"L'agriculteur s'est fait déposséder par l'industriel" (Pierre Hinard)

Pierre Hinard, éleveur, ingénieur agronome, a travaillé dans un abattoir en Loire-Atlantique et a publié un livre "Omerta sur la viande", l'hiver dernier. Il dénonce la mainmise de la distribution sur les prix, qui selon lui, étrangle les éleveurs.

(Pour Pierre Hinart, les industriels, sous la pression de la grande distribution, imposent un système invivable aux éleveurs © Maxppp)
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"Par la force des choses, c'est la pression de la grande distribution qui fait le prix ", déplore Pierre Hinard, éleveur, ingénieur agronome et ancien salarié d'un abattoir en Loire-Atlantique, expérience dont il a tiré un livre "Omerta sur la viande". Il explique notamment que le mécanisme des promotions, décidées par les distributeurs, poussent les industriels à faire pression sur les achats hebdomadaires pour abaisser les prix. Ce qui finalement retombe sur l'éleveur. "Ce n'est plus l'éleveur qui fixe le prix, c'est l'industriel. Il y a 40 ans, c'était l'inverse. Mon grand-père, quand il vendait son beurre au marché ou sa vache sur la foire aux bestiaux, c'est lui qui fixait le prix ", se souvient-il.

Pierre Hinard, éleveur, a travaillé dans un abattoir. Il dénonce la mainmise des industriels sur les prix
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Aujourd'hui, quand l'animal monte dans le camion de l'abatteur, l'éleveur ne sait pas quel prix il en touchera. Il existe certes des cotations en fonction de critères précis, mais celui qui décide de la catégorie de prix de la bête est un salarié de l'abatteur. "J'ai travaillé 10 ans avec la grande distribution et j'étais directeur qualité en abattoir. Je le voyais tous les jours : celui qui a le dernier mot, c'est le classificateur. C'est à dire le salarié de l'abatteur ". Les éleveurs ont demandé à l'Etat de mettre en place un système automatique où la machine remplacerait l'homme, grâce à la lecture optique. "La machine existe. Mais qui rentre la classification finale et le prix final ? Toujours le salarié de l'abattoir ".

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Et il accuse la grande distribution de faire une telle pression sur les prix pour parvenir à des promotions sans qu'il lui en coûte trop, qu'un système de punition se met en place à l'encontre des agriculteurs qui refusent de jouer le jeu : "Les négociations sont d'une violence incroyable. Ils sont capables de boycotter un marchand de bestiaux qui a trop résisté sur le prix et de ne pas lui prendre d'animaux ou de lui en prendre deux fois moins pendant deux ou trois semaines ".

"C'est une crise profonde ", diagnostique-t-il. "C'est le système productiviste ultra-libéral qu'on a imposé qui est en crise ". Et il appelle à un nouveau pacte entre consommateur et l'éleveur pour ramener la valeur ajoutée vers ce dernier. Il plaide pour la mise en place de circuits courts, comme lui-même l'a fait : "Les consommateurs découvrent que finalement ils n'achètent pas leur viande plus cher que dans un linéaire de grande surface mais avec une qualité qui n'a rien à voir ".