Déserts médicaux : "On ne se voit pas, une fois nos études terminées, aller travailler tout seul dans notre coin"

Le gouvernement dévoile, vendredi 13 octobre, une série de mesures pour lutter contre les déserts médicaux. Ces zones, souvent rurales, n'attirent plus les jeunes médecins, et nombreux sont ceux qui hésitent à s'y installer. 

Des millions de Français souffrent au quotidien de la désertification médicale. Ci-contre, le cabinet du Dr Alain Schaller, seul généraliste de la commune de Charny, dans l\'Yonne.
Des millions de Français souffrent au quotidien de la désertification médicale. Ci-contre, le cabinet du Dr Alain Schaller, seul généraliste de la commune de Charny, dans l'Yonne. (MATTHIEU MONDOLONI / RADIO FRANCE)
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Edité par Cécile MimautCélia QuilleretRadio France

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La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, dévoile vendredi 13 octobre son plan de lutte contre les déserts médicaux. Des mesures très attendues dans certaines régions qui ne parviennent pas à attirer de nouveaux praticiens. Pour quelles raisons ? Et à quelles conditions accepteraient-ils de s'y installer ? Franceinfo a posé la question à deux généralistes aux parcours différents. 

Emilie Frelat est installée dans son cabinet de médecine générale à Morangis, dans l'Essonne, pour rester près de sa famille. C'est son choix et elle l'assume. Ici, pas de pénurie de médecins mais au risque de décevoir certains élus, il n'est pas question pour elle d'aller dans un désert médical.

Je n'ai rien contre Châteauroux ou la Lozère mais si on me demandait de déménager parce qu’on a besoin de moi ailleurs, il faudrait que je déménage avec toute ma famille. Qu’est-ce qu’on trouve comme travail à mon mari ? Où mon enfant va-t-il à l’école ?

Dr Emilie Frelat

à franceinfo

Ces considérations, très "terre-à-terre", en convient la jeune médecin, font aussi partie des difficultés de la nouvelle génération : "C'est toute la société qui a évolué. On protège beaucoup sa famille par rapport à il y a 30 ou 40 ans où on protégeait beaucoup son travail."

La maison de santé plutôt que le cabinet libéral

Selon elle, il faut surtout agir auprès des étudiants en médecine pour leur permettre de mieux connaître la vie des médecins de campagne, d'y effectuer des stages et pourquoi pas d'y rester.

A plus de 600 km de là, le docteur Sophie Augros a choisi justement de s'installer à Aime-La-Plagne, en Savoie. Quand elle est arrivée, le phénomène de désert médical ne l'a pas dissuadée mais elle avait une condition : travailler dans une maison de santé. "On a fait toutes nos études avec d'autres professionnels de santé. On ne se voit pas, une fois nos études terminées, aller travailler tout seul dans notre coin. Ce temps-là est fini", explique-t-elle. 

Quand on voit qu’on a des difficultés sur tel patient, c’est facile de pouvoir faire une réunion. Ça donne envie d’aller dans ce genre d’exercice professionnel.

Dr Sophie Augros

à franceinfo

Des pistes pour faire avec moins de médecins

L'exercice de la médecine généraliste à évolué avec son temps, souligne Sophie Augros, avec des médecins qui travaillent aujourd'hui "45 heures par semaine contre 80 heures" pour leurs prédécesseurs et "numériquement moins de médecins" sur le marché. "C'est là aussi où il faut peut-être innover. On n'est pas contre par exemple la vaccination par les pharmaciens", dit-elle.

En plus du doublement des maisons de santé, la ministre Agnès Buzin prévoit notamment de confier davantage de soins aux infirmiers et aux pharmaciens. Pour les jeunes médecins, ces mesures sont nécessaires mais elles ne suffiront pas à résoudre la crise. Selon l'Ordre des médecins, le nombre de généralistes libéraux a diminué de 10% en l’espace de 10 ans au profit des hôpitaux et autres structures accueillant des médecins salariés (+10%), désormais majoritaires. Pourtant, il n'est pas question de supprimer le numerus clausus, qui limite le nombre de médecins formés.

Le reportage de Célia Quilleret.
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