Paris : la piétonnisation des voies sur berge en trois questions

Le Conseil de Paris a approuvé lundi 26 septembre la piétionnisation de la voie rive droite de la capitale, la voie Georges-Pompidou. Résorption des bouchons, "évaporation" du trafic, baisse de la pollution : ce sont les trois arguments de la mairie de Paris.

Les voies sur berge à Paris
Les voies sur berge à Paris (THOMAS PADILLA / MAXPPP)
logo
Radio France

Mis à jour le
publié le

Déjà fermées au trafic depuis début septembre, les voies sur berges de la rive droite de la Seine vont devenir piétonnes. La mesure a finalement été approuvée par le Conseil de Paris lundi 26 septembre. La maire Anne Hidalgo parie à terme sur une résorption des bouchons constatés, une "évaporation" du trafic et une baisse de la pollution. Trois arguments en question.

1La piétonnisation engendre-t-elle plus de bouchons ?

La piétonnisation de la voie express George-Pompidou sur 3,3 kilomètres amène nécessairement plus de trafic sur les quais hauts, qui absorbent les véhicules interdits de voies sur berge. Certains axes comptent même à certains moments de la journée deux fois plus de véhicules que l'an dernier. La direction de la voirie de la mairie de Paris estime, de son côté, que les automobilistes ne mettent que quelques minutes de plus en empruntant ces axes aux heures de pointe.

En réalité, la persistance de ces bouchons dépendent du temps d'adaptation des automobilistes, répond Sébastien Vray, le président de l'association Respire : "Au début, ça va être un peu plus bouchonné sur les voies de report. On va quand même insister, essayer un peu. Mais à la fin, ça va être tellement chiant d'emprunter ces axes-là que les comportements vont s'adapter".

2Va-t-on vers une "évaporation" du trafic ?

C'est le pari de la mairie de Paris. Avec la piétonnisation des voies sur berge, un certain nombre de véhicules serait amené à disparaître de la circulation. Lyon, Bordeaux, Strasbourg... Sur les vingt dernières années, de nombreuses villes ont restreint leur accès à la voiture, engendrant une baisse moyenne du trafic à hauteur de 20%.

Mais, des chercheurs du Laboratoire ville, mobilité, transport de l'université Paris-Est soulignent que cette "évaporation" du trafic ne pourra pas concerner toute la population : les personnes qui n'ont pas d'offre de transports en commun suffisant pour faire leur trajet domicile-travail ou les artisans qui doivent transporter leur matériel n'auront d'autre choix que de prendre le volant.

3La piétonnisation va-t-elle faire baisser la pollution ?

L'augmentation des bouchons engendre une augmentation de la pollution. C'est le constat logique que l'on peut faire après trois semaines de fermeture des voies sur berge. Mais si la mairie remporte son pari d'une "évaporation" du trafic routier sur le long terme, c'est bien la qualité de l'air qui peut s'avérer gagnante : moins de voitures, moins de pollution. 

Phil Goodwin, professeur à l'University College de Londres, a étudié le cas de soixante villes qui ont restreint ou fermé aux véhicules un axe majeur de circulation. Résultat : en moyenne, 11% des voitures ont "disparu" de ces communes, certains conducteurs préférant troquer leur voitures pour un vélo, un métro ou du covoiturage. D'autres ont même renoncé à certains déplacements : quand l'ophtalmologiste du centre-ville devient difficile d'accès, on préfère en choisir un plus près de chez soi.

De quoi améliorer le qualité de l'air. À travers ce débat houleux de la piétonnisation des voies sur berge, la mairie de Paris n'a pas manqué de rappeler que la pollution provoque 2 500 décès chaque année dans la capitale et 6 500 dans la métropole.