Départementales : le parti musulman, c'est comme dans Houellebecq ?

L'Union des démocrates musulmans français va présenter des listes aux départementales de mars, et songe à la présidentielle. Faut-il pour autant faire le rapprochement avec la trame du dernier roman de Michel Houellebecq "Soumission", où le candidat d'un parti islamique devient président de la République en 2022 ?

Capture d'écran du site de l'Union des démocrates musulmans français.
Capture d'écran du site de l'Union des démocrates musulmans français. (UNION DES DÉMOCRATES MUSULMANS FRANÇAIS)

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Le spectre du communautarisme hante-t-il la République ? L'Union des démocrates musulmans français (UDMF), un parti fondé en 2012, va présenter des candidats aux élections départementales en mars. Et ce parti songerait désormais à choisir son "premier candidat à la présidentielle" pour 2017, selon Le Parisienjeudi 12 février.

Faut-il pour autant adhérer au scénario envisagé dans Soumission, le best-seller de Michel Houellebecq paru le 7 janvier où le candidat de la Fraternité musulmane remporte l'élection présidentielle en 2022 ? Et s'inquiéter de l'irruption de ce parti se revendiquant de l'islam ?

Oui, parce que le programme de l'UDMF comprend des revendications communautaires

Que prévoit l'UDMF ? Son programme énonce quelques principes consensuels comme "élaborer un projet éducatif responsable pour mieux réunir les citoyens" ou "placer l'homme au cœur des préoccupations".

L'UDMF se singularise, en revanche, sur trois points liés à l'islam : le halal, considéré comme un marché porteur pouvant doper la croissance, la finance islamique, c’est-à-dire les dispositifs juridiques permettant de faire des affaires en respectant les règles de l’islam qui, par exemple, bannissent toute idée d’intérêts et de spéculation, vue comme un "bon vecteur" pour moraliser "le capitalisme". Et enfin la question du voile. Ce parti estime qu'un "Etat dit démocratique et laïque, interdisant à une élève voilée d'avoir accès à la connaissance (...) est en totale contradiction avec nos valeurs présumées".

Joint par francetv info, Najib Azergui, un informaticien de 38 ans qui a fondé l'UDMF, nuance : "Nous ne disons pas que nous voulons le droit de porter le voile à l'école, mais nous souhaitons dénoncer les discriminations qui visent les mères de famille voilées qui ne peuvent pas rentrer dans les écoles." Diala Mzalouat, 33 ans, qui sera peut-être candidate UDMF dans les Hauts-de-Seine aux départementales, affirme à francetv info que "cette question du voile ne concerne pas les enfants, mais les étudiantes. On trouve dommage de les exclure parce qu'elles portent le voile".

Non, parce qu'il se revendique comme un parti laïque

Dans Soumission, la victoire du candidat de la Fraternité musulmane lors de la présidentielle se traduit, entre autres, par l'éviction des femmes du travail et de la vie publique.

Rien de tel n'est prôné dans la profession de foi de l'UDMF. Rappelons au passage, d'ailleurs, qu'à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le parti a été adoubé par l'UDI. Au point que le maire centriste, Stéphane de Paoli, compte dans sa majorité un conseiller municipal UDMF : Hocine Hebbali, l'unique élu du parti pour l'instant. Sa tâche, selon Le Parisien (article payant) : plancher sur la future création d'un musée de la colonisation française.

Car l'UDMF interroge la France sur certains points de la laïcité et de l'universalisme qu'elle revendique. Dans sa profession de foi, le parti souligne que bien des écoles portent le nom de Jules Ferry, porte-parole, rappelle Le Monde, de la "colonisation républicaine" au nom du droit des "races supérieures" vis-à-vis des "races inférieures". Le parti note aussi, avec ironie, que si "la femme a le droit d'exercer les mêmes fonctions avec la même rémunération qu'un homme", c'est loin d'être le cas dans nombre de "petites, moyennes ou grandes entreprises".

Sur le fond, Najib Azergui affirme que l'UDMF est "avant tout démocrate, républicain, laïque". Il n'est pas incompatible d'être à la fois "démocrate et musulman", estime-t-il. Et de rappeler que Christine Boutin a fondé le Parti chrétien-démocrate et que la CDU, parti de la chancelière allemande Angela Merkel, se traduit en français par "Union chrétienne-démocrate". 

Non, parce qu'il affirme défendre le "vivre-ensemble"

Mais Najib Azergui et Diala Mzalouat mettent surtout en avant la stigmatisation des musulmans. Le premier note que l'islam est devenu un thème récurrent lors de chaque campagne électorale et estime qu'"on n'a jamais fait autant d'amalgames", en faisant référence au halal ou aux "prières de rue". "Il faut une réponse politique à ces dérives républicaines", martèle-t-il, ajoutant au passage qu'il souhaite "créer des ponts" pour éviter le "morcellement" de la société.

Diala Mzalouat, qui suit des études de droit pour devenir avocate, s'indigne quand la démarche de l'UDMF est comparée au scénario imaginé par Houellebecq dans Soumission : "On ne veut pas islamiser la France, on souhaite proposer une alternative ! On se rend compte que les musulmans, c'est un problème politique à chaque élection. Avec l'UDMF, on peut enfin parler en notre nom. En aucun cas, on n'a l'ambition d'imposer une charia en France. On défend l'humanisme, le vivre-ensemble et la lutte contre l'islamophobie."

Non, parce qu'il n'a même pas réglé ses primaires…

L'UDMF, surtout, est déjà en train de goûter aux joies de la vie politique ordinaire. Diala Mzalouat a du mal à trouver un colistier dans les Hauts-de-Seine pour les départementales (dans chaque canton doit se présenter un "binôme mixte", comprenant un homme et une femme). La raison ? "Beaucoup craignent de s'afficher publiquement comme musulmans", affirme-t-elle. Cette histoire de binôme risque toutefois d'être un problème, aussi, pour d'autres formations politiques.  

L'UDMF a néanmoins déjà réussi à déposer deux listes pour les départementales - à Bobigny (Seine-Saint-Denis) et Marseille (Bouches-du-Rhône) - et d'autres devraient suivre, notamment à Bagneux (Hauts-de-Seine), Les Mureaux (Yvelines), Strasbourg (Bas-Rhin) et dans le Rhône. 

Et la présidentielle ? Non, Najib Azergui n'a pas eu d'"étoiles dans les yeux", comme l'affirme Le Parisien, après avoir lu le roman de Houellebecq. Il juge cet ouvrage "islamophobe", même si le livre pronostique la victoire d'un président musulman en 2022. Toutefois, le fondateur de l'UDMF songe bien à présenter un candidat à la présidentielle de 2017. Et affirme même qu'avec "875 adhérents à jour de cotisation" (20 euros) - un chiffre non vérifiable -, l'UDMF "organisera des primaires". Un parti embryonnaire et déjà une guerre des candidats en perspective ?