L'article à lire pour comprendre la situation de GM&S, l'usine creusoise placée en liquidation judiciaire

L'usine de La Souterraine, placée en liquidation judiciaire, est menacée de fermeture depuis quinze ans. Franceinfo revient sur cette affaire. 

L\'usine GM&S bloquée par des salariés à La Souterraine (Creuse), le 21 juin 2017. 
L'usine GM&S bloquée par des salariés à La Souterraine (Creuse), le 21 juin 2017.  (PASCAL LACHENAUD / AFP)
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Licia MeysenqFrance Télévisions

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Un nouvel épisode dans l'affaire GM&S. L'équipementier automobile n'est toujours pas fixé sur son sort. Le tribunal de commerce de Poitiers (Vienne) a placé l'entreprise GM&S en liquidation judiciaire vendredi 30 juin, avec poursuite d'activité jusqu'au 21 juillet. L'usine située à La Souterraine, dans la Creuse, est menacée de fermeture depuis quinze ans. Elle saura le 19 juillet si l'offre de reprise proposée par GMD est validée. 

Les syndicats et l'Etat se sont mobilisés ces derniers mois pour trouver un ultime repreneur pour la huitième fois en quinze ans. Franceinfo fait le point sur la situation. 

On parle beaucoup de GM&S. Mais c'est quoi, au juste ?

GM&S, en réalité GM&S Industry France, est une entreprise spécialisée dans le découpage et l'emboutissage de tôle, qui travaille comme sous-traitant pour l'industrie automobile. Près de 300 salariés y fabriquent des carters d'huile, des éléments de planchers ou encore des châssis pour des constructeurs de véhicules. Si vous roulez avec une voiture des groupes PSA ou Renault, les principaux clients de l'entreprise, il est possible que votre véhicule comporte des pièces venant de chez eux.

Située dans une zone industrielle de La Souterraine, petite ville (5 200 habitants) du département rural de la Creuse, GM&S ne s'est pas toujours appelée comme ça. C'est sous le nom de Socomec que l'entreprise, alors familiale, voit le jour en 1962 et devient prospère, comme le rapporte La Montagne. "Quand je suis arrivé il y a quarante ans, on embauchait à tour de bras. Il n'y avait pas besoin de CV, il suffisait de se présenter devant le portail un lundi matin", explique à franceinfo un ancien employé. Mais dès les années 1990, la situation se dégrade. Le carnet de commandes est de plus en plus vide et le groupe passe dans le giron de neuf repreneurs différents. Il connaît aussi trois redressements judiciaires en huit ans. 

Pourquoi on en parle tant en ce moment ?

L'entreprise a été placée en redressement judiciaire le 2 décembre 2016. Depuis, les salariés se sont mobilisés pour tenter de retrouver un repreneur et sauver leur usine. Le tribunal de commerce de Poitiers a prononcé, vendredi 30 juin, sa liquidation judiciaire, avec poursuite d'activité jusqu'au 21 juillet. Il a donné rendez-vous au 19 juillet pour étudier l'offre de reprise déposée par le groupe stéphanois GMD. Un "sursis", pour les employés qui se mobilisent pour que le repreneur améliore son offre. 

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Une délégation avait été reçue mercredi 28 juin par le ministre de l'Economie. Bruno Le Maire a indiqué que le gouvernement entendait "mobiliser toutes les énergies" pour trouver un repreneur et éviter la fermeture. Une déclaration qui ne satisfait pas les salariés. "L'Etat n'a pas su faire plier les constructeurs", s'est désolé Jean-Marc Ducourtioux, délégué CGT, à quelques heures de la décision du tribunal..

Depuis combien de temps ça dure, cette histoire ?  

Les salariés se mobilisent depuis plusieurs années pour sauver leur emploi. "Cela fait quinze ans que notre entreprise est menacée. On en a tellement fait", déplore Jean-Marc Ducourtioux. En 2006, l’entreprise est rachetée par un Irlandais et 20 emplois sont supprimés. La première manifestation devant le ministère de l’Industrie a lieu en 2008. Depuis, les actions pour alerter sur le sort de l’entreprise se sont multipliées. "On a sillonné la France en cars, ça nous a coûté 30 000 euros, détaille un employé à franceinfo. On a bloqué l'entrée des usines Renault et PSA, nos fournisseurs. On est même partis à 300 gars pour défiler à Paris." 

Le 27 avril, devant l'échec des négociations avec Bercy, les salariés ont allumé des foyers dans les hangars. Puis ils ont piégé leur usine pour alerter les médias, en mai. "On était 200 cons à se battre dans le vent, c'était David contre Goliath. Dès qu'on a mis des bonbonnes de gaz et menacé de tout faire exploser, les caméras de télévision ont débarqué", s'emporte Jean-Marc Ducourtioux. Une stratégie payante. "C'était notre dernier recours. Sans ça, GM&S aurait sombré depuis longtemps", confie un autre salarié.

Si la liquidation judiciaire était définitivement actée, iront-ils jusqu’à faire exploser leur usine ? "Tout ce que je peux dire, c’est que vous entendrez parler de nous", conclut le syndicaliste.

Mais comment l'entreprise en est-elle arrivée là ? J'ai entendu parler de soupçons de mauvaise gestion...

Selon les syndicats, la mise en liquidation judiciaire de l'entreprise est due à "des patrons voyous" qu'ils accusent d'avoir mal géré les comptes de l'équipementier. En 2015, les revenus de l'usine n'étaient que de 26 millions d'euros, contre 40 en 2004. L'équilibre de l'entreprise requiert, selon les syndicats, un carnet de commandes de l'ordre de 35 à 40 millions d'euros annuels.  

Dans une enquête, Mediapart (article payant) met en cause l'ancien propriétaire de l'entreprise entre 2009 et 2014, Altia Industry. La justice soupçonne des faits d'abus de biens sociaux et d'escroquerie et une instruction est en cours. "De janvier 2011 au 31 décembre 2014, en quatre ans, les dirigeants d'Altia ont chacun touché plus de 1,3 million d'euros de rémunération nette, auxquels il faut ajouter près de 1,5 million d'euros de dividendes, partagés entre eux trois", explique Mediapart. "C'est le principe d'un montage financier, s'indigne le syndicaliste Jean-Marc Ducourtioux, ils reprennent l'entreprise pour 3 euros et font remonter de l'argent."

De leur côté, les employés regrettent l'absence d'investissement dans le matériel. "On leur a demandé de moderniser les chaînes de production et rien n'a été fait", confiait un salarié à franceinfo. Patrick Brun, délégué CGT, a expliqué qu'un seul directeur avait débloqué des fonds pour moderniser les outils et augmenter les commandes. "Il a été limogé, car l'argent était investi pour développer l'entreprise et ne revenait plus aux actionnaires", affirme-t-il.

Quelles sont les options sur la table ? 

Un seul groupe s'est montré intéressé pour reprendre l'entreprise, l'emboutisseur stéphanois GMD. Il a déposé une offre de reprise formelle, à la dernière minute, jeudi 29 juin à 19h30, après une semaine de suspense. Cette offre a du mal à contenter les syndicats car GMD ne reprendrait qu'une petite moitié des 277 salariés. "Avant de se prononcer sur l'offre, il faut qu'on l'étudie. Nous sommes attachés à nos emplois et à cette entreprise. Il y a quand même 157 salariés menacés de licenciement", a réagi le délégué CGT Vincent Labrousse. 

Les groupes PSA et Renault se sont eux aussi engagés à investir dans l'entreprise. Ils ont promis des commandes annuelles d'un montant respectif de 12 et 10 millions d'euros. Renault s'est engagé, si GMD reprend l'entreprise, à apporter un soutien financier aux investissements d'un montant maximal de 5 millions d'euros. "C'est une réponse indirecte à nos sollicitations, reprend Jean-Marc Ducourtioux, qui n'est pas satisfait de cette annonce. Il s'agit d'une pseudo-déclaration"

Et quel rôle joue l'Etat dans cette affaire ? 

Dans l'attente d'une solution, l'Etat est venu en aide à GM&S depuis son placement en liquidation judiciaire en janvier. Michel Vergnier, député-maire PS de Guéret, dans la Creuse, explique au magazine Challenges que de nombreux moyens ont été investis pour maintenir l'usine à flot. "La région Nouvelle-Aquitaine a mis 1,2 million d'euros sur la table", explique-t-il. Cette somme sert à financer le salaire des employés, au chômage technique depuis l'annonce de liquidation .

"L'Etat, via BPI France, a lui débloqué plus de 500 000 euros. L'Etat a aussi effacé les dettes sociales et soutenu le chômage partiel sur le site. Sans compter le CICE, d'un montant de l'ordre de 450 000 euros par an", reprend-il. Le dispositif permet aux salariés de tenir jusqu'à la fin du mois de juin, d'où l'urgence de trouver, très vite, un repreneur.

 Pourquoi est-ce un dossier hautement symbolique pour Emmanuel Macron ?

Le conflit autour de GM&S représente le premier gros dossier social à gérer pour le nouveau président Emmanuel Macron. En visite à Bellac (Haute-Vienne), près de La Souterraine, le 9 juin, il a essuyé les sifflets des employés présents sur place. Une rencontre a été organisée, pendant une heure, avec les représentants de la CGT. A l'issue de celle-ci, une cellule de crise a été mise en place à l'Elysée. Un engagement qui a rassuré les représentants syndicaux. 

"On fait le maximum", a expliqué le président à ses interlocuteurs avant d’affirmer qu’il n’était pas le père Noël. Un discours qui rappelle celui du passage remarqué du candidat Emmanuel Macron à l’usine Whirlpool d'Amiens, qui fermera en 2018 pour être délocalisée en Pologne. En campagne entre les deux tours de l'élection présidentielle, il avait été hué par certains salariés grévistes.

Et quel avenir pour l'entreprise en fonction de la décision du tribunal ?

Les salariés ne sont pas satisfaits de ce qui se profile pour l'avenir de l'entreprise.  "GMD, l'unique candidat à la reprise, propose de garder 120 salariés sur les 277 actuels", explique Jean-Marc Durcourtioux. La CGT annonce qu'elle se mobilise pour que GMD améliore cette offre d'ici le 19 juillet, jour de la décision du tribunal. 

L'usine est le second plus gros employeur privé de ce département déjà touché par la fermeture d'usines, comme celle de Vestout en 1991"Il va y avoir une grosse taille. Ici, à GM&S, la moyenne d'âge est de 50 ans. Imaginez des gens de 50 ans au chômage en Creuse. Que vont-ils trouver derrière ?" La CGT a expliqué se trouver "face à un mur" et trouver "inadmissible et indigne" que le repreneur refuse d'indemniser les futurs licenciés au-dessus du montant fixé par la loi, alors qu'il compte garder moins de la moitié des employés.

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ? 

Le sort de l'équipementier GM&S, placé en liquidation judiciaire en décembre 2016, n'est toujours pas définitivement tranché. Le tribunal de commerce de Poitiers l'a placé en liquidation judiciaire, avec poursuite de l'activité jusqu'au 21 juillet. Les 277 employés de cette usine située à La Souterraine (Creuse) sont mobilisés depuis quinze ans pour trouver un repreneur et voudraient faire reconnaître ce qu'ils qualifient de "mauvaise gestion" de leur entreprise par certains de leurs anciens repreneurs, dont l'un est dans le viseur de la justice. 

Alors que la situation atteint son paroxysme, un seul repreneur potentiel, l'entreprise stéphanoise GMD, a manifesté son intention de reprendre l'usine à condition que les constructeurs automobiles PSA et Renault, dont GM&S est sous-traitante, investissent dans des commandes. Ce qu'ils se sont engagés à faire à hauteur de 12 et 10 millions d'euros, après les sollicitations du ministère de l'Economie. L'offre de reprise de GMD, déposée à la dernière minute, doit être examinée le 19 juillet.

En attendant l'Etat et la région Nouvelle-Aquitaine ont investi 1,2 million d'euros pour pouvoir continuer de payer les salaires. Pour alerter sur cette situation et éviter la liquidation qui entraînerait la fermeture de l'usine, les employés occupent les locaux et menacent de faire exploser les lieux.