Loi Sapin II : il est "très peu fréquent" que les actionnaires contestent le salaire des patrons

Pour l'économiste Frédéric Palomino la mise en place de la loi Sapin II, qui donne le pouvoir aux actionnaires de se prononcer sur la rémunération des dirigeants, ne va pas influencer les rémunérations actuelles. 

Michel Sapin, le 3 janvier 2017. 
Michel Sapin, le 3 janvier 2017.  (ERIC PIERMONT / AFP)
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C'est une nouveauté cette année, les actionnaires vont pouvoir se prononcer sur la rémunération des dirigeants. La loi Sapin II s'applique pour la première fois dans les assemblées générales. Donner le pouvoir aux actionnaires, est-ce la solution pour régler les problèmes liés aux salaires des patrons ? Frédéric Palomino, économiste, professeur d’économie à l’Edhec, n'y croit pas. "Statistiquement, c'est très peu fréquent."

franceinfo : Cette possibilité existe déjà à l'étranger. A-t-elle été efficace ?

Frédéric Palomino : Le premier pays à l'avoir mis en place est la Grande-Bretagne : c'est ce qu'on appelle la procédure du "say on pay". On pensait que cela allait modérer les augmentations salariales et puis on s'est aperçu qu'il ne se passait pas grand-chose et que l'on avait des taux d'approbation très élevés. Cela n'a permis d'éliminer que les cas les plus scandaleux. En gros, dans 98% des cas, la rémunération est approuvée par plus de 50% des actionnaires.

En France, il y a déjà eu des protestations de la part des actionnaires. Vous ne pensez pas que cela peut fonctionner ?

Je ne dis pas que ce n'est pas possible et que ça ne va pas arriver. Je dis que statistiquement c'est très peu fréquent. Après, il peut y avoir des différences culturelles qui font que certaines choses sont acceptées dans certains pays et pas dans d'autres. La France n'est pas plus rebelle que les autres. L'année dernière Carlos Tavares (le PDG du constructeur PSA) a émargé à 5,2 millions et il y a eu un taux d'approbation de 76%. La question qu'il faut se poser, est plutôt de savoir si les actionnaires sont là pour limiter les écarts salariaux entre le PDG et les plus bas salaires du l'entreprise ? Si on va sur le document de référence de Peugeot, on voit qu'on donne des incitations au PDG pour que son comportement soit aligné avec les intérêts de l'entreprise et des actionnaires.

Les actionnaires ne sont donc pas les mieux placés pour juger de la rémunération d'un grand patron ?

C'est un problème d'incitation. Un actionnaire veut que l'entreprise fasse des bonnes performances puisque le cours de l'action va augmenter et il va toucher les plus hauts dividendes. Je ne pense pas que les écarts salariaux ou les inégalités dans le pays soient sa principale préoccupation.

Frédéric Palomino : "on s'est aperçu qu'il ne se passait pas grand-chose."
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