Risque industriel : le making of de l’enquête

Voici les différentes étapes de notre travail sur la sécurité des sites industriels dangereux.

Pour réaliser cette enquête, il a fallu localiser précisément chaque industrie dangereuse, comme l\'usine de Saint-Avold, en Moselle.
Pour réaliser cette enquête, il a fallu localiser précisément chaque industrie dangereuse, comme l'usine de Saint-Avold, en Moselle. (PIERRE ANDRIEU / AFP)
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Damien BrunonFrance Télévisions

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L’idée de notre enquête sur la sécurité industrielle, née à la suite de plusieurs faits divers récents, notamment à Martigues, Rouen et Troyes, était de répondre aux trois questions suivantes.

A combien de kilomètres êtes-vous d'un site Seveso ? La réponse avec notre carte exclusive.

Où sont les industries classées ?

Pour répondre à cette question, il fallait disposer d’une base de données fiable. L’administration refusant de nous la fournir, invoquant des problèmes de sécurité, il a bien fallu se débrouiller.

Quelques recherches sur internet ont rapidement mis au jour une source énorme d’informations : le site de l’Inspection des installations classées. Pour plus de clarté, nous avons fait le choix de ne travailler que sur les industries classées “Seveso seuil haut”, les plus dangereuses.

Il fallait encore arriver à les localiser précisément. Une simple recherche Google fournissait régulièrement une adresse satisfaisante. Le reste du temps, il a fallu se plonger dans les rapports d’inspection à la recherche d’un nom de lieu-dit, d’une description des alentours ou d’une photographie aérienne pour finalement trouver le lieu exact dans Google Maps et relever les coordonnées GPS.

Sont-elles dangereuses ?

Trouver une base de données des accidents industriels était la solution logique pour juger de la dangerosité de ces industries. C’est à cet effet qu’a été développé l’outil de recherche Aria du Bureau d'analyse des risques et pollutions industriels (Barpi).

Seul problème : après plusieurs recherches infructueuses, nous nous sommes aperçu que l’outil ne fonctionnait pas. Nous avons donc dû nous en remettre aux informations que le Barpi a bien voulu fournir, des informations très générales, sans date, sans nom d’industrie, sans type d’accident.

Le chiffre de 2 024 incidents et accidents industriels sur les sites Seveso (seuils haut et bas) entre 2000 et 2013 et différents faits divers récents suffisaient à estimer que l’éventualité d’un accident grave était à prendre au sérieux. De plus, en matière industrielle, le risque zéro est souvent balayé d’un revers de la main par les spécialistes.

Les riverains des sites classés sont-ils en sécurité ?

La dernière catastrophe industrielle en France est celle d’AZF à Toulouse, en 2001. Pour éviter un drame similaire, le gouvernement Raffarin avait fait voter la loi Bachelot. Analyser l’avancée de la politique prescrite par cette loi revenait donc à savoir si les mesures de sécurité avaient été suffisamment mises en œuvre.

Pour cela, nous avons relevé l’avancement de chacun des plans de prévention de chacune des industries grâce aux sites internet des directions régionales de l’environnement (Dreal). Grâce à cela, nous nous sommes aperçu que seulement un tiers des entreprises classées disposaient d’un plan en bonne et due forme. Les grands complexes industriels, ceux qui pourraient faire le plus de dégâts, sont d’ailleurs souvent les plus en retard dans les démarches. Autre fait étonnant, une partie de ces installations classées, parfois très proches des habitations, ne dispose pas de plan de prévention.

En croisant ces trois informations, nous avons logiquement jugé que les riverains de ces sites couraient un risque réel en cas d’accident de grande ampleur. L'expression "plusieurs millions de Français" a quant à elle été tirée d’une déclaration de la ministre de l’Ecologie et du Développement durable, Delphine Batho.