Rachat de T-Mobile : trois questions sur l'offensive de Free

Francetv info revient sur l'offre de 11,2 milliards d'euros grâce à laquelle le Français Iliad va tenter d'acquérir 56,6% de T-Mobile USA. 

Xavier Niel, avant le lancement d\'une nouvelle offre Free Mobile, le 10 janvier 2012, à Paris. 
Xavier Niel, avant le lancement d'une nouvelle offre Free Mobile, le 10 janvier 2012, à Paris.  (THOMAS COEX / AFP)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Xavier Niel, patron de Free, part à l'assaut de l'Amérique. Le groupe français Iliad, maison mère du fournisseur d'accès à internet, a annoncé, jeudi 31 juillet, avoir fait une offre de rachat pour l'opérateur américain T-Mobile, filiale du géant allemand Deutsche Telekom. En lorgnant T-Mobile US, l'opérateur français s'attaque à une cible plus grosse que lui. Une opération audacieuse ou inconsciente ? Eléments de réponse.

En quoi consiste l'offre ? 

En l'échange de 11,2 milliards d'euros, Iliad souhaite acquérir 56,6% de T-Mobile USA, indique le groupe dans un communiqué. La branche américaine de T-Mobile affiche aujourd'hui une valorisation boursière de près de 26 milliards de dollars (contre 16 milliards de dollars pour Free). Soit 19,4 milliards d'euros.

L'offre serait financée par une combinaison de dette et de fonds propres, assure la maison mère de Free : "Iliad s'est assuré du soutien de banques internationales de premier plan. Le financement en fonds propres serait d'environ 2 milliards d'euros et Xavier Niel [le patron de Free] participerait à l'augmentation de capital." Selon Reuter, qui cite des sources proches du dossierIliad va en fait enrôler les banques BNP Paribas et HSBC pour financer son offre surprise. Elles se sont engagées à prêter jusqu'à 13 milliards de dollars à Iliad, indique cette source. HSBC est par ailleurs conseil d'Iliad sur la transaction.

Pour sa part, Xavier Niel engagerait un milliard d'euros sur sa fortune personnelle et une augmentation de capital d'un montant de deux milliards d'euros serait mise en œuvre au niveau d'Iliad. En revanche, rien ne garantit que l'offre d'Iliad sera acceptée par le conseil d'administration de T-Mobile USA. 

Pourquoi se lancer aux Etats-Unis ?

"Bravo à Xavier Niel qui incarne l’esprit de conquête dont nous avons besoin ", a tweeté la secrétaire d'Etat au commerce extérieur, Fleur Pellerin. "Bravo à @Xavier75 qui tente de partir à la conquête de T-Mobile aux Etats-Unis : la France lui souhaite bonne chance !" s'est aussi enthousiasmé le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Sur Twitter, les deux membres du gouvernement voient en cette opération tout un symbole : celui d'une offensive française sur un géant américain venant rétablir un certain équilibre alors que General Electric vient de mettre la main sur Alstom. 

Pour Free, "inexistant au Etats-Unis", c'est l'occasion de s'implanter sur un nouveau marché, expliquent Les Echos. Selon le quotidien économique, le Français "pourrait reproduire la stratégie de déstabilisation du marché qui a si bien fonctionné dans l’Hexagone. Les deux entreprises [Free et T-Mobile] se ressemblent sur ce point." Et pour cause, le marché y est lucratif, explique Le Monde.fr (article payant). "Là où les Français payent aujourd'hui moins de 20 euros pour voix, SMS illimités et 3 gigaoctects (Go) de données, les Américains déboursent en moyenne 80 dollars, soit 60 euros", rappelle le quotidien.

L'offre a-t-elle des chances d'aboutir ?

Evidemment, Free n'est pas seul sur le coup. Le Français vient défier sur son terrain l'opérateur américain Sprint et sa maison-mère japonaise Softbank, qui cherchent également à mettre la main sur le T-Mobile. Cinq banques internationales auraient même accepté de financer Sprint, selon des sources citées par Reuters : JPMorgan Chase & Co, Goldman Sachs Group, Deutsche Bank AG, Bank of America Merrill Lynch et Citigroup Inc. L’agence Bloomberg ajoute pour sa part que Deutsche Telekom considérerait l’offre d’Iliad comme moins attractive­ que celle de Sprint, selon des sources internes. 

Pourtant, "si [Sprint] propose davantage (40 dollars par action), le risque est cependant plus grand au niveau des règles d’anti-trust", expliquent Les Echos. Car un mariage entre le troisième acteur américain du secteur, Sprint, et le quatrième, T-Mobile, pourrait faire tiquer  les autorités de régulation du pays, a déjà relevé le Wall Street Journal, cité par Le Monde. "Le rachat de T-Mobile par Iliad ne poserait, lui, aucun souci de concurrence, l'opérateur fondé par [Xavier] Niel n'opérant pas sur le sol américain. Cela dit, vendredi 1er août au matin, le titre d'Iliad s'effondrait de 19 %, signe que les marchés restent sceptiques", a relativisé le quotidien.