Réforme de l'apprentissage : "Les formations ne correspondent plus aux besoins des entreprises"

Le gouvernement démarre jeudi des concertations avec les syndicats, pour réformer la formation et l'apprentissage. Au cœur des discussions, une meilleure adéquation avec la réalité du monde du travail. 

Un étudiant de l\'École d\'application aux métiers des travaux publics (EATP) s\'exerce sur un simulateur, lors de la visite d\'Emmanuel Macron, le 4 octobre à Égletons (Corrèze). 
Un étudiant de l'École d'application aux métiers des travaux publics (EATP) s'exerce sur un simulateur, lors de la visite d'Emmanuel Macron, le 4 octobre à Égletons (Corrèze).  (LUDOVIC MARIN / POOL)
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Sarah LemoineRadio France

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Le président de la République reçoit jeudi 12 et vendredi 13 octobre les syndicats de salariés et du patronat à l'Élysée, pour évoquer la suite des réformes du marché du travail

Après avoir publié ses ordonnances réformant le Code du travail, Emmanuel Macron entend maintenant s'attaquer à la formation professionnelle et à l'apprentissage"Les filières d'apprentissage et d'alternance sont des filières d'excellence", a-t-il affirmé le 4 octobre en visitant l'École d'application aux métiers des travaux publics (EATP), à Égletons (Corrèze). L'apprentissage souffre pourtant d'une mauvaise image et les formations dispensées ne correspondent pas toujours aux besoins des entreprises. L'exécutif pourrait donc remettre à plat le contenu des diplômes et des certifications.

Des apprentis qui deviennent une charge 

Chaque année, les élèves du Centre de formation des apprentis (CFA) de Drancy (Seine-Saint-Denis) sont confrontés à la difficulté de trouver une entreprise. Ainsi, un quart des 400 jeunes se retrouve sur le carreau, faute d'avoir signé un contrat d'apprentissage. Jean-Paul Carta, un chef d'entreprise qui a quitté l'école à 14 ans et a lui-même été apprenti, dresse ce constat :

Les formations qui sont offertes aujourd'hui aux jeunes ne correspondent plus aux besoins des entreprises

Jean-Paul Carta, patron d'une TPE industrielle

à franceinfo

Ce patron a jeté l'éponge après avoir recruté quatre apprentis. "Dans les métiers de la mécanique générale, la trigonométrie est utilisée au quotidien, pour calculer des angles par exemple. Depuis maintenant 10 ans, la trigonométrie n'est absolument plus maîtrisée. On a des gamins qui sortent la calculatrice pour diviser 100 par 10 !" D'après lui, ce manque d'adéquation entre formation et réalité du métier fait des apprentis une charge, plutôt qu'un atout pour les plus petites entreprises. "Aujourd'hui, on a besoin d'être constamment auprès du jeune pour le guider, pour l'encadrer, ce qui, pour les petites entreprises, n'est plus possible, à la fois en temps et en hommes." 

L'image du col bleu, les mains dans la graisse

L'autre problème de l'apprentissage est aussi sa mauvaise image. Malgré les actions de promotion mises en œuvre ces dernières années, certains métiers rebutent les jeunes alors que les offres ne manquent pas. "Dans l'industrie, il y a du boulot dans des métiers qui n'attirent pas forcément les jeunes. Par exemple, tous les métiers de la mécanique", déplore Christophe Aufort, le directeur du centre de Drancy.

L'appellation 'usineur' ou 'chaudronnier', ce n'est pas forcément quelque chose de très vendeur.

Christophe Aufort, directeur du CFA de Drancy (Seine-Saint-Denis)

à franceinfo

Au-delà des noms de métier, les jeunes ont encore une image ancienne de beaucoup des professions à l'usine. "Il y a encore cette représentation du col bleu, les mains dans la graisse en usine, alors que maintenant pratiquement tout est fait en commande numérique", assure Christophe Aufort. Il est formel : "L'image de l'apprentissage, et particulièrement de ces métiers de la mécanique, reste très négative dans l'inconscient, particulièrement en région parisienne."