L'article à lire pour comprendre la libéralisation du transport par autocar

La loi Macron prévoit d'autoriser les autocars à transporter librement des passagers sur de longues distances en France. Mais qu'est-ce que cela va changer exactement ? Francetv info vous dit tout sur cette mesure qui pourrait vous faire abandonner le train.

Des passagers attendent de voyager par autocar via IDBUS, le 23 juillet 2012, dans le nord de Lille (Nord).
Des passagers attendent de voyager par autocar via IDBUS, le 23 juillet 2012, dans le nord de Lille (Nord). (DENIS CHARLET / AFP)

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Un Paris-Lyon pour 19 euros au lieu de 73 euros, ce sera bientôt possible. Mais il faudra délaisser la voie ferrée au profit de la route. Le projet de loi Macron sur la croissance et l'activité, présenté mercredi 10 décembre en conseil des ministres, prévoit la libéralisation des transports de passagers par autocars en France.

Est-ce une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat ? Quelles seront les lignes proposées ? Francetv info répond à toutes les questions que vous vous posez cette mesure qui pourrait vous faire préférer l'autocar. 

Mais voyager par autocar, ce n'est pas déjà possible ?

La législation sur le transport par autocar est très contraignante. Jusqu'en 2009, un voyageur pouvait partir de Paris pour se rendre en Allemagne, mais hors de question d'arrêter son voyage en cours de route, en s'arrêtant à Strasbourg (Bas-Rhin), par exemple. Depuis, le cadre a été assoupli, explique Les Echos. Il est désormais possible de s'arrêter à Strasbourg, mais uniquement dans le cadre d'une liaison internationale.

Des lignes ont été ouvertes entre des villes françaises et européennes et proposent aujourd'hui des arrêts en cours de route. C'est le cas de la ligne Paris-Turin (Italie) via Lyon (Rhône), ou encore d'un Paris-Barcelone (Espagne) via Perpignan (Pyrénées-Orientales). Cela s'appelle le cabotage.

Que va changer la loi Macron ?

Avec 110 000 voyageurs en 2013, le transport par autocar représente 0,0005 % du marché des voyages longue distance, selon l'Autorité de la concurrence. La loi Macron prévoit d'autoriser les exploitations des lignes de bus sur le territoire national. Plusieurs compagnies ont déjà déclaré n'attendre que la promulgation de la loi pour se lancer dans l'aventure. L'entreprise Transdevfiliale de Veolia et de la Caisse des dépôts, souhaite, par exemple, lancer "de façon massive" des lignes comme Paris-Lyon, Bordeaux-Lyon, Rennes-Strasbourg, via sa filiale Eurolines. 

Néanmoins, pour des lignes inter-régionales, c'est-à-dire des lignes qui ne passent pas par Paris, un test économique va être réalisé, précise-t-on au cabinet du ministère de l'Economie. L'objectif est de s'assurer que ces lignes d'autocar ne mettent pas en péril les TER. Les contours des futures régions seront pris en compte, ajoute le ministère. Ce test sera réalisé sous la houlette de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), comme l'explique La Tribune.

Où est-ce que je pourrai aller avec ces cars ?

Une quarantaine de destinations françaises sont ciblées. Selon l'Autorité de la concurrence, les liaisons les plus demandées sont : Paris-Bordeaux, Paris-Lyon, Paris-Strasbourg, Paris-Lille, Paris-Rennes, Paris-Nantes, Paris-Bayonne, Paris-Rouen et Paris-Poitiers. 

Mais les sociétés de transports par autocars pourraient aussi être attirées par les lignes mal desservies par la SNCF à l'image de Lyon-Bordeaux, Rennes-Bordeaux, Lyon-Nantes ou encore Bordeaux-Nice, via Toulouse et Montpellier.

Combien cela va me coûter ?

Premier argument développé par les sociétés de transport par autocars : le prix. D'après un rapport de l'Autorité de la concurrence publié en 2013, sur les dix liaisons les plus fréquentées, le prix au kilomètre des billets d’autocar s’élève, en moyenne, à 0,12 euro contre 0,25 euro pour le TGV. Par exemple, un billet de TGV Paris-Lille coûte 25 euros, si l'on s'y prend deux mois à l'avance, et 50 euros si on l'achète la veille du départ. Pour un trajet en autocar, un Paris-Lille coûtera, en moyenne, entre 10 et 15 euros, quelle que soit la date de réservation

La loi Macron doit être discutée à l'Assemblée nationale à partir du 22 janvier. Si elle est votée par le Parlement au début de l'année 2015, des trajets en autocar pourraient être possibles dès cet été.

Quelles sont les compagnies intéressées ?

Transdev, via Eurolines, compte proposer une quarantaine de lignes à des "prix attractifs". Et  pas question de faire du low cost au niveau du confort, tranche Laurence Broseta, directrice générale France de Transdev, dans Le Figaro. La société souhaite créer une nouvelle marque pour ses nouvelles lignes 'intercités', et acheter de nouveaux autocars "modernes, confortables, équipés de wifi". 

Le Britannique Stagecoach, via Megabus, a lancé en 2012 en France ses premières lignes internationales. Et il compte bien s'attaquer au marché hexagonal dès que cela sera possible. "Nous saisirons toutes les occasions d'étendre notre réseau pour proposer des prix bas à plus de voyageurs", affirme la société dans Le Parisien. Mêmes appétits du côté de la PME française les Courriers Rhodaniens, via son service Starshipper. Enfin, la SNCF, est déjà présente sur ce marché, depuis 2012, via IDBUS.

Est-ce que les voyages en car attirent plus que le train ?

Il est difficile de savoir si les Français vont adopter massivement ce mode de transport. Mais si l'on regarde en Europe, le Royaume-Uni a enregistré 30 millions de voyageurs en autocar en 2012 et l'Espagne 32 millions. En Allemagne, ce secteur a été libéralisé début 2013. Depuis, le marché a explosé passant de quelques dizaines de milliers de passagers à 800 000, note Le Monde. Le pays, qui comptait 150 liaisons début 2013, en compte désormais 250. 

D'ailleurs, des experts estiment que le transport par autocar pourrait générer bientôt 600 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, signale Courrier international. En partie au détriment du chemin de fer. L'entreprise ferroviaire publique allemande Deutsche Bahn aurait, ainsi, perdu 50 millions d’euros de chiffres d'affaires au premier semestre 2014. 

Elle a pourtant mis en place des stratégies pour faire face à cette féroce concurrence. "Elle a créé sa propre société de bus et a multiplié les offres spéciales sur le rail, avec des trajets moins rapides et meilleur marché", détaille Le Monde.

Qui est ciblé par ce marché ?

La France table sur 5 millions de passagers. Pour l'Autorité de la concurrence, qui appelle de ses vœux cette libéralisation depuis 2013, la clientèle de ce type de transport par autocar est surtout composée de "voyageurs loisirs". Une clientèle essentiellement jeune, entre 40 et 60% des clients ont moins de 30 ans, donc moins sensibles au temps de parcours. 

Autre catégorie ciblée : les seniors. L'Autorité de la concurrence, qui se base sur les exemples européens, estime que c'est aussi une population moins regardante sur le temps de trajet. 

Des emplois vont-ils être créés ?

Bercy assure que la libéralisation du transport par autocar pourrait créer jusqu'à 10 000 emplois. La Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV) estime, de son côté, que le nombre d'emplois créés pourrait grimper jusqu'à 16 000. Des chiffres que l'on retrouve aussi dans le rapport de l'Autorité de la concurrence, relaie Les Echos.

Des chiffres surestimés selon Réunir, le réseau de PME du transport de voyageurs. "Pour notre part, nous privilégierons l'emploi local, précise au Figaro Stéphane Duprey, délégué général de l'association. Le chiffre de 1 000 emplois supplémentaires ne me paraît pas exagéré." De son côté Transdev pense créer 300 emplois la première année, aussi bien chez les conducteurs, qu'au sein des services administratifs et commerciaux. 

J'ai eu la flemme de tout lire. Vous me faites un petit résumé ?

La loi Macron prévoit de libéraliser le transport de passagers par autocar sur les longues distances. Actuellement, un car peut faire un arrêt dans une ville française, mais seulement dans le cadre d'une ligne internationale. Néanmoins, un trajet au sein d'une même région, selon les contours de la nouvelle carte de France, restera encadré et devra recevoir une autorisation.

Un trajet en bus apparaît plus économique qu'un voyage en train. Le prix varie parfois du simple au double. Plusieurs compagnies de bus se déclarent prêtes à lancer des lignes nationales dès cet été si la loi est votée début 2015. Le ministère de l'Economie estime qu'une dizaine de milliers d'emplois pourraient être créés.