L'Espagne comptait à la fin du premier trimestre 2012 près de 5,7 millions de chômeurs, selon les chiffres officiels publiés vendredi 27 avril par l'Institut national de la statistique espagnol. Le taux de chômage s'établit à 24,44%, contre 22,85% fin 2011. Il s'agit du niveau le plus élevé depuis le début du relevé de cette statistique trimestrielle, en 1996.

La nouvelle tombe au lendemain de l'annonce par l'agence d'évaluation financière américaine Standard & Poor's (S&P) d'un abaissement de deux crans de la note de solvabilité financière du pays, de A à BBB+. Une première dégradation avait déjà eu lieu en janvier. La perspective associée à la nouvelle note de l'Espagne est "négative", ce qui signifie que l'agence envisage la possibilité d'un nouvel abaissement. Outre la flambée du chômage, plusieurs éléments préoccupants sont pointés du doigt par l'agence. 

• Une situation budgétaire difficile

L'Espagne peine à redresser un budget toujours largement déficitaire. En début d'année, le gouvernement  a annoncé un déficit public de 8,5% du produit intérieur brut (PIB) pour 2011, là où l'objectif était de 6%. Le chef du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, a dû revoir à la hausse son objectif pour 2012, à 5,3% contre 4,4% initialement.  

Sans compter que le pays, quatrième économie de la zone euro, a renoué au premier trimestre avec la récession, avec un PIB en recul de 0,4%, selon la Banque d'Espagne. Une conjoncture susceptible de peser sur les recettes de l'Etat, et donc de rendre encore plus difficile un redressement de la situation budgétaire.

C'est en tout cas le diagnostic fait par S&P, qui écrit : "Dans un environnement de contraction économique, et contrairement à nos prévisions précédentes, nous pensons que la trajectoire des finances publiques de l'Espagne va probablement se détériorer." L'agence prévoit un déficit public de 6,2% en 2012 puis de 4,8% en 2013.

• Un secteur bancaire toujours fragile

En une phrase, l'agence évoque le deuxième facteur de risque principal pour l'Espagne : "Nous percevons une probabilité croissante que l'Etat espagnol doive fournir un soutien budgétaire supplémentaire au secteur bancaire", explique S&P.

Dès le début de la crise financière, l'état du secteur bancaire espagnol, fragilisé depuis l'éclatement de la bulle immobilière, a été considéré comme préoccupant. Madrid a dépensé en l'espace de quelques année plus de 18 milliards d'euros pour renflouer certains établissements et en reprendre cinq autres pour les assainir et les revendre un par un. En février, le gouvernement espagnol a obligé les banques à déprécier copieusement la valeur des projets fonciers et immobiliers non aboutis, ainsi que les propriétés saisies.

Mais malgré ces mesures, les banques espagnoles sont toujours l'une des grandes sources d'inquiétude des marchés. Mercredi, le Fonds monétaire international (FMI) a d'ailleurs appelé l'Espagne à aller plus loin dans l'assainissement de ses banques afin de "remédier aux faiblesses qui demeurent" . Des mesures sont en préparation : selon des sources citées par Reuters, le gouvernement prévoirait de mettre en place d'ici l'été une nouvelle structure dans laquelle les banques devraient transférer leurs actifs immobiliers et qui serait gérée par des professionnels du secteur. 

• Une dette publique qui explose

Pour S&P, l'assainissement du secteur bancaire ne pourra se faire sans une injection de capitaux. "En conséquence, nous pensons que le risque augmente de voir la dette nette du gouvernement espagnol croître encore."

La dette publique de l'Espagne était jusqu'ici très inférieure à la moyenne en zone euro. Ce pourrait bientôt ne plus être le cas. Elle devrait bondir de plus de 11 points en 2012, à 79,8% du PIB, selon le gouvernement. 

Seul gage d'optimisme dispensé par l'agence : "Malgré les conditions économiques défavorables, nous pensons que le nouveau gouvernement a été volontariste et a mis en place une gamme complète de réformes structurelles qui devraient soutenir la croissance économique à long terme."