Yannick Noah et Guy Forget, ex-capitaines et vainqueurs de la Coupe Davis de tennis lèvent la main et disent : "Je le jure." Mardi 19 juin, ils ont été auditionnés au Sénat par la commission d'enquête sur l'évasion fiscale. C'est promis, ils diront la vérité sur les arrangements fiscaux des tennismen français.

Depuis six mois, une centaine de personnes sont passées devant la commission : des journalistes, des fiscalistes, des grands patrons, magistrats, politiques, sportifs... L'évasion fiscale coûte au moins 50 milliards d'euros chaque année, les parlementaires cherchent une solution. 

Forget et Noah, les mauvais élèves

L'air un peu lassé sous son chapeau en tweed, Yannick Noah s'assied et pose un journal plié en quatre sur la table. "Certains sports sont plus structurés, plus professionnels et plus transparents que d'autres : le tennis est un sport bien organisé", glisse-t-il comme une pique à l'égard du président de la Ligue de football professionnel, Frédéric Thiriez. Auditionné avant lui, il avait suggéré de convoquer des représentants d’autres sports pour "ne pas stigmatiser le football".  

Résultat, les deux anciens tennismen se retrouvent à parler fiscalité devant une commission parlementaire. Guy Forget s'installe, pas très à l'aise. Peut-être le sentiment d'être sur le banc des accusés. Il fait partie des Français qui payent leurs impôts en Suisse. Ce n'est pas illégal, juste un peu délicat. Tout comme le redressement fiscal d'environ 1 million d'euros décrété contre son ami, Yannick Noah, en guerre depuis 15 ans avec les impôts, comme le rappelle France Soir. Pour pimenter le débat, les parlementaires ont choisi de prendre des mauvais élèves. 

"Les joueurs doivent optimiser leurs revenus"

D'allusion en allusion, l'audition bascule dans les justifications personnelles. "En tennis, on a une carrière courte, une dizaine d'années au cours desquelles les joueurs doivent optimiser leurs revenus", explique Guy Forget. Seuls les 120 meilleurs joueurs du circuit "rentrent dans leurs frais". Yannick Noah poursuit : "Les lendemains de la retraite sportive peuvent être difficiles." Une fois la raquette rangée au placard, il avait lui aussi décidé de s'exiler en Suisse, "par peur de l'avenir". "Après trois ans en Suisse, Guy m'a proposé de devenir capitaine de l'équipe nationale. En gagnant la coupe Davis, j'ai touché des revenus inespérés. Donc j'ai décidé de revenir en France", raconte-t-il dans un demi-sourire. La salle se laisse séduire.

La star et son fan-club

Yannick Noah continue son numéro de charme. "Aujourd'hui, je gagne mon argent ici, grâce au public francais, je paye mes impôts en France. C'est normal." Le sénateur UMP Louis Duvernois l'apostrophe : "Et vos ennuis avec le fisc ?" Le tennisman reconverti en chanteur à succès se raidit : "Il m’avait semblé clair que cet aspect n’allait pas être discuté. On me réclame une somme pour l’année 1993 pour une raison que je conteste. C’était il y a 19 ans. Je suis très déçu car on m’a dit qu’on n'allait pas aborder ce sujet, mais je ne suis pas surpris."

"Nous, si ! Excusez-nous", lui chuchote la sénatrice centriste Nathalie Goulet, les jambes croisées vers la star. "Il y a un gros problème en France", continue-t-elle tout haut. Un malaise avec les gens qui gagnent de l'argent. Je voudrais dire que, dans cette commission, on n'a aucune hostilité à l'égard des gens qui gagnent de l'argent." Yannick Vaugrenard (PS) renchérit : "Je suis surpris de l'intervention de mon collègue. Je regrette qu'on utilise une audition pour mettre en cause quelqu'un qui a porté haut les couleurs de la France."

Yannick Noah en profite pour jouer son dernier atout : il est d'accord avec la tranche d'imposition à 75% pour les hauts revenus, proposée par François Hollande. "Cela me semble juste que quelqu'un qui gagne autant d'argent le partage." Le sourire aux lèvres, il conclut tranquillement : "Certains joueurs vont être refroidis lorsqu'il faudra acquitter un impôt majoré, c'est dommage pour le tennis français."