Finlande : enquête sur les limites d'un revenu de base coûteux

Alors que le revenu universel s'invite dans la campagne présidentielle française, la Finlande mène depuis le début de l'année une expérience limitée sur un revenu de base, avec peu d'espoir de généralisation, selon l'enquête de franceinfo. 

La Sécurité sociale finlandaise, Kela, est maître d’œuvre de l\'expérimentation sur un revenu de base depuis le 1er janvier 2017
La Sécurité sociale finlandaise, Kela, est maître d’œuvre de l'expérimentation sur un revenu de base depuis le 1er janvier 2017 (REUTERS STAFF / REUTERS / X01095)
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Solenne Le HenfranceinfoRadio France

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Alors qu'en France le débat sur le revenu universel s'invite dans la campagne présidentielle, la Finlande est devenue en début d'année le premier pays européen, à tester un revenu de base, limité à 2 000 chômeurs. L'expérimentation, intéressante pour les bénéficiaires, a pourtant peu de chance d'être étendue à tout le pays, essentiellement en raison de son coût. C'est ce qui ressort d'une enquête de franceinfo en Finlande.

Une "chance" pour les bénéficiaires

Mika Ruusunen perçoit un montant d'allocation chômage d'environ 900 euros par mois. Pour cet ingénieur informatique, le changement financier ne sera visible que s’il trouve un emploi. Comme cela ne saurait tarder, cet habitant de Tampere, la deuxième ville de Finlande, a déjà fait ses comptes. Après deux ans de recherche d'un travail, Mika s’apprête à signer un CDI. Il sera gagnant et il estime "avoir de la chance". 

Je vais toucher mon salaire de 1 700 euros, plus le revenu de base, 560€ par mois, nets d’impôts.

Mika Ruusunen, bénéficiaire du revenu de base finlandais

En Finlande, l'expérimentation du revenu de base est censée gommer tous les effets dissuasifs propres au système social du pays où des chômeurs renoncent à prendre des petits boulots ou des CDD, de peur de perdre une grande partie de leurs aides. Mika Ruusunen explique qu'un chômeur qui accepte un job d'au moins 300 euros par mois voit ses aides diminuer. "C’est pour cela que beaucoup de femmes refusent les emplois à temps partiel", explique-t-il. 

Le test mené en Finlande entend justement simplifier le système complexe et lourd pour obtenir et conserver les aides sociales et les allocations familiales. Simo Ruottinen, président d’une association en faveur du revenu universel, estime que cette complexité "affecte le comportement des gens". "Pourquoi aller travailler une journée s'il faut attendre trois semaines pour savoir si les aides seront rendues ? C’est trop risqué et cela n’incite pas à travailler", résume-t-il.

Un revenu de base semblable au modèle français

Même si les modalités diffèrent, le système expérimenté en Finlande ressemble sur le principe à l'offre sociale française via le RSA et la prime d’activité. L'objectif d'Helsinki consiste davantage à vérifier un possible effet positif sur le chômage, qui touche environ 9% de la population active, qu'à instaurer un revenu inconditionnel pour tous. Olli Kangas, le responsable de ce projet pour la Sécurité sociale finlandaise, organisme financeur de l’expérimentation, reconnaît que l'appellation "revenu universel" n'est pas appropriée pour le test mené en Finlande.

Ce n’est pas un revenu universel. Notre gouvernement souhaitait mener l'expérimentation à une petite échelle et n’a débloqué que 20 millions d’euros.

Olli Kangas, le responsable du projet pour la Sécurité sociale finlandaise

à franceinfo

Le test a été limité à 2 000 personnes maximum. Toutes sont en recherche d'emploi. Olli Kangas précise qu'il a fallu "renoncer à certains principes".

Une convergence sur le coût élevé d'une extension

Le projet de revenu de base, une promesse de campagne du Premier ministre centriste, se heurte au principe de réalité. Le système actuel, 560 euros par mois nets d’impôts, ne concerne au final que peu de bénéficiaires. A-t-il des chances d'être étendu ? Ilkka Kaukoranta, de la puissante SAK, première confédération syndicale de Finlande, est catégorique : "Il serait impossible à généraliser, déclare-t-il. L’étendre à tous les Finlandais augmenterait le déficit de notre PIB de 5%. Ce serait bien trop cher."

Le revenu de base est impossible à mettre en œuvre tel qu'il est expérimenté en ce moment.

Ilkka Kaukoranta, du SAK, première confédération syndicale

à franceinfo

Au pays du consensus, le patronat est sur la même longueur d’onde. Penna Urrila, de la Confédération des entreprises finlandaises, estime le coût d'une généralisation du revenu à base, "entre 10 et 15 milliards d'euros par an, ce qui est beaucoup pour un pays comme la Finlande". Penna Urrila a même étudié le modèle pour la France et le chiffre entre "100 à 150 milliards d'euros par an". Selon lui, "ni les finances publiques de la France ni celles de Finlande ne peuvent se le permettre".

Olli Kangas, responsable du projet pour la Sécurité sociale finlandaise, reconnaît aussi que la généralisation à "15 milliards d’euros par an" n’est pas réaliste. "Il aurait fallu taxer le revenu de base", ajoute le maître d’œuvre de l'expérimentation, qui convient que l'extension nationale est impossible à mettre en œuvre, en tout cas "selon ce modèle"

L'expérimentation finlandaise emprunte donc une voie sans issue. Le chemin vers le revenu universel est encore long et le débat loin d’être tranché.

Finlande : les limites d'un revenu de base coûteux pour les finances publiques - un reportage de Solenne Le Hen

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