Le nouveau coup d'éclat signé Free devrait faire grand bruit. Dans la nouvelle mise à jour de sa Freebox, le fournisseur d'accès à internet bloque les publicités sur les sites visités par ses abonnés, a indiqué la société sur son blog, jeudi 3 janvier. Un dispositif activé par défaut sur ces appareils qui équipent en haut-débit plus de 5 millions de foyers français. 

Jugée tantôt "irresponsable", tantôt "discutable", cette initiative pourrait être lourde de conséquences, notamment parce que la publicité est un pilier de l'économie numérique. Francetv info revient sur les questions posées par cette mise à jour inédite. 

Quelle est la nature de cette mise à jour ? 

Nommée "Freebox Server 1.1.9", la mise à jour est disponible depuis jeudi 16 heures. Sur son blog, Free a annoncé qu'elle comprenait l'"amélioration" suivante : "Ajout d’une option adblocker permettant de bloquer des publicités (bêta)", sans plus de détails. Pour en profiter, il suffit aux abonnés de redémarrer leur Freebox. Jusqu'alors, des logiciels, comme Adblock, permettaient déjà de bloquer les contenus publicitaires, mais jamais un fournisseur d'accès à internet n'avait activé une telle option par défaut. 

"Le blocage semble opéré en fonction de l'adresse du serveur qui délivre la publicité, explique Numemara. Ainsi "Google Adsense, NetAvenir, AdTech et d'autres distributeurs de publicités en ligne sont concernés", poursuit le site spécialisé, indiquant que "la liste ne fera que s'étendre". Selon le spécialiste high-tech du Figaro, Benjamin Ferran, sur Twitter, "les pubs semblent aussi supprimées par la Freebox à l’intérieur des vidéos YouTube (sur une dizaine testées)."

Pourquoi est-elle polémique ? 

Sur internet, où l'essentiel des contenus sont gratuits, la pub permet de rémunérer de nombreux sites. "Free prend le risque de mettre en péril des milliers d’éditeurs de contenus sur le web", met en garde le site Freenews.fr, indiquant aux abonnés du fournisseur d'accès la procédure à suivre pour désactiver cette option. "Nous faisons un effort constant pour limiter le nombre de publicités affichées sur notre site (...) Mais ces quelques publicités demeurent nécessaires pour nous permettre d’exister", explique l'article en question.

Outre cette question économique, Numerama identifie "un risque démocratique" dans l'application de cette mise à jour : "Free montre le pouvoir extraordinaire des fournisseurs d'accès à internet sur l'information, qui peuvent décider d'altérer le contenu d'un site internet, indique le site, qui explique ainsi que Free "pourra décider demain de bloquer l'accès aux sites pornographiques, aux sites qui proposent des jeux vidéo violents, aux sites "terroristes", aux sites e-commerce étrangers qui ne respecteraient pas la législation française, aux sites qu'il considère diffamatoire, etc." 

Par ailleurs, seul le fournisseur d'accès peut savoir qui a choisi de désactiver ce filtrage, "ce qui fait [de l'utilisateur] un suspect par défaut", poursuit Numerama. 

Pourquoi Free a-t-il activé cette option ? 

Depuis la mise en place de cette option, les internautes n'ont eu de cesse de rappeler qu'elle survient dans un contexte de tension entre le fournisseur d'accès à internet français et le géant Google. En effet, la firme américaine "réalise 97% de son chiffre d'affaires sur ces seules publicités (20 milliards de dollars sur le premier semestre 2012, rien qu'aux Etats-Unis)", précise Le Huffington Post.fr, pointant le blocage du module publicitaire "Google Adsense", développé par le moteur de recherche.

Par ailleurs, les deux sociétés s'affrontent depuis des mois dans une bataille qui oppose Free à YouTube, racheté par Google en 2006. En effet, l'Autorité des télécoms (Arcep) a ouvert en novembre une enquête administrative après que des abonnés Free se sont plaints de problèmes d'accès à la plateforme de diffusion de vidéos. Le site spécialisé PCINpact a ainsi "remarqué que les vidéos YouTube monétisées n'affichaient plus de publicités. C'est toujours le cas sur Dailymotion", relève-t-il. "Doit-on y voir le signe qu'il s'agit bien d'une bataille entre Free et Google ? (...) Il faudra néanmoins attendre d'avoir plus d'éléments afin de pouvoir l'affirmer, et surtout attendre une réaction officielle du fournisseur d'accès afin d'en savoir plus", nuance le site.