Présidentielle : "Charlie Hebdo" appelle à voter Macron, car "il faut quand même faire son devoir face au FN"

L'hebdomadaire satirique a dévoilé sa une, la dernière avant le second tour de la présidentielle, dimanche 7 mai. Cette fois, pas le moindre dessin, mais une prise de position contre le FN. 

L\'hebdomadaire \"Charlie Hebdo\" consacre sa une du mercredi 3 mai au second tour de la présidentielle.
L'hebdomadaire "Charlie Hebdo" consacre sa une du mercredi 3 mai au second tour de la présidentielle. (CHARLIE HEBDO)
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Propos recueillis parFabien MagnenouFrance Télévisions

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"Faut vraiment vous faire un dessin ?", fait mine de s'interroger Charlie Hebdo. Aucune illustration n'agrémente la une de l'hebdomadaire satirique du mercredi 3 mai, juste cette simple phrase, rédigée en lettres blanches sur fond noir. Une formule en guise de contrepied, donc, qui souligne l'opposition de la rédaction à Marine Le Pen, candidate FN, opposée à Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. Franceinfo a contacté Riss, directeur de la publication et de la rédaction, pour mieux comprendre ce choix éditorial.

Franceinfo : Pas de dessin en une, c'est une première ?

Riss : Il y avait déjà eu des couvertures avec du texte et sans dessin, dans le Charlie Hebdo de la première période (à l'époque, Hara-Kiri) – souvenez-vous, par exemple, du "Bal tragique à Colombey : 1 mort". Mais à ma connaissance, c'est la première fois que Charlie n'a pas de dessin en une, en effet, depuis sa réimpression en 1992.

Comment est née cette idée ?

On s'était dit que cette couverture allait être difficile à trouver. On a commencé à réfléchir, vendredi dernier, sur le comportement à adopter au second tour. Pendant les discussions, une phrase est sortie : "On va pas vous faire un dessin." Ce choix radical et ironique a été retenu, de fil en aiguille. Ce sont des phrases qui surgissent, et qu'il faut tirer comme un bout de ficelle.

Que veut dire cette phrase ?

C'est un discours qui s'adresse aux abstentionnistes. Même s'ils n'ont pas le candidat qu'ils souhaitaient au second tour, il faut quand même faire son devoir face au FN. Charlie Hebdo a une tradition d'opposition face à ce parti. Vu le score que le FN risque de faire, on ne pouvait pas dire aux lecteurs de rester chez eux dimanche prochain. Pour nous, c'était une évidence.

Vous évoquez une "tradition"... Un exemple ?

En 1995, Charlie Hebdo avait initié une pétition pour dissoudre le Front national. C'était une manière de mettre en avant la dimension antidémocratique de ce parti politique. Parmi les soutiens – assez rares à l'époque –, il y avait d'ailleurs un certain Jean-Luc Mélenchon. Quelques années après, il est donc un peu étonnant de voir que les positions ont changé, ou du moins, que la mémoire a été un peu oublié ces combats des années 1990.

Vous critiquez donc sa position actuelle...

Ce n'est pas seulement lui, mais aussi toute une partie de la gauche qui hésite, voire qui proclame qu'elle ne va pas voter contre le Front national. On a peut-être quelque chose à gauche qui a évolué ou s'est dégradé depuis cette période, qui en tout cas mérite réflexion.

Ne craignez-vous pas de froisser ce lectorat ?

Notre lectorat est très divers. Après, on a le droit d'exprimer son opinion quand on est un journal d'opinion. Sinon, dans ces cas-là, on ne fait pas un journal. Charlie Hebdo ne peut pas être indifférent et se contenter de dire : "Faites ce que vous voulez dimanche prochain." Ce n'est pas possible par rapport à notre histoire d'avoir une position trop neutre. Peut-être des gens seront-ils irrités, mais tant pis. On préfère être fidèles à notre tradition que de participer à l'indifférence sur le score du FN et sa montée.