une dizaine de candidats s’affrontent dans cette circonscription. Parmi eux, deux viennent des rangs de la droite. Mais c’est bien le seul point commun entre Jean-Frédéric Poisson, pourfendeur de la loi sur le mariage homosexuel, candidat malheureux à la Primaire, et Aurore Bergé, ancien soutien d’Alain Juppé, aujourd’hui sous l’étiquette En Marche !

Yvelines : une guerre des droites entre deux candidats que tout oppose. Le reportage de Matthieu Mondoloni
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Dans les Yvelines, la droite rejoue la primaire autour des maisons en pierres meulières. Nous sommes à 50 kilomètres seulement de Paris, mais très loin du tumulte de la capitale. Ici, le gris des immeubles cède la place au vert des grandes étendues boisées et aux petits villages qui font le charme de cette région encore très rurale comme aux Essarts-le-Roi, petite ville de 7 000 habitants.

Sur la porte de la mairie, on trouve encore une affiche avec le résultat du second tour de la présidentielle. Comme une ambiance de fin de campagne qui cache le début d’une nouvelle. “La candidate d’Emmanuel Macron” : c’est ce qu’il y a écrit en gros sur les tracts qu’Aurore Bergé, ancienne militante Les Républicains, distribue dans les rues. Pas facile de se faire un nom auprès des habitants. "Je ne la connais pas, je ne connais pas son programme", nous avoue cette passante à qui la candidate vient de donner un tract. Son programme, c’est celui du nouveau président de la République. Un programme qui se veut très différent, à l’opposé même de celui défendu par son principal adversaire - le député sortant Jean-Frédéric Poisson - qu’elle vient défier sur ses terres.

Un choc des cultures et de générations

Cet affrontement est présenté comme un duel avant l’heure par la presse locale. Une jeune femme de 30 ans face à un homme de 54. Elle a été une fidèle d’Alain Juppé lors de la primaire. Lui a soutenu François Fillon au second tour, puis plus tard dans la tourmente des affaires. C’est le moment où Aurore Bergé s’est mise en marche aux côtés d’Emmanuel Macron. Parcours, vision de société, prise de position, tout oppose les deux candidats. "C’est un vrai combat de valeurs et c’est aussi un combat de renouvellement. Jean-Frédéric Poisson a été le suppléant de Christine Boutin, il a été déjà plusieurs fois parlementaire, maire, président d’agglomération", souligne Aurore Bergé. "Je pense qu’il y a un besoin de renouvellement qui s’est exprimé lors de l’élection présidentielle et qui je pense va être confirmé au moment des élections législatives", poursuit la candidate En Marche !

Mais avant les élections, il faut faire campagne, multiplier les déplacements, affiner la stratégie. A dix kilomètres de là, dans la très bourgeoise ville de Rambouillet, c’est ce que fait Jean-Frédéric Poisson dans sa permanence, une petite maison de deux étages où son équipe s’apprête à déjeuner. Dans l’entrée, un drapeau rose de la Manif pour Tous est posé contre le mur. En haut de l’escalier, c’est son bureau. Le sourire bonhomme, celui qui a refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour allume sa pipe. Il en prend une grande bouffée avant de répondre à notre première question : est-ce que l’arrivée d’Aurore Bergé dans la circonscription l’effraye ? "A part les colères de ma femme et la perspective de l’Enfer, rien en m’effraie. Le pilier gauche du "XV parlementaire" que je suis, élevé dans les banlieues nord de Paris ne craint pas grand-chose en fait", répond Jean-Frédéric Poisson. S’il est serein, c’est parce que, dit-il, l’expérience compte plus que le renouvellement. "C’est au fond la confrontation entre l’enracinement politique dans un territoire d’un côté, et puis une forme de nomadisme, d’évolution, de mouvement permanent d’un autre côté. Comme disait le général MacArthur, on est vieux quand on a déserté son idéal. Tant qu’on est au service de l’idéal qu’on porte, on reste jeune et moi je suis d’une jeunesse absolument inoxydable", affirme  le président du Parti chrétien-démocrate.

Des électeurs "un peu perdus"

Si cette guerre des droites ne semble pas inquiéter les deux candidats, elle sème le trouble chez certains électeurs, notamment avec la victoire d’Emmanuel Macron et la composition de ce qu’il appelle son "gouvernement pluriel". "Il n’y a plus trop ce clivage gauche-droite donc ça pose des questions sur le choix qu’on va faire pour ces prochaines élections", commente une électrice. "Moi je suis Les Républicains, j’ai ma carte et honnêtement je ne sais pas, je suis un peu perdu par ce chamboulement, ces revirements", nous confie un électeur.  

Le duel promis agace aussi Jean-Baptiste Galloo. Cet agriculteur de la filière laitière est installé depuis 15 ans dans la région, à quelques kilomètres de Rambouillet. Au milieu des champs, dans son étable, alors qu’il ramène les vaches pour la traite, il regrette que les vraies préoccupations passent au second plan, notamment celles qui le concernent directement : "Aujourd’hui notre agriculture est dans un marasme pas possible. Malheureusement, tous n’ont pas conscience des difficultés de nos exploitations". S’il dit qu’il faut laisser sa chance à Emmanuel Macron, il votera pourtant pour Jean-Frédéric Poisson.

Pour lui, le problème n’est pas l’âge ou le manque d’expérience d’Aurore Bergé, mais plutôt sa stratégie de campagne. "Qu’elle arrive en disant juste qu’elle va s’opposer à quelqu’un, je trouve ça un peu rétrograde par rapport aux ambitions et à tout l’affichage qu’ils ont fait depuis quelques temps", commente Jean-Baptiste Galloo avant de rentrer les dernières vaches dans l’étable. Le ciel se couvre sur le sud des Yvelines, une circonscription qui depuis trente ans, et à l’exception d’une petite parenthèse, a toujours élu un député de droite, mais qui se demande aujourd’hui quelle droite choisir.

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