"Cinq euros, c'est un déjeuner et un dîner en moins" : des allocataires racontent les conséquences d'une baisse des APL

Les aides au logement vont diminuer de 5 euros par mois à partir du 1er octobre. Franceinfo a donné la parole à quatre allocataires pour qu'ils racontent les conséquences concrètes de cette baisse dans leur vie quotidienne.

Les APL sont versées par la Caisse d\'allocations familiales.
Les APL sont versées par la Caisse d'allocations familiales. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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Robin PrudentFrance Télévisions

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Des repas en moins, un budget à recalculer, pas d'abonnement aux transports... Autant de conséquences du coup de rabot du gouvernement sur les aides au logement. Samedi 22 juillet, l'exécutif a annoncé une diminution unilatérale de 5 euros mensuels à compter du 1er octobre pour les APL, ALF et ALS. Franceinfo a lancé un appel à témoignages pour connaître les répercussions de cette décision sur le quotidien des allocataires. Quatre d'entre eux racontent.

Mélina, 20 ans : "Je me prive déjà de certains repas"

A Toulouse, la diminution des APL laisse un goût amer à Mélina. Cette étudiante en soins infirmiers de 20 ans sait d'avance où va se répercuter la baisse de 5 euros : dans son assiette. "Cinq euros, c'est un déjeuner et un dîner en moins, et je me prive déjà de certains repasexplique l'étudiante boursière. J'entends dire que ça fera un kebab ou une bière en moins pour les étudiants, mais quand on compte ses centimes, on ne pense pas à ça." 

Depuis le début de ses études, Mélina doit faire avec un budget très serré. "Je compte tout et je ne prends que les premiers prix", explique celle qui touche 412 euros de bourse par mois et 80 euros d'APL. En plus de ces aides, l'étudiante a un petit contrat dans la restauration rapide qui lui rapporte environ 250 euros par mois pour un travail à temps partiel, de 18 heures à 3 heures du matin. "Le boulot me fait perdre un peu de concentration et d'énergie pour les cours", reconnaît l'étudiante en deuxième année.

Ses revenus lui permettent tout juste de payer son loyer de 395 euros pour un 16 mètres carrés, ses charges, son assurance, ses transports et ses frais de scolarité. "Je ne peux pas rogner là-dessus, alors ce sera encore sur la nourriture", explique-t-elle, partageant sa "colère" après l'annonce de la diminution par le gouvernement. 

On n'a pas tous les moyens de se payer trois repas équilibrés par jour.

Mélina, étudiante, allocataire des APL

à franceinfo

Annia, 60 ans : "Ma hantise, c'est qu'un appareil ménager tombe en panne" 

Depuis son HLM près de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Annia est résignée. "Pas surprise" par cette baisse des aides au logement, cette sexagénaire s'interroge sur le poste de dépenses qu'elle va devoir raboter. "Tout est déjà calculé au centime près. Je ne fais qu'un repas sur deux, je ne prends plus de vacances, je ne bois pas...", lance cette dame atteinte d'une maladie génétique, disposant du statut de personne adulte handicapée depuis dix-sept ans. 

Je prends dans le bas des rayons, là où ça ne coûte pas cher. Du coup, je ne mange pas correctement et je ne suis pas en bonne en santé. C'est un cercle vicieux.

Annia, allocataire des APL

à franceinfo

Chaque mois, Annia touche 850 euros au titre de l'Allocation aux adultes handicapés (AAH). Pour financer son loyer de 426 euros charges comprises, elle perçoit une allocation de logement sociale (ALS) de 256 euros. Une aide également concernée par le coup de rabot de 5 euros décidé par le gouvernement. "Ajoutez à cela la hausse prévue de mon loyer, cela devrait faire 10 euros de dépenses mensuelles en plus", estime Annia.

"Je ne suis pas attachée aux choses matérielles, mais ma hantise, c'est qu'un appareil ménager tombe en panne, explique Annia, qui ne peut faire face à aucune dépense supplémentaire. Je ne sais pas ce que c'est un vêtement neuf, je vais à la Croix-Rouge et des amis m'en apporte." Elle a aussi remplacé les fleurs de son balcon par quelques légumes pour pouvoir se nourrir. A propos de cette diminution de 5 euros, elle confie : "Je le prends avec le sourire, mais j'ai une colère énorme en moi"

Patrick, gendre d'Hortense, 95 ans : "C'est nous qui allons assumer" la baisse 

"La baisse des APL, ce n'est pas que pour les étudiants ! C'est triste pour les étudiants, mais cette diminution concerne aussi les personnes âgées", s'agace Patrick au téléphone. Et pour cause : les seniors logés dans les Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) font partie des 6,5 millions d'allocataires qui vont être touchés par la diminution prévue par le gouvernement.

C'est le cas d'Hortense, sa belle-mère de 95 ans, hébergée dans un Ehpad de la Creuse et qui perçoit l'APL. Elle touche 49 euros par mois d'APL pour aider, un peu, à financer les 1 900 euros par mois pour loger dans cet établissement. "Sa retraite est d'environ 1 100 euros par mois, ce qui ne suffit pas à régler tous ses frais, explique Patrick. Elle a déjà puisé dans toutes ses économies. Maintenant, c'est nous qui devons maintenir le navire à flot."

Les 5 euros, c'est nous qui allons les assumer. On a le sentiment que tout le monde n'est pas solidaire de la même manière.

Patrick, gendre d'une allocataire

à franceinfo

Patrick ne veut accabler personne, "il faut bien trouver de l'argent quelque part" et "ça ne va pas changer [sa] vie". Mais il va devoir revoir son budget et sans doute rogner sur certains passe-temps qui viennent égayer le quotidien de sa belle-mère. "Cinq euros par mois, ça fait un abonnement à l'un de ses magazines, réfléchit-il. Et soixante euros par an, c'est le coiffeur." 

Bastien, 22 ans : "Je ne vais peut-être pas prendre d'abonnement de transports"

Reprendre ses études ou trouver un boulot ? C'est le dilemme de Bastien, 22 ans, originaire d'Auvergne. Et la baisse annoncée des APL vient ajouter un poids dans la balance contre son retour à l'université. "Cinq euros par mois, ça peut paraître peu, mais j'avais déjà calculé un budget serré", explique le jeune homme, qui souhaite réintégrer une licence d'informatique après une pause dans ses études due à des problèmes de santé.

Avec un père au chômage, Bastien ne veut "plus être un poids financier" pour ses parents. Ces derniers lui conseillent de venir loger à la campagne, chez eux, et de trouver un travail. "Mais moi, j'aimerais d'abord obtenir un diplôme", explique le jeune homme, "passionné d'informatique". Pour y parvenir, il avait essayé de réduire ses frais en reprenant des études à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) plutôt qu'à Lille (Nord), où il avait débuté un DUT. Une manière de "limiter les frais de logement". Cette baisse des APL bouleverse ses plans et l'oblige désormais à revoir d'autres postes de dépenses.

Je ne vais peut-être pas souscrire à un abonnement de transports, mais c'est risqué si je me fais prendre. Je n'ai pas encore tranché.

Bastien

à franceinfo