Premier anniversaire de la garde nationale : "Il a fallu expliquer à ma femme pourquoi je voulais aller souffrir dans la boue"

La garde nationale fête son premier anniversaire, vendredi. Elle enregistre un engouement très fort et devrait atteindre l'objectif de 85 000 réservistes en 2018. Elle se heurte pourtant à la réticence des entreprises et à sa mauvaise image.

Des militaires français sous la tour Eiffel, à Paris, en mai 2017. Photo d\'illustration.
Des militaires français sous la tour Eiffel, à Paris, en mai 2017. Photo d'illustration. (MICHEL EULER / POOL)
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Franck Cognard, édité par Clémentine VergnaudfranceinfoRadio France

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Après l'attentat de Nice, en juillet 2016, François Hollande a voulu augmenter le nombre de réservistes amenés à renforcer les forces de sécurité. Il a un an, le 13 octobre 2016, le décret qui officialisait la garde nationale était publié. Aujourd'hui, elle compte 70 000 hommes et femmes et ses premières assises se tiennent vendredi 13 octobre.

En moyenne, 7 300 réservistes déployés par jour

Le garde nationale compte actuellement 70 000 membres, soit 15 000 réservistes de plus qu'il y a deux ans, dont 35 000 dans les armées. Tous les jours en moyenne, 7 300 d'entre eux sont déployés. Certains renforcent le service de santé des armées, d'autres patrouillent dans le cadre de l'opération Sentinelle, comme celui qui a riposté et tué l'assassin de deux jeunes femmes à la gare Saint-Charles de Marseille. 

Parmi ces réservistes, le caporal-chef Darko. Il est chef de projet à Airbus dans le civil et, quand il enfile le treillis, il renforce le commandement de la Force de réaction rapide, à Lille. Pour celui qui a obtenu la nationalité française en 2002, l'engagement au sein de la garde nationale était une évidence. "On m'a dit 'Vous êtes Français' mais il me manquait quelque chose." Ce quelque chose, il l'a trouvé en devenant réserviste.

J'ai souvent l'habitude de dire que le fait que je porte le treillis me définit en tant que Français donc c'est très important.

Darko, réserviste de la garde nationale

à franceinfo

Darko a 43 ans, il est marié et père d'un enfant. Ce profil est majoritaire pour l'instant au sein de la garde nationale mais les moins de 30 ans sont la force montante. Ils représentent 37% des membres et ce sera bientôt 50%. Il y a d'ailleurs des avantages pour les jeunes qui veulent intégrer la garde nationale, comme une dotation de 1 000 euros pour passer le permis de conduire. Les réservistes sont majoritairement des hommes, 70% d'entre eux n'ont pas de passé militaire et ce sont plutôt des employés ou des salariés.

L'enjeu principal : sensibiliser les entreprises

Le premier anniversaire de la garde nationale est l'occasion de sensibiliser les entreprises pour les inciter à dégager plus de temps aux réservistes qu'elles comptent. C'est un gros enjeu parce que les candidats réservistes, eux, se pressent au portillon. L'armée enregistre ainsi 50 demandes de recrutement par jour. L'objectif de 85 000 réservistes en 2018 devrait donc être atteint

Actuellement, les réservistes consacrent une trentaine de jours par an à leur engagement au sein de la garde nationale. Darko, lui, serait prêt à faire 40 jours par an. Mais pour ça, il faut jongler avec l'agenda de son employeur et celui de son entourage. "La première fois, j'ai dû annuler des vacances d'hiver pour partir à un stage d'aguerissement en février. Il a fallu expliquer à ma femme pourquoi je voulais aller souffrir dans la boue", se souvient Darko avec amusement.

De temps en temps, il faut faire des sacrifices.

Darko, réserviste de la garde nationale

à franceinfo

Un réserviste devra toujours poser des congés pour couvrir une partie de sa période de réserve mais l'employeur devra toujours faire face à ses absences. Pour Darko, qui travaille chez Airbus, c'est assez simple puisque l'avionneur n'est pas insensible aux sirènes des armées, mais des avantages sont aussi mis en place par l'armée. "On a pris un certain nombre de mesures, comme un allègement fiscal", détaille le chef de la garde nationale, le général Gaëtan de Raucourt. "Ensuite, on travaille sur d'autres sujets, comme la formation professionnelle. On propose que le fait d'être réserviste permette de libérer en partie l'employeur de son obligation de formation professionnelle puisque c'est aussi une formation en savoir-être et savoir-faire." Autre piste : une meilleure valorisation des entreprises qui emploient des réservistes dans le cadre des marchés publics. 

Le réserviste, un employé plus efficace ?

L'autre enjeu, c'est de convaincre les entreprises que les réservistes constituent un atout pour leur activité. Mais que dire à un patron dubitatif ? "Le civil qu'il envoie à l'armée sera un meilleur employé quand il reviendra. Il sera plus motivé et il va apporter une autre façon de voir les problèmes", assure Darko. Selon lui, la formation militaire permet d'apprendre à gérer son stress et analyser les problèmes d'une façon différente. "Dans le monde civil, c'est un plus." 

L'apport de l'armée vaut également pour les réservistes eux-mêmes. Leurs postes ne sont plus les emplois au rabais des armées, assure-t-on à la direction de la garde nationale. Ils sont par exemple 2% à partir en mission à l'étranger ("Opex"). "Ce n'est quand même pas rien", argumente le général de Raucourt. "Généralement, ce sont des experts. On a besoin de médecins, de dentistes, de linguistes, d'analystes, etc. En fait, les réservistes servent à tous les postes." Ils se répartissent en trois groupes : un tiers d'entre eux sont affectés à la protection du territoire, un tiers à de la formation et de l'entraînement et le dernier tiers assure un renfort d'État-major, à tous les postes et tous les grades, jusqu'à celui de colonel.