Télé poubelle et méthodes douteuses : Jean-Marc Morandini, le paria du PAF suivi par toute la télé

Alors que l'animateur compte porter plainte contre "Les Inrocks" après la publication d'une enquête évoquant les castings douteux de sa société de production, francetv info revient sur le parcours de l'animateur le plus controversé du PAF.

Jean-Marc Morandini dans les locaux d'Europe 1, à Paris, le 19 mars 2015.
Jean-Marc Morandini dans les locaux d'Europe 1, à Paris, le 19 mars 2015. (DOMINIQUE FAGET / AFP)
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La direction d'Europe 1 veut une "discussion de vive voix" avec son animateur et l'a rappelé alors qu'il était en vacances à l'étranger. Jean-Marc Morandini, qui officie au micro de la station, fait encore parler de lui, mercredi 13 juillet. L'animateur est visé par une longue enquête publiée par Les Inrocks (article payant), qui épingle les méthodes de recrutement de sa société production pour le tournage de la web-série Les Faucons. Deux acteurs envisagent de porter plainte "soit pour travail dissimulé, soit pour harcèlement sexuel", a déclaré leur avocat.

Des pratiques qui n'étonnent pas Marc-Olivier Fogiel, qui est également passé par Europe 1 : "Il y a toujours eu des rumeurs à Europe 1 sur ses mœurs un peu particulières et un certain mélange des genres", a-t-il déclaré à Rue89.

"Du cul, de l'angoisse, des larmes"

Ce climat de scandale, Jean-Marc Morandini, aussi appelé JMM voire J2M, y est habitué. Dans les années 90, il a été la cible de violentes critiques. A 28 ans, il est propulsé à la présentation de l'émission "Tout est possible", sur TF1. Entre 1993 et 1997, deux fois par mois, en deuxième partie de soirée, il enchaînait les sujets sur des personnages "hors du commun, quel que soit leur domaine, qui avaient une sorte de culot d'exister comme ils étaient", a expliqué sur France 4 Pascale Breugnot, productrice du programme.

Au menu :  Lolo Ferrari et son 135F en silicone, Sonny Starck, ancien braqueur multirécidiviste devenu acteur, ou encore un homme qui retrouve la vue après quinze ans et découvre pour la première fois sa femme et ses enfants.


"Du cul, de l'angoisse, des larmes", écrit Jean-Marc Morandini dans un livre, qui évoque la "recette magique des 50% de parts de marché".

"L'exploitation cynique de la misère"

Effectivement, les audiences sont au rendez-vous, mais les attaques sont unanimes et sont telles que TF1 finit par supprimer l'émission. "Il faut voir ça au moins une fois, comme un film porno. Ici, il n'y a pas de quoi rire ni de 'second degré' ; juste l'exploitation cynique de la misère la plus désespérante et la plus désespérée", a par exemple écrit Libération, en 1996. 

Pointé comme l'un des premiers promoteurs de la télé poubelle en France, certains oublient que Jean-Marc Morandini est passé par l'école de journalisme et de communication de Marseille. Journaliste généraliste, il est passé par des émissions plus classiques. Il a notamment présenté le 13 heures de France 3 Midi-Pyrénées, à seulement 20 ans, avant d'assurer quotidiennement, en 1992, une chronique consommation dans "Télématin" sur France 2. Il a également été reporter pour La Cinq.

Traversée du désert et retour via Internet et la radio

Qu'importe. Son image est gravement écornée. Jean-Marc Morandini est "grillé". C'est la traversée du désert. Sans l'expliciter, il laisse entendre qu'il a pensé au pire. Pendant une période, il pense même s'installer aux Etats-Unis afin de se relancer. Il renonce. Il s'intéresse alors à Internet et lance notamment ToutEstNet.com en 2000. Le site ne fait pas long feu.

L'ancienne figure de la télévision amorce son retour grâce à la radio. Après avoir animé des émissions sur Chérie FM et RMC, il intègre Europe 1 en 2003. Il y tient, dans la matinée, une émission sur les médias en général et la télé en particulier. Le succès est au rendez-vous : sa tranche fait 40% de part d'audience de plus dès la première année. Il trouve également le temps d'écrire :  Le bal des faux-cul ; télé, radio : ce qu'on ne vous dit pas sort en 2004. L'animateur y condamne la trash TV et se pose en chevalier blanc du petit écran. Invité de Thiery Ardisson, en 2004, pour assurer la promotion de son ouvrage, il dénonce la télé-réalité et les castings qui "profitent des gamins".

Une mécanique bien huilée

La spirale du retour est lancée. Il créé en 2005 un blog à son nom : jeanmarcmorandini.com, initialement spécialisé dans les médias et notamment l'actu people. La même année, il retrouve une place à la télévision. Il débarque sur Match TV avec "Ça reste entre nous", une émission également people. L'année suivante, sur Direct 8, il lance une autre émission à son nom : "Morandini !".

Radio, télévision, internet : Jean-Marc Morandini est partout. Et les audiences sont là. Télérama publie, en 2008, un article détaillant la façon dont fonctionne le retour fracassant de l'animateur. "Le mécanisme est simple : Morandini relaie une rumeur sur son blog, la dément sur Europe 1 puis résume toute la polémique sur Direct 8. A lui seul, il fait l'actu", explique le magazine.

"Morandini s'est entêté à pomper, pomper, pomper tel un Shadok"

Son blog, au succès croissant et au sommaire de plus en plus généraliste, se fait remarquer pour des scandales liés aux méthodes de travail de J2M. Il est condamné, en 2009, à payer 5 000 euros d'amende pour avoir menti sur ses chiffres Médiamétrie : Jeanmarcmorandini.com a dit être "le premier blog de France". Pourtant, le site spécialisé dans l'actualité Ozap (qui s'appelle désormais Puremédias) enregistrait de meilleures scores. Erreur "involontaire", fait valoir Jean-Marc Morandini. Arrêt sur images relève, la même année, que le blog de l'animateur est passé maître dans l'art du plagiat, en volant notamment une exclusivité du site Jeune Afrique.

Jean-Marc Morandini est ensuite condamné, en 2012, à verser 50 000 euros au Point pour "concurrence déloyale" après avoir repris ses articles. "Depuis la création de la rubrique Média 2.0 par Le Point.fr en 2006, Jean-Marc Morandini se servait sans vergogne dans nos informations pour les reprendre, parfois intégralement, sur son site internet, alimentant ainsi à peu de frais son petit business", explique Emmanuel Berretta, journaliste au Point, en 2012.

Après plusieurs avertissements de notre part, Jean-Marc Morandini s'est entêté à pomper, pomper, pomper tel un Shadok seul sur sa planète.

Emmanuel Berretta

sur "Le Point"

Le conflit se termine en 2014 lorsque la Cour de cassation tranche et estime que les nombreuses reprises effectuées par le blog de Jean-Marc Morandini ne constituent pas un acte de "parasitisme". L'animateur reconnaît auprès de GQ, en octobre 2015, qu'il était plutôt laxiste sur sa façon de travailler : "Je dois avouer qu’au début, je n’étais pas du tout sensible à la notion de source. Mais je n’étais pas un as du Net, je ne voyais pas le problème. J’ai fini par réaliser que les gens y tenaient vraiment."

Mais les pratiques douteuses de Jean-Marc Morandini touchent également son activité à la radio. Un ancien standardiste d'Europe 1 indique à francetv info qu'en 2007, "tous les jours, il y avait des interventions d'auditeurs bidonnés. Il y avait, par exemple, une personne qui travaillait en cuisine qui appelait le standard pour réagir". Et de raconter : "Il appelait au standard et disait que l'équipe de Morandini lui avait demandé de le faire. Parfois, il ne connaissait même pas le sujet du jour. On lui expliquait en deux mots et il disait, en gros  : 'Bon, je vais dire que je ne suis pas d'accord. Et aujourd'hui, on va dire que je m'appelle Stéphane ou Eric.'"

"Un bateleur qui sait vendre une info, sinon la survendre"

Journaliste, Jean-Morandini ? "C'est compliqué", glisse-t-il à Télérama"Au fond, il n'a pas l'esprit journalistique, ce respect sacré de la vérité. C'est plutôt un bateleur qui sait vendre une info, sinon la survendre", commente un reporter d'Europe 1 auprès du magazine.

Mais i-Télé lui a proposé de rejoindre son antenne après avoir déjà œuvré pour d'autres organes du groupe Bolloré (Direct Matin et Direct8). L'idée : prendre dès septembre la case quotidienne du 18-19 heures sur la chaîne, qui sera repabtisée C-News. "Je vais présenter une tranche d’information innovante, en m’inspirant de ce qui existe aux Etats-Unis", a-t-il indiqué. Si les journalistes de la rédaction étaient déjà inquiets de la future orientation de la chaîne – avec l'arrivée à la tête de la chaîne de Serge Nedjar, président de la régie publicitaire du groupe Bolloré – ils ont clairement fait savoir qu'ils ne comptaient pas travailler avec Jean-Marc Morandini après l'enquête des Inrocks, comme le rapportent Les Garriberts, journalistes pour Les Jours.

Et l'ensemble pourrait tourner court. Un journaliste du Figaro a rapporté que le groupe Canal+ avait pris ses distances avec J2M, n'évoquant qu'un "projet".

Le vent pourrait donc tourner pour Jean-Marc Morandini. Poids lourd d'Europe 1 depuis 2003, Voici affirme que la station pousse l'animateur à la démission. Si l'issue de la polémique est encore incertaine, il est certain que l'animateur va attaquer celles et ceux qui s'en prennent à lui. Il a déjà fait savoir qu'il comptait porter plainte contre Les Inrocks. Sans compter qu'il est connu dans le milieu pour être plutôt susceptible et rancunier. En 2014, il avait ainsi fait fermer un fil de discussion du forum hardware qui le critiquait.

"Tout le métier a son application sur son smartphone"

En attendant, même s'il quitte ses fonctions à Europe 1, il gardera son blog suivi par quelque 2 millions de visiteurs uniques par mois, son compte Twitter suivi par un peu plus de 896 000 personnes, ses activités télévisuelles ("Crimes" sur NRJ12) et restera une figure largement suivie dans le monde de la télévision.

Car s'il est l'homme le plus décrié du PAF, J2M est également très écouté. "Il est l'un des acteurs majeurs [des médias]", a estimé l'animateur et producteur Benjamin Castaldi auprès du "Tube" de Canal+, en avril. "Tout le monde se pince le nez, mais tout le métier a son application sur son smartphone", a lâché à GQ Renaud Revel, ancien spécialiste Médias à L'Express et désormais à la tête du blog immedias2016. Un avis vérifié auprès des professionels. "Jean-Marc Morandini est souvent sur les bons coups, je suis avec attention ses alertes", a confié, en 2015, un journaliste d'une grande chaîne nationale à francetv info. Autrement dit, Jean-Marc Morandini risque d'occuper l'espace médiatique encore longtemps. "Ne zappez pas !"