Européennes : la galère des petits candidats

Avec des moyens limités et un faible écho médiatique, les listes plus confidentielles que leurs concurrentes UMP, PS, FN... tentent, tant bien que mal, de profiter de la campagne pour diffuser leurs idées.

Un homme observe les panneaux électoraux pour la campagne des européennes, le 12 mai 2014, à Thionville (Moselle).
Un homme observe les panneaux électoraux pour la campagne des européennes, le 12 mai 2014, à Thionville (Moselle). ( MAXPPP)
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Ils sont plus nombreux que jamais. Réunis au sein de 193 listes dans les huit circonscriptions françaises, les candidats aux élections européennes appartiennent à une espèce en plein développement. Parmi eux, les mastodontes habituels (UMP, PS, FN, UDI/MoDem...), mais aussi de plus marginaux, qui ne se présentent parfois que dans une circonscription.

Les causes défendues par les petites listes portent sur l'idée européenne (Parti fédéraliste européen, Parti européen), sur l'idée démocratique (Démocratie réelle, Mouvement socialiste alternatif, Citoyens du vote blanc) et sur les identités régionales et linguistiques (Régions et peuples solidaires, Europe démocratie espéranto). D'autres candidats, parfois fantaisistes, se veulent défenseurs des usagers de la route (La France se réveille) ou adversaires de la finance (Syndicat de lutte contre les banques). 

Les élections, une "caisse de résonance" politique

A quoi bon se présenter aux européennes ? "C'est une caisse de résonance pour nous faire entendre, reconnaît la déléguée générale d'Alliance royale, tête de liste dans l'Est, Sandrine Pico-Deprez, interrogée par francetv info. En période électorale, la conscience politique des Français est plus aiguë. On le voit avec la fréquentation de nos sites et le nombre de mails, qui explosent."

Les petits partis contactés par francetv info s'accordent sur le gain de notoriété qu'offrent les scrutins. "Des personnes ont découvert notre mouvement grâce aux campagnes", assure à francetv info le secrétaire d'Europe démocratie espéranto, Pierre Dieumegard. "Avec les élections, notre identité et nos idées de libertés fondamentales et de diffusion de la culture commencent à être connues", se félicite Thomas Watanabe-Vermorel, porte-parole du Parti pirate.

"Un sport de riches"

Votez pour nous (mais n'oubliez pas d'imprimer votre bulletin de vote à la maison). Pour de nombreuses listes, la campagne électorale est un exercice autant comptable que politique. Les calculatrices sont de sortie pour estimer le nombre d'affiches ou de professions de foi que chacun aura les moyens d'imprimer, quitte à demander aux électeurs d'apporter eux-mêmes un bulletin "fait maison" à glisser dans l'enveloppe, dimanche 25 mai.

"Malheureusement, la politique est un sport de riches et d'initiés", lance Sandrine Pico-Deprez, d'Alliance royale. Les petites listes ne reçoivent aucune subvention publique et parviennent rarement à atteindre le seuil de 3% des suffrages, nécessaire au remboursement des frais de campagne.

Pour financer leur campagne, les candidats s'appuient sur des dons et des adhésions. En Ile-de-France, la liste Cannabis sans frontières a lancé une cagnotte en ligne. Dans l'Est, Alliance royale a profité d'un don local de 800 euros pour éditer 100 000 bulletins de vote. Dans l'Ouest, chaque adhésion à la liste La France se réveille (10 euros) permet de financer 100 affiches A3 à coller sur les panneaux électoraux.

"Une campagne à zéro euro"

"C'est presqu'une campagne à zéro euro, à la sauce 'fais tout toi-même'", résume à francetv info Farid Ghehiouèche, tête de liste Cannabis sans frontières pour l'Ile-de-France. Comme d'autres, son mouvement a décidé de répartir au mieux les bulletins qu'il a réussi à imprimer. "On va essayer de déposer l'équivalent de 10% du nombre d'inscrits dans chaque bureau", indique-t-il, là où d'autres misent même sur 5%. Chez Alliance royale, le système D passe par le recyclage d'affiches des européennes de 2009, "avec juste un nouveau bandeau par-dessus la date".

Capture d'écran du site d'Alliance royale, où les électeurs sont invités à télécharger et imprimer leur bulletin de vote pour les européennes.
Capture d'écran du site d'Alliance royale, où les électeurs sont invités à télécharger et imprimer leur bulletin de vote pour les européennes. (ALLIANCE ROYALE / FRANCETV INFO )

"Ces questions financières créent un rapport déséquilibré entre les petits et les gros candidats, sans lien avec la qualité des projets, regrette Thomas Watanabe-Vermorel, du Parti pirate. Quand nous sommes arrivés à imprimer les professions de foi envoyées chez les gens, lors de précédents scrutins, nous avons constaté un rapport de un à trois sur le nombre de voix. S'en priver pour des raisons financières est un énorme handicap."

La justice et le CSA appelés au secours

Pour alerter sur son sort, le candidat indépendant dans l'Est Ismaël Boudjekada, 18 ans, a déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris, le 29 avril. Sa requête contestant la législation sur le financement des campagnes électorales a été rejetée le 17 mai.

Autre handicap dénoncé : le faible accès aux médias. "Nous avons saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel [CSA] il y a un mois, et nous attendons toujours une réponse", indique François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine, lancée en 2007. Son parti, qui revendique plus de 5 000 adhérents ("le double du NPA d'Olivier Besancenot"), un budget de campagne de 340 000 euros et huit listes aux européennes, se dit "le parti le plus censuré de France". "Le principe d'équité appliqué pendant les campagnes revient à donner la parole à ceux qui l'ont déjà", dénonce François Asselineau.

Egalement saisi par Cannabis sans frontières sur cette question, le CSA a fini par publier, le 14 mai, une "vive alerte" au sujet de "l'existence de profonds déséquilibres dans la répartition des temps de parole". Observant que "des formations politiques n'avaient pas encore bénéficié d'un accès aux antennes", le Conseil a adressé ses recommandations à plusieurs diffuseurs, leur précisant qu'il ne leur restait que "dix jours" pour remédier à ces "déséquilibres".

Pas de sous, mais des bénévoles

A défaut de moyens et de relais médiatiques, les petits candidats s'appuient sur la volonté de leurs sympathisants pour exister dans la campagne. "Nos militants se chargent du collage des affiches, précise François Asselineau, de l'UPR, alors que les gros partis ont recours à des sociétés privées comme ClearChannel." Chez les Pirates, "depuis la semaine dernière, plusieurs équipes passent des nuits blanches à coller dehors", selon Thomas Watanabe-Vermorel.

"On va se concentrer sur Paris intra-muros et quelques communes alentour, indique Farid Ghehiouèche, de Cannabis sans frontières. Ce matin, je collais sur le panneau à l'entrée de l'école de mes enfants, après les avoir déposés." Comme d'autres, son parti peine à mobiliser, tout comme il a peiné à boucler sa liste, "trente minutes avant l'heure butoir". Dans plusieurs cas, l'impératif de parité a compliqué la formation des équipes.

De plus en plus, le salut des candidats passe par internet et les réseaux sociaux, "du pain de mie pour les petites listes", selon Sandrine Pico-Deprez. C'est sur les sites des différents candidats désargentés que les électeurs pourront télécharger les bulletins de vote nécessaires au scrutin. Avec une condition, pour couronner le tout : choisir du papier de 60 à 80 g au m², ni plus, ni moins.