"Questions pour un champion" : dans les clubs de fans, on a "du mal à imaginer l'émission sans Julien Lepers"

France 3 l'a confirmé : celui qui animait l'émission depuis vingt-sept ans ne sera pas au programme de la version modernisée, qui démarre en février. Au sein des clubs de fans du jeu, la nouvelle divise. 

Julien Lepers lors de la rentrée de France Télévisions, à Paris, en août 2014. 
Julien Lepers lors de la rentrée de France Télévisions, à Paris, en août 2014.  (JOEL SAGET / AFP)

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"Je quitte Questions pour un champion à mon corps défendant et la mort dans l'âme." Ce vendredi 8 janvier, Julien Lepers prend la parole dans une tribune publiée sur le Huffington Post. L'animateur revient sur son départ de l'émission qu'il animait depuis ses débuts, en novembre 1988. Il y explique l'incompréhension qui l'anime face à la décision de France 3 de garder l'émission, en la modernisant, mais en se débarrassant de son animateur phare.

"Les spectateurs qui m'ont suivi depuis si longtemps font partie de ma vie. Elle continue, avec eux, et je les en remercie", conclut-il. Sur Twitter, l'annonce du départ de Julien Lepers avait indigné plus d'un internaute, pour qui le départ de l'animateur semblait signifier la mort de leur propre enfance. Mais qu'en est-il des fans du jeu les plus endurcis, organisés en 187 clubs, en France et ailleurs, et qui s'affrontent régulièrement en compétition ? 

"Personne n'est irremplaçable" 

"Pour nous, ça a été un vrai choc, surtout la façon dont les choses se sont passées", explique Annie Barberis, présidente du club "Questions pour un champion" de Dijon (Côte-d'Or). D'après elle, l'émission est difficilement dissociable de la personnalité de l'animateur historique. "Peut-être que Samuel Etienne [le journaliste choisi par France 3 comme nouvel animateur] sera très bien, mais Julien Lepers fait partie de l'émission, on a du mal à imaginer ce qu'elle peut être sans lui."

Ce n'est pas le cas de tout le monde. Pour Francis Bouron, président du club de La Roche-sur-Yon (Vendée), les avis sur Julien Lepers sont partagés : "Personne ne fait l'unanimité, explique-t-il au téléphone. Il a de la bouteille, beaucoup reconnaissent son professionnalisme, mais avec le professionnalisme, on acquiert aussi des tics." Pour Francis Bouron, si "personne n'est irremplaçable", cette manœuvre serait avant tout un moyen "d'enterrer progressivement cette émission"

"Dans nos tournois, le niveau est plus élevé qu'à la télé"

Francis Bouron explique avoir côtoyé Julien Lepers à trois reprises sur le plateau de l'émission. "Le courant passait bien" avec lui, mais il estime que cela fait déjà plusieurs années que l'émission s'éloigne du jeu originel. "Dans les clubs, personne ne joue comme à la télé", sourit-il. Francis Bouron explique que le jeu souffrait depuis plusieurs années du "cabotinage" de son animateur, et d'une baisse significative du niveau de difficulté des questions posées, "si bien qu'au premier tour, la personne la plus cultivée était la seule à ne pas être qualifiée, parce que ce n'est plus qu'une question de rapidité"

Selon lui, il se pourrait bien que le départ de Julien Lepers ne soit qu'un nouveau coup porté au programme : "On dit 'moderniser' l'émission. Si c'est pour ne plus poser que des questions 'people', eh bien ça sera sans moi", affirme-t-il. Au Mans (Sarthe), la présidente du club "Questions pour un champion" tient le même discours. Pour Danièle Reolid-Meignan, Julien Lepers est "un personnage qui était très professionnel, même s'il était parfois agaçant". L'attachement de Danièle au jeu tient toutefois moins à l'animateur qu'au défi intellectuel : "Nous, ça ne nous empêchera pas de jouer en club, on n'est pas spécialement attachés à Julien Lepers. Il y a beaucoup de tournois nationaux et internationaux, et le niveau y est plus élevé qu'à la télévision."

"Non, ce n'est pas une émission pour personnes âgées !"

D'ailleurs, dans ces tournois, la moyenne d'âge est aussi moins élevée que devant le petit écran. C'est en tout cas ce qu'affirme Danièle Reolid-Meignan quand on évoque une intention de "rajeunir l'émission" : "On dit que c'est une émission de personnes âgées, mais ce n'est pas vrai. Lors des tournois, je vois beaucoup de jeunes. C'est à cause des publicités pour monte-escaliers, on donne l'impression que c'est une émission pour seniors."

En annonçant le remplacement de Julien Lepers, Dana Hastier, la directrice exécutive de France 3, avait, comme le rappelle Le Point, précisé que l'âge moyen des téléspectateurs du programme était de 69 ans, "ce qui a un effet sur la publicité". Un argument qui ne convainc pas Annie Barberis : "Même si on se place dans une logique industrielle de rentabilité, il y a sur ce créneau une série d'annonceurs qui sont adaptés à l'audience de ce programme. Où vont-ils mettre ces annonceurs ? C'est un manque à gagner pour la chaîne."

La disparition d'une "structure de notre société"

Annie Barberis a du mal à imaginer "de gros bouleversements [dans le jeu]". Il n'en reste pas moins que, d'après la présidente du club dijonnais, ce changement est significatif, et regrettable. Pour elle, les jeunes qui ont témoigné de leur désarroi "sont des gens qui ont connu 'Questions pour un champion' en regardant l'émission avec leurs grands-parents". Elle déplore ainsi la disparition d'une "structure de notre société qui a quelque chose d'attachant, et qu'il est dommage de supprimer".

Dans sa tribune, le principal intéressé acquiesce : "Je ne peux passer devant un collège sans que des ados, négligeant un instant Maître Gims, Bob Sinclar ou leur partie d'Assassin's Creed, se précipitent vers moi", affirme Julien Lepers. Samuel Etienne n'a qu'à bien se tenir.