"Moches mais bons" : les Gueules cassées de l'agroalimentaire arrivent

Légumes cabossés, fruits aux couleurs pâlichonnes... Dans le monde, un tiers de ce qui est produit pour l’alimentation humaine n’atterrit pas dans un estomac. Et en France, avec 17 millions de tonnes d’aliments perdus ou jetés chaque année, on ne fait pas mieux qu’ailleurs. Mais c’est peut-être en train de changer.

(Des dizaines de tonnes de produits agro-alimentaires vont, chaque jour, à la poubelle © Yacine Sahnoune / capture d'écran Les Gueules Cassées)
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Hélène Lam TrongRadio France

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On assiste depuis plusieurs mois à une série d’initiatives "anti-gaspi" dans la grande distribution. Il y a aussi ce petit autocollant rouge qui représente une pomme édentée. Vous l’avez peut-être remarqué dans votre hypermarché ou votre petite épicerie. Ce sticker c’est celui des Gueules cassées. Il signale, toutes enseignes confondues, des fruits et des légumes  déclassés pour cause esthétique. Et vendus, du coup, 30% moins cher.

 

(gueules cassées)

Le co-fondateur des Gueules cassées s’appelle Nicolas Chabanne, il est Avignonnais et il est encore tout ébloui du succès de son initiative qui a fait parler d’elle jusqu’aux Etats-Unis, au Japon ou au Brésil. Et qui a donné des idées à certains professionnels, qui l’ont sollicité :

"Nous, on était dans les fruits et légumes. Mais les confiseurs, les charcutiers, les bouchers, les boulangers, nous ont appelé pour nous dire 'nous aussi on nos gueules cassées'. Tout le monde nous a dit 'c'est universel'. Il y a un océan de produits jetés chaque année. Mais il n'y a pas de marque." 

Nicolas Chabanne fait le pari : il monte une marque. Avec pour commencer deux types de produits : des fromages aux rebords un peu irréguliers et puis des céréales, qui à l’œil n’ont rien de spécial. Sauf que… à quelques millimètres près seulement, elles ne rentraient pas dans la norme.

Un créneau marketing

"Une marque spécifique pour commercialiser les rebuts ?  Ça peut marcher, ça va marcher, même",  estime Xavier Hua, le délégué général d’ECR, une association qui regroupe industriels et distributeurs. Mais l’industrie alimentaire va devoir s’adapter.

 

Mêmes réserves pour l’ADEME, l’Agence gouvernementale qui œuvre notamment contre le gaspillage. Elle rappelle que l’Union européenne a assoupli les règles de calibrage dès 2009. Mais pas de changement dans le comportement du consommateur et du distributeur. Et le joli succès des fruits et légumes moches ne veut pas forcément dire que la fin du gaspillage c’est pour demain.