Huis clos sur le net : le bilan

Après cinq jours et cinq nuits passées dans un gite du Périgord, totalement coupés du monde et seulement reliés à l'actualité par Facebook et Twitter, les cinq journalistes des Radio francophones publiques tirent le bilan de cette expérience inédite...

(Radio France © France Info)
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Pas de réflexion générale sur la presse ou sur le journalisme, ce qui serait évidemment prétentieux. Mais je peux au moins donner quelques pistes de réflexion sur les réseaux sociaux, et sur l'absence de médias "classiques".

La première est la rapidité de relais qu'offre twitter.
Twitter est en fait assez simple. Imaginez que vous assistez à un accident de voiture. Vous le racontez à cinq de vos amis. Chacun le raconte à cinq de ses amis qui eux-même le racontent à cinq de leurs amis etc. Voici exposé le principe même de twitter. En quelques secondes, vous avez la possibilité de faire passer une info d'un bout à l'autre du monde. On savait que twitter avait cette qualité, on ne mesurait pas l'ampleur du phénomène.
La seule limite est que si vous avez rêvé, et que cet accident n'a pas eu lieu, ou si vous mentez en affirmant qu'il y a eu cet accident : beaucoup de personnes vont être désinformées.

Le deuxième enseignement est que les médias traditionnels nous manquent pour comprendre et pour décrypter l'actualité qui nous parvient. Certes, on comprend qu'il y a eu un accident de voiture. Mais on ne sait pas si le conducteur avait le permis, on ne sait rien des conditions météo (verglas, neige, chaussée mouillée) ou de l'état de la voiture avant l'accident.
_ La presse traditionnelle, la plupart du temps, nous apporte ces infos. On a pu s'en rendre compte sur l'affaire Georges Frêche. Lorsqu'un mini-message nous apprend qu'il a eu des propos antisémites vis à vis de Laurent Fabius, si vous n'en savez pas plus, vous vous dites juste qu'il s'agit d'une personne scandaleuse sans intérêt. Si vous lisez un article du Monde sur le sujet, vous comprenez quel est le contexte. Vous apprenez que Frêche est un provocateur, et qu'il cherche souvent la petite phrase qui va faire parler de lui.

Le troisième enseignement est la hiérarchie qui ressort de twitter. Hiérarchie évidemment différente de celle des médias classiques. Les petites polémiques franco-française ("Quoi ? Michelle Alliot-Marie et Brice Hortefeux se détestent ?") sont à la "une" de twitter, quand sur France Info ou TF1 l'on parlera bien plus de la grève SNCF.
_ L'information internationale est très peu relayée sur ces réseaux. Est-ce à dire que les internautes se moquent de ce qui se passe en dehors de nos frontières ? Est-ce à dire également que pour faire de l'audience, les radios doivent parler uniquement des petites affaires franco-françaises ? Voilà au moins deux questions posées par cette expérience.

Pour ce qui est d'un enseignement clair et général, je dirais, après cinq jours "d'enfermement", que twitter/Facebook et les médias classiques ne sont pas à opposer. Ces deux réseaux sont complémentaires. En clair, l'un informe, l'autre relaye.

Benjamin Muller

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