"Je ne pouvais plus respirer" : des présentateurs télé racontent leur premier "20 heures"

Alors qu'Anne-Sophie Lapix prend les rênes du JT de France 2, franceinfo a demandé à d'autres présentateurs comment s'était passée leur baptême du feu.

La journaliste Anne-Sophie Lapix, dans les locaux de France Télévisions (Paris), le 26 août 2014.
La journaliste Anne-Sophie Lapix, dans les locaux de France Télévisions (Paris), le 26 août 2014. (JOEL SAGET / AFP)
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Raphaël GodetFrance Télévisions

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"Mesdames et messieurs, bonsoir..." Spoiler : voilà comment devrait commencer le "20 heures" de France 2, lundi 4 septembre. Aux commandes de cette grand-messe de l'info, vous verrez désormais le visage d'Anne-Sophie Lapix. Avant de renouer avec un exercice qu'elle avait déjà pratiquée sur TF1 en 2007, la journaliste a raconté à franceinfo avoir "dormi la nuit dernière, ce qui est déjà un exploit". Elle se rendra sur le plateau "bien en avance pour relire [ses] lancements et plaisanter avec les techniciens." Elle confie aussi "avoir une petite boule dans le ventre".

>> Regardez le premier "20 heures" d'Anne-Sophie Lapix

Qu'elle se rassure, elle n'est pas la seule. Franceinfo demandé à d'autres présentateurs de raconter leur tout premier "20 heures".

Christine Ockrent : "On m'avait calé deux invités en direct, dont Chirac"

Nous sommes le 6 octobre 1981 et, pour la première fois, Antenne 2 choisit une femme pour présenter le journal de 20 heures. Son nom : Christine Ockrent. C'est un véritable événement. Mais en interne, certains voient d'un mauvais œil l'arrivée de ce nouveau visage de l'info. "On était encore à Cognacq-Jay à l'époque, se souvient la journaliste. Contrairement à ce que veut normalement la coutume, je n'ai pas eu droit à la moindre répétition. Je suis arrivée là sans trop savoir comment ça allait se dérouler."

Je ne savais même pas où se trouvait le plateau.

Christine Ockrent

à franceinfo

Le programme est pourtant très chargé pour sa première. "On m'avait calé deux invités en direct, notamment Jacques Chirac, à l'époque président du RPR." Celle qui sera surnommée par la suite dans les médias "la Reine Christine" ne se démonte pas : "Je me suis installée, j'ai respiré très fort, je me suis concentrée. Et tout s'est bien passé." Elle présentera les JT de 1981 à 1985, puis de 1988 à 1989.

Laurence Ferrari : "Il y avait tous les patrons de la chaîne en régie"

"Bonsoir à tous, bienvenue dans votre journal, préparé par la rédaction de TF1." Il est un peu moins de 20 heures, le 25 août 2008, lorsque Laurence Ferrari fait son apparition dans les salons des Français. Premier sujet à lancer : le coup d'envoi de la Convention des démocrates à Denver, aux Etats-Unis. Neuf ans après, la présentatrice n'a pas oublié ce "jour très particulier, plein de pression". Au-delà des millions de téléspectateurs qui la regardent, Laurence Ferrari doit aussi faire abstraction du monde présent en régie pour sa première. "C'est simple, il y avait tous les patrons de la chaîne", se souvient-elle. Il faut dire qu'elle succédait à Patrick Poivre d'Arvor, qui avait passé 21 ans à présenter le "20 heures" sur TF1.

Je savais que la presse me regardait, que mon premier '20 heures' allait être disséqué le lendemain dans les journaux.

Laurence Ferrari

à franceinfo

Si la nuit précédant son premier JT s'est bien passée, la suivante a été plus compliquée à gérer, "l'adrénaline a du mal à retomber, j'ai refait 100 fois chacun des lancements..." Surtout, en arrivant à la rédaction le lendemain matin, elle sait déjà ce qu'il l'attend sur son bureau : les audiences de la veille. 

Françoise Laborde : "Ce stress intense qui te bloque le corps"

Ne lui demandez pas ce qui faisait les gros titres ce soir-là. Françoise Laborde ne s'en souvient "absolument pas". De son premier journal de 20 heures sur France 2, en 1999, la présentatrice n'a en revanche pas oublié "ce stress intense qui te bloque le corps". Elle a d'ailleurs "pas très bien dormi" la veille. Et quelques minutes avant d'entrer sur le plateau, elle a même préféré avaler un comprimé de bêtabloquant, "tellement je ne pouvais plus respirer". La boîte est d'ailleurs longtemps restée sur son bureau.

Le pire moment, c'est le générique d'entrée. Il défile, tu sais que c'est bientôt à toi, on te fait signe, et là tu souris et tu y vas.

Françoise Laborde

à franceinfo

Quelques jours avant sa première, Françoise Laborde est venue plusieurs fois en plateau pour "répéter", "prendre ses marques", "régler la hauteur du tabouret", "comprendre les dimensions de la pièce", "des trucs bêtes mais importants". Elle n'a pas oublié "les mots hyper sympas" de la prompteuse. Elle lui disait : "Allez ma poule, ça va le faire, tu vas être formidable !" Elle s'interroge toutefois sur sa performance du soir : "L'ai-je été, formidable ? Je ne sais pas. Disons que ça devait forcément être mieux les jours d'après."

Henri Sannier : "C'était le jour de mes 40 ans"

C'était une époque où France 2 s'appelait Antenne 2. Nous sommes le 7 septembre 1987, et Henri Sannier, alors aux commandes du "19-20" de France 3, débarque aux commandes du "20 heures". "Impossible pour moi d'oublier cette date, raconte le journaliste à franceinfo. Cétait le jour de mes 40 ans." Pour cette première, il se souvient avoir reçu le ministre des Affaires étrangères et l'acteur Alain Delon en plateau.

Il se rappelle aussi s'être isolé quelques minutes avant d'entrer sur le plateau pour répéter ses mots d'introduction : "Bonsoir, mesdames et messieurs." Car, selon lui, les premières secondes sont déterminantes.

C'est comme un sauteur de haies, s'il rate la première, c'est plus compliqué de se rattraper par la suite.

Henri Sannier

à franceinfo

La veille, il était parti se mettre au vert en Picardie avec femme et enfants pour penser à autre chose. "A vrai dire, j'étais assez serein. C'est juste que j'utilisais un prompteur pour la première fois. Pour me rassurer, j'ai préféré prendre mes fiches avec moi." De son tout premier "20 heures", il a conservé le conducteur, qu'il a rangé avec d'autres souvenirs de télé dans un placard, chez lui. "Il y a quelques temps, mes enfants ont retrouvé les images sur internet. C'est la première fois que je les revoyais. Pas sûr que le costume vert que je portais à l'époque soit validé aujourd'hui..."

Jean-Marie Cavada : "Je suis arrivé tôt le matin"

Nous sommes en septembre 1972, et voilà plusieurs semaines que les équipes de la deuxième chaîne de l'ORTF travaillent sur une nouvelle formule du "20 heures". Pour la présenter, la direction a choisi Jean-Marie Cavada. "C'était quelque chose d'innovant, se rappelle l'actuel député européen. Ça s'appelait INF2, on avait franchement bien bossé."

L'ancien journaliste ne cache pas qu'il était dévoré par "le trac" ce jour-là. Mais "quand même pas au point de se rouler par terre". Le matin, il est arrivé plus tôt que d'habitude à la rédaction, "vers 7h30". Il se souvient que ses lancements de sujets étaient trop longs. Il revoit aussi "tout ce monde en régie", "une vingtaine de personnes". En région, où il officiait jusque-là, "c'était moitié moins". Il faut dire que l'actualité est lourde : des athlètes israéliens ont été pris en otage sur le village olympique à Munich.

J'ai vu débouler un journaliste et un caméraman dans les couloirs. Ils filaient sur place.

Jean-Marie Cavada

à franceinfo

Jean-Marie Cavada a commencé à se détendre vers 20h35, lorsque le générique de fin est parti. "C'était un immense soulagement !" Pour autant, hors de question de rentrer (encore) à la maison : à la sortie du plateau, direction la conférence de débrief avec les membres de l'équipe. Tout a été décortiqué : le moindre mot, la moindre attitude... Ça a duré 1h30. "J'étais exténué en sortant des locaux."