"Panama Papers" : des proches de Marine Le Pen ont élaboré "un système offshore sophistiqué"

"Le Monde" et "Cash Investigation" mettent en avant le rôle de l'homme d'affaires Frédéric Chatillon, patron de la société Riwal, qui réalise des prestations de communication pour des candidats FN.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, au siège du parti, à Nanterre (Hauts-de-Seine), le 29 mars 2016.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, au siège du parti, à Nanterre (Hauts-de-Seine), le 29 mars 2016. (CITIZENSIDE / YANN KORBI / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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De nouvelles révélations dans l'affaire "Panama Papers". "Un système offshore sophistiqué a été mis en place entre Hong Kong, Singapour, les îles Vierges britanniques et le Panama" par des proches de Marine Le Pen, affirment Le Monde et l'émission "Cash Investigation", mardi 5 avril. Une centaine de journaux dans le monde ont divulgué quelque 11,5 millions de documents, dimanche, levant le voile sur un vaste scandale d'évasion fiscale touchant notamment des hauts responsables politiques, des sportifs ou encore des milliardaires. Francetv info revient sur les derniers éléments publiés.

Que révèlent "Le Monde" et "Cash Investigation" ?

En s'appuyant sur les documents provenant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, Le Monde met notamment en avant le rôle de l'expert-comptable Nicolas Crochet et de l'homme d'affaires Frédéric Chatillon, patron de la société Riwal, qui réalise des prestations de communication pour des candidats du Front national.

Selon le quotidien, "en 2012, juste après l'élection présidentielle, Frédéric Chatillon s'organise, avec le concours de Nicolas Crochet, pour faire sortir 316 000 euros de Riwal et du territoire français". S'ensuit un montage complexe, passant notamment par l'acquisition d'une société-écran baptisée Time Dragon et basée à Hong Kong, dont la maison mère est domiciliée aux îles Vierges britanniques via la firme panaméenne Mossack Fonseca.

Le système passe également par une société hongkongaise appartenant au frère de Nicolas Crochet, Ever Harvest Garments, qui émet une "fausse facture censée régler la réalisation des sites internet du Rassemblement Bleu Marine pour les législatives", ainsi que par divers transferts de fonds.

Qui sont ces proches de Marine Le Pen ?

Frédéric Chatillon est l'ancien leader du GUD, un groupuscule étudiant d'extrême droite. Cet admirateur de l'Italie de Mussolini a connu Marine Le Pen sur les bancs de l'université d'Assas, à Paris. Ils sont restés amis depuis. Il est désormais son "homme des réseaux noirs", écrit Libération. Les Inrocks rappelaient, en 2012, qu'il avait été marié à Marie d’Herbais, la présentatrice qui interviewe Jean-Marie Le Pen pour son "journal de bord", et qui est aussi une amie d'enfance de la présidente du FN. 

En janvier 2015, Frédéric Chatillon a été mis en examen pour "escroquerie", "faux et usage de faux", "abus de biens sociaux" et "blanchiment d’abus de biens sociaux". Les faits concernent le financement de plusieurs campagnes du Front national, en 2011 et 2012.

Nicolas Crochet est expert-comptable. Il a été candidat du FN aux législatives de 1992, rappelle Libération. Selon Le Monde, il a été chargé du programme économique de Marine Le Pen en 2012. Il a été mis en examen en avril 2015 pour "complicité d'escroquerie" lors des législatives de 2012, "recel d'abus de confiance", "financement illégal de parti politique" et "blanchiment d'abus de biens sociaux".

Comment réagit le FN ?

Les journalistes de "Cash Investigations" se sont rendu au domicile de Frédéric Chatillon pour l'interroger. Ce dernier assure qu'il "voulait investir" en Asie et que "tout est déclaré" auprès du fisc français. Quant à l'argent transféré vers cette structure offshore, il n'a "rien à voir avec les campagnes" électorales du Front national. Lundi soir, il avait pris les devants sur d'éventuelles révélations. Sur Facebook, il indiquait avoir "mis à disposition des (...) journalistes les documents prouvant la parfaite légalité de ces opérations".

Dans un communiqué séparé, le Front national avait assuré n'être "pas impliqué dans l'affaire des 'Panama Papers'". "Quel rapport avec Marine Le Pen ? Quel rapport avec le Front national ?" s'est étonné Florian Philippot, interrogé par les journalistes de France 2. Plus tôt, sur Twitter, le vice-président du FN avait qualifié les révélations du Monde de "pétard mouillé".