Luz : "Il faut revenir aux fondamentaux de Charlie Hebdo"

Un peu moins de deux mois après les attentats qui ont décimé la rédaction, Charlie Hebdo va ressortir ce mercredi. Il sera tiré à 2,5 millions d'exemplaires. Le dessinateur Luz, auteur de la une du prochain numéro, était l'invité de France Info.

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Un petit chien aux yeux exhorbités, tenant dans la gueule un numéro de Charlie Hebdo, poursuivi par une bande d'hystériques comprenant en vrac Marine Le Pen, Manuel Valls, des religieux, des médias. C'est la une du premier numéro de Charlie Hebdo après les attentats du 7 janvier qui ont décimé la rédaction du journal satirique. "Elle a côté un peu joyeux, un peu innocent. J'avais envie de dessiner le retour de la critique joyeuse dans Charlie Hebdo. C'est aussi une manière de ne pas être obsédés par ce que l'on a vécu ", décrypte l'auteur de cette une, Luz, invité ce mardi de France Info. "Il faut revenir aux fondamentaux de Charlie ".

"C'était comme une claque dans la gueule "

Pas de Mahomet en couverture cette fois : "On a parlé de Charlie surtout à cause de Mahomet, mais on n'a jamais autant parlé de Charlie pour son combat écologique, contre le nucléaire, contre les politiques libérales comme celle de Macron par exemple ", souligne Luz. Mais l'actualité s'impose aussi, comme pour tout média, et Charlie ne cherche pas à éviter de traiter les attentats, notamment celui de Copenhague : "C'était comme une claque dans la gueule ", raconte le dessinateur.

"La première des énergies c'est de retrouver une joie de vivre "

De nouvelles plumes ont rejoint l'hebdomadaire, comme pétillon ou l'Algérien Dilem. Au delà de la nécessité de trouver des dessinateurs, il faut garder l'inspiration : "L'énergie, on la retrouve au fur et à mesure. Déjà dans ce numéro-là. Et la première des énergies c'est de retrouver une joie de vivre et de grand pied de nez, de grand bras d'honneur aux gens que l'on critique depuis la naissance de Charlie, c'est à dire aux obscurantistes religieux, politiques, économiques etc. "

"Charlie a été défragmenté et va se reconstituer au fur et à mesure "

Impossible toutefois d'oublier, ne serait-ce que parce que les salariés du journal seront protégés et les locaux transformés en "bunker ", plaisante Luz, qui évoque ceux de Normandie : "Mais il faut dépasser, voir de l'horizon. Et c'est d'offrir aux lecteurs et à nous-même de nouveaux sujets. Dans Charlie, il y a des choses plus poétiques, un peu différentes. Il n'y a peut-être pas forcément la hargne, parce que quand on subit un choc post-traumatique, on passe par différentes phases. Et Charlie va y passer. Il va y avoir un Charlie plus hargneux, un Charlie plus introspectif. je pense que c'est celui-là d'ailleurs. Charlie a été défragmenté et va se reconstituer au fur et à mesure ".

"Le pognon, ce n'est pas un baume au coeur. Les moyens de survivre, c'est dans notre tête "

Tiré à 2,7 millions d'exemplaires, après les sept millions du précedant numéro, c'est un Charlie qui tourne le dos aux difficultés financières. Mais cette manne d'argent inquiète l'équipe : "C'est une forme de malédiction : qu'est-ce qu'on va faire de tout ça ? Le pognon ce n'est pas un baume au coeur. Les moyens de survivre, c'est dans notre tête ". Il ne se fait pas d'illusion sur le nombre de lecteurs de l'hebdomadaire satirique : "Ca peut être aussi une espèce de cadeau empoisonné. Il ne faut pas parler à sept millions de personnes. mais vous allez voir, ça va baisser. On aura des fidèles, comme on dit en religion, qui seront les vrais lecteurs de Charlie et les autres, on leur dira au revoir et peut-être à bientôt ".