"Mineurs" de bitcoins : "Tous les mois, nous gagnons 750 euros"

Gustave, Cédric et Quentin sont des "mineurs" de monnaies virtuelles : ils sont équipés d'un ordinateur chargé de valider les transactions et de sécuriser le réseau. Francetv info les a rencontrés.

Quentin, "mineur" de monnaies virtuelles, vérifie le bon fonctionnement de son ordinateur. A sa gauche, le cours du bitcoin.
Quentin, "mineur" de monnaies virtuelles, vérifie le bon fonctionnement de son ordinateur. A sa gauche, le cours du bitcoin. (VINCENT MATALON / FRANCETV INFO)
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Il ne fait pas bien chaud, à Paris, en ce soir de janvier : 7 °C tout au plus. Pourtant, le chauffage du grand salon de l’appartement où vivent en colocation Gustave, Quentin et Cédric* est éteint. C’est que ces trois vingtenaires n’en ont pas vraiment besoin : dans un coin, un gros ordinateur, allumé 24 heures sur 24, chauffe la pièce à lui tout seul.

Leur machine, qui émet sans discontinuer un vrombissement semblable à celui d’un climatiseur, est un rouage essentiel au bon fonctionnement des monnaies virtuelles, dont le bitcoin est le représentant le plus célèbre. Elle leur sert à ce que l'on appelle dans le jargon "miner", et ainsi à empocher des euros sonnants et trébuchants.

Cinq ventilateurs pour éviter la surchauffe

Gustave, Quentin et Cédric ont décidé de se lancer en voyant le cours du bitcoin s’envoler, à la fin de l’automne 2013. "Au départ, nous comptions nous lancer en achetant et en revendant des bitcoins pour spéculer et dégager des profits. Configurer un ordinateur pour 'miner' nous semblait trop compliqué, explique Cédric, qui travaille dans la fonction publique. Mais après quelques recherches, nous nous sommes aperçus que ce n’était pas si difficile que cela à mettre en œuvre, et surtout, que l’investissement de départ n’était pas très risqué."

Aidés par un quatrième ami intéressé par le bitcoin, ils réunissent donc 1 600 euros et achètent une machine bien différente de celles qui équipent les bureaux du monde entier. Le boîtier, qui intègre cinq ventilateurs pour éviter la surchauffe, renferme ainsi trois puissantes cartes graphiques, particulièrement sollicitées lors du processus. Deux blocs d’alimentation sont nécessaires pour faire fonctionner le tout. "Lorsque Gustave est allé acheter l’ordinateur, le vendeur lui a donné des conseils très précis sur les composants à privilégier pour notre 'config', raconte Quentin, informaticien, en tirant sur sa cigarette électronique. Il faut dire qu'il était de très bon conseil : dans l’arrière-boutique, plusieurs ordinateurs étaient en train de 'miner' !"

A la droite de Quentin, l'ordinateur destiné au "minage", acheté 1 600 euros.
A la droite de Quentin, l'ordinateur destiné au "minage", acheté 1 600 euros. (VINCENT MATALON / FRANCETV INFO)

Créer de l'argent en vérifiant les transactions

Derrière le terme de "minage", qui évoque la ruée vers l'or, se cache un processus techniquement complexe. Afin de sécuriser les paiements, toutes les "pièces" des monnaies virtuelles sont en effet tracées par le réseau depuis leur création. Lorsqu'un utilisateur A envoie une "pièce" à un utilisateur B pour le payer, l'ordinateur de Gustave, Quentin et Cédric retrace l'origine des mouvements de fonds antérieurs à cette transaction pour éviter la fraude.

Une fois la transaction validée, elle est archivée dans un fichier particulièrement lourd qui retrace tous les mouvements de fonds du réseau. Pour valider définitivement le processus, la machine de nos "mineurs" parisiens doit alors tenter de résoudre un problème cryptographique supplémentaire, pour lequel il n'existe qu'une réponse valide. Si leur ordinateur y parvient avant celui d'un autre "mineur", c'est le jackpot : le réseau les récompense en leur versant une somme dont le montant varie en fonction de la monnaie supervisée.

S'ils sont venus au "minage" par le bitcoin, Quentin, Gustave et Cédric ont dû renoncer à participer activement à son bon fonctionnement. "De plus en plus de personnes 'minent' du bitcoin. Cela crée une concurrence contre laquelle nous ne pouvons pas lutter", explique Quentin. Portée par un bitcoin qui a atteint le seuil des 1 000 dollars (736 euros) en décembre, une véritable industrie du “minage” s’est en effet développée sur tous les continents. Chaque semaine ou presque, de nouveaux processeurs toujours plus puissants et coûteux, spécialement destinés à "miner" la star des monnaies virtuelles, arrivent sur le marché. L'entreprise américaine HashFast, qui assure que ses produits sont les plus rapides, vend ainsi chacun de ses ordinateurs 4 650 euros environ. Sens du commerce oblige, une étagère spéciale est offerte pour dix machines achetées.

Les "mineurs" amateurs se regroupent en "pools"

Pour rentabiliser leur investissement, les trois jeunes gens ont rejoint un pool de "mineurs", qui mutualise la puissance de calcul de dizaines d’ordinateurs et divise les bénéfices générés en fonction de la contribution de chacun. L’organisateur de ce regroupement de "petits producteurs" choisit quatre ou cinq monnaies virtuelles peu connues, et les fait "miner" par toutes les machines. "Nous 'minons' du fastcoin, de l’anoncoin, du galaxycoin…" énumère Cédric. Chaque jour, leurs gains sont automatiquement convertis par le patron du pool en bitcoins, et versés sur leur porte-monnaie électronique.

"Tout cela nous rapporte environ 0,04 bitcoin par jour, ce qui représente actuellement à peu près 25 euros. Mais il faut également considérer que la machine nous coûte entre 2 et 3 euros par jour en électricité", continue Cédric. Pas de quoi faire fortune, mais suffisant pour rembourser leur ordinateur en un peu plus de deux mois.

Conseilleraient-ils à un néophyte de se lancer ? "Il est nécessaire de se documenter un minimum sur les différentes monnaies qui existent et le processus nécessaire pour les 'miner', répond Cédric. Mais une fois ces connaissances de base acquises, il existe des configurations clés en main vendues par des boutiques spécialisées." "Même le choix de la machine n’est pas sorcier ! Il suffit ensuite d'installer le programme du pool choisi, et de le laisser fonctionner", renchérit Quentin. "Mais il ne faut surtout pas que vous l’écriviez, sinon de nouveaux ‘mineurs’ vont arriver, et cela nous fera de la concurrence supplémentaire !" sourit-il.

* Les prénoms ont été modifiés