Réforme des retraites : condamnés à travailler jusqu'à 70 ans ?

Les générations nées à partir de 1973 vont devoir cotiser 43 ans pour toucher une retraite à taux plein. Pour ceux qui ont fait de longues études, la retraite devient un horizon lointain.

Des lycéeens lors des manifestations contre la réforme des retraites du gouvernement de François Fillon, le 6 novembre 2010, à Nice.
Des lycéeens lors des manifestations contre la réforme des retraites du gouvernement de François Fillon, le 6 novembre 2010, à Nice. (VALERY HACHE / AFP)
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Clément ParrotFrance Télévisions

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Fin du suspense, Jean-Marc Ayrault a dévoilé, mardi 27 août, les principaux points de la nouvelle réforme des retraites, censée assurer l'équilibre du système. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a décidé d'actionner deux leviers : l'augmentation des cotisations salariales et patronales dès 2014, et l'allongement progressif de la durée de cotisation à 43 ans en 2035.

Même si l'âge légal de départ à la retraite demeure 62 ans, le choix de l'augmentation des années de cotisation, nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein, recule l'âge de départ. Si la retraite sans décote reste fixée à 67 ans, rien ne dit qu'une prochaine réforme ne reculera pas encore de quelques années cet âge limite. D'ailleurs, 48% des jeunes pensent prendre leur retraite après 70 ans, selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest France, repéré par 20 Minutes. Francetv info s'est demandé si les nouvelles générations étaient condamnées à travailler jusqu’à 70 ans.  

Etudier plus longtemps, travailler plus longtemps

La réforme du gouvernement Ayrault prévoit un allongement progressif de la durée de cotisation jusqu'en 2035. Concrètement, les personnes nées après 1973 devront cotiser 43 ans pour pouvoir partir avec une retraite à taux plein. Il reste possible de tirer sa révérence à 62 ans, mais au risque de subir une réduction de sa pension. Une décote qui correspond, pour l'instant, à 1,25% en moins par trimestre manquant, soit 5% par année, qu'il faut retrancher du pourcentage de retraite à taux plein (50% des 25 meilleures années pour le régime général et 75% des six derniers mois pour les fonctionnaires).

Avec l'allongement de la durée des études, les jeunes entrent de plus en plus tard sur le marché du travail. Selon l'Insee, de 1986 à 2011, la proportion des bacheliers sur une tranche d'âge est passée de 30 à 71%, et la durée des études pour les 15-29 ans s'est allongée en moyenne de 4,71 à 6,24 années. Mais surtout, les jeunes mettent du temps avant de décrocher leur premier emploi stable, à 27 ans en moyenne selon Le Monde. Interrogé par La Croix, le professeur d'économie de Paris à l'université Paris-Est, Yannick L'Horty, ajoute que "l'âge du premier CDI se situe plutôt autour de 29, voire 30 ans".

Les personnes qui poursuivent de longues études se mettent à cotiser tardivement. Elles risquent par conséquent d'arriver à 67 ans (voire plus en fonction des éventuelles réformes à venir) sans avoir atteint les 43 ans de cotisation. Pour le numéro 1 du PCF, Pierre Laurent : "On le sait, énormément de salariés, et cela concerne beaucoup la jeunesse d'aujourd'hui, n'atteindront pas ces 43 annuités."

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Les problèmes à venir

L'avenir pourrait ressembler à des cohortes de personnes âgées qui se battent sur le marché du travail. Le taux d'emploi des seniors reste faible, avec 41,5% des 55-64 ans dans l'emploi en 2011, selon l'Insee. Leur situation se serait même dégradée selon Libération, avec un chômage qui a augmenté de 16,4% en un an pour les plus de 50 ans. Les patrons hésitent à embaucher un senior qui partira à la retraite prochainement, explique au quotidien Jean-Christophe Sciberras, président de l’Association nationale des DRH. La réforme des retraites maintient donc plus longtemps dans l'emploi des personnes qui ne trouvent pas de travail...

Contactée par francetv info, l’économiste Anne Lavigne affirme qu’il n’existe "pas de fatalité à ce que les seniors soient exclus du marché du travail". Pour cette universitaire spécialisée dans le dossier des retraites, "il faut déconstruire l'idée qu'il y aurait un arbitrage à faire entre l'emploi des jeunes et celui des seniors, ce n'est pas un gâteau à partager". Elle estime par exemple qu’un dispositif comme le contrat de génération semble être "un bon moyen incitatif de maintenir les seniors dans l'emploi".

Reste le problème de l’espérance de vie en bonne santé qui, contrairement à l’espérance de vie, à tendance à stagner voire baisser ces dernières années (voir le graphique ci-dessous). Là aussi, Anne Lavigne dédramatise : "Il faut continuer à aménager les postes et les horaires de travail, développer par exemple le télétravail pour les seniors." Elle assure aussi que les longues études protègent mieux, d’une part, des épisodes de chômage, et conduisent d'autre part à des métiers moins exposés pour la santé, et donc prolonge l'espérance de vie.

Les bonnes nouvelles

La réforme du gouvernement Ayrault prévoit des dispositifs qui pourraient éventuellement permettre aux jeunes générations de partir à la retraite avant 70 ans. Les stages, qui accompagnent généralement les longues études, seront désormais pris en compte, à raison d’un trimestre pour une période de 50 jours de stage. Concernant les petits temps partiels, un trimestre pourra être dorénavant validé avec 150 heures au lieu de 200. D’autres mesures concernant l’apprentissage et le chômage non indemnisé devraient permettre de limiter l’effet de l’allongement de la durée de cotisation.

Enfin, le compte pénibilité prévoit d'échanger des trimestres contre des points accumulés en fonction de la pénibilité du métier exercé. Pour Anne Lavigne, même si la mesure reste encore floue, elle semble prendre en compte des facteurs assez larges (comme le bruit ou le travail répétitif), "ce qui devrait profiter à un bon nombre de personnes".

Pour ceux qui craignent toujours de partir en retraite quand ils seront septuagénaires, il reste la possibilité de racheter des trimestres. Les prix demeurent assez élevés comme le démontre le simulateur de la Caisse nationale d’assurance vieillesse. A 28 ans, un trimestre coûte actuellement entre 1 376 et 2 719 euros, à 58 ans entre 3 098 et 6 121 euros. Dans sa réforme, le gouvernement prévoit un tarif préférentiel de rachat de trimestres d'études pour les jeunes entrant dans la vie active, à condition qu'il intervienne dans un délai de cinq à dix ans après la fin des études et dans la limite de quatre trimestres.

Malgré ces restrictions, Anne Lavigne juge le dispositif "astucieux", car "il incite les individus à s’intéresser tôt à leur retraite, une attitude qui n'est pas naturelle en soi". Selon l'économiste, les jeunes devraient songer rapidement à racheter des trimestres, car "s'ils souhaitent le faire à 45 ans, le prix sera devenu inabordable". L'avantage de ce dispositif pour le gouvernement, c'est qu'il permet de faire rentrer de l'argent plus vite pour financer les retraites.