Ce que l'on sait du démantèlement d'un gigantesque réseau de blanchiment d'argent sale

Mardi 29 novembre, les autorités ont annoncé le démantèlement d'un système bancaire parallèle "hors normes". Il servait au blanchiment de l'argent de la drogue, entre plusieurs pays européens et le Maroc.

Une hausse des prix qui va peser sur le pouvoir d\'achat en France
Une hausse des prix qui va peser sur le pouvoir d'achat en France (DANIEL REINHARDT / DPA)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Cinq millions d'euros en liquide, sept kilos d'or, 10 kilos de cocaïne, 785 kilos de cannabis... Cette gigantesque saisie provient d'un système bancaire parallèle établi entre le Maroc, la France, la Belgique et les Pays-Bas. Voici ce que l'on sait du démantèlement de ce réseau tentaculaire de blanchiment d'argent, révélé mardi 29 novembre par les magistrats et enquêteurs ayant participé à l'opération.

Comment fonctionnait ce système bancaire parallèle ?

Ce système "hors-norme", selon les enquêteurs, reposait sur une organisation internationale, pilotée par un donneur d'ordre au Maroc. Cette personne transmettait des consignes à des intermédiaires en Belgique qui activaient des collecteurs en France. Ces derniers étaient chargés de récolter les bénéfices de nombreux trafiquants de drogue.

Ces sommes étaient ensuite déposées dans une épicerie parisienne qui servait de succursale, ou transitaient vers l'Espagne et les Pays-Bas. A ce niveau, le réseau fonctionnait comme un véritable système bancaire, basé sur des compensations entre les interlocuteurs des différents pays. L'objectif :  effacer toute traçabilité de ces sommes.

Enfin, l'argent liquide revenait au donneur d'ordre au Maroc pour être blanchies. "Je travaille depuis seize ans à Europol et je n'ai jamais vu quelque chose comme ça", a commenté Pedro Felicio, spécialiste portugais de la délinquance financière pour cet organisme.

Quelles sommes d'argent ont transité par ce réseau ?

La saisie globale pendant l'enquête est la deuxième plus importante de l'année : plus de cinq millions d'euros en liquide, sept kilos d'or, 10 kilos de cocaïne, ainsi que 785 kilos de cannabis.

Pourtant, ce n'est rien à côté des sommes totales blanchies par ce réseau. "Il a pu être tracé 75 millions d'euros entre août 2015 et novembre 2016" qui ont transité en France par ce réseau, a expliqué le procureur de la République de Marseille Xavier Tarabeux. A l'échelle internationale, les estimations "portent ces opérations de blanchiment à près de 400 millions d'euros sur les quatre dernières années".

Comment les enquêteurs ont-ils démantelé le réseau ?

Tout a commencé par l'interception fortuite, par les douaniers, le 10 juin 2015, à Mornas (Vaucluse) d'un véhicule à bord duquel ont été retrouvés 298 000 euros en petites coupures.

A partir de cette découverte, les enquêteurs ont analysé le système mis en place pendant un an. Ils ont finalement déclenché une vaste opération coordonnée entre la France, les Pays-Bas et la Belgique pour démanteler l'ensemble du réseau.

En France, l'affaire a donné lieu à 20 mises en examen, 18 mandats de dépôt, un contrôle judiciaire, ainsi que trois mandats d'arrêt : un au Pays-Bas et deux au Maroc, dont la tête présumée du réseau. "Nous avons réussi à remonter l'ensemble de la chaîne", s'est félicité le général David Galtier, qui dirige la gendarmerie de Provence-Alpes-Côte-D'Azur.