Eric Zemmour au tribunal correctionnel de Paris le 11 janvier 2011, où il comparaissait pour diffamation et discrimination raciale.
Eric Zemmour au tribunal correctionnel de Paris le 11 janvier 2011, où il comparaissait pour diffamation et discrimination raciale. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Traiter Eric Zemmour de "con" dans un chanson n'est pas illégal. C'est en substance le jugement rendu par la cour d'appel de Paris, jeudi 28 juin, qui a jugé "non coupable" le rappeur Youssoupha qui avait ainsi qualifié le chroniqueur Eric Zemmour dans une chanson. Le tribunal a jugé que les propos poursuivis "n'excédaient pas les limites admissibles en matière de liberté d'expression artistique".

Eric Zemmour avait porté plainte pour injure et diffamation après la diffusion sur internet, en mars 2009, de la chanson du deuxième album du rappeur intitulé Sur les chemins du retour. Les paroles incriminées étaient : "A force de juger nos gueules, les gens le savent qu'à la télé souvent les chroniqueurs diabolisent les banlieusards, chaque fois que ça pète on dit que c'est nous, je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Eric Zemmour".

"Con" contre "analphabète"

En première instance, le 26 octobre 2011, le tribunal correctionnel de Paris avait donné raison à Eric Zemmour, et condamné le rappeur à une peine d'amende de 800 euros avec sursis pour injure publique. Mais la chambre de la cour d'appel spécialisée dans les affaires de presse a estimé qu'il n'y avait ni diffamation, ni injure publique. 

Les magistrats considèrent que M. Zemmour, "journaliste, chroniqueur et polémiste connu pour son sens pas toujours bienveillant de l'humour et de la formule", est "un personnage public" vis-à-vis duquel "une plus grande tolérance s'impose". La cour relève, par ailleurs, que le rap est "un style artistique permettant un recours possible à une certaine dose d'exagération".

Le rappeur de 33 ans s'était notamment défendu en évoquant les multiples provocations d'Eric Zemmour à l'encontre du rap, que le chroniqueur décrit comme "une sous-culture d'analphabètes".