Viande aux hormones, sirop d'érable, OGM... Comment le Ceta va avoir un impact sur votre alimentation

Le projet de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne entre en vigueur de manière provisoire, jeudi 21 septembre. Quelles sont les conséquences – et les potentiels risques – pour les consommateurs et producteurs français ? Eléments de réponse. 

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, au Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin), le 16 février 2017. 
Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, au Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin), le 16 février 2017.  (FREDERICK FLORIN / AFP)
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Valentine PasquesoonefranceinfoFrance Télévisions

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Les relations commerciales entre l'Union européenne et le Canada s'apprêtent à franchir un nouveau cap, jeudi 21 septembre. Une grande partie de l'accord économique et commercial global (Ceta), un traité de libre-échange entre les Canadiens et Européens, doit entrer en application provisoire ce jeudi. Ce texte devrait ensuite être entièrement mis en place, si l'ensemble des Parlements nationaux concernés le ratifient. 

Dès jeudi, 98% des droits de douane entre le Canada et l'Union européenne seront ainsi supprimés, rapporte l'AFP. Pas moins de 510 millions d'Européens et 35 millions de Canadiens sont concernés. Comment les consommateurs et producteurs français seront-ils touchés par ce traité ? Franceinfo répond à quatre questions que vous vous posez peut-être sur le sujet. 

Y aura-t-il de la viande aux antibiotiques ou aux hormones dans mon assiette ?

Possible pour les antibiotiques. Avec l'entrée en vigueur du Ceta, de la viande produite au Canada pourra être plus facilement importée au sein de l'Union européenne. Or, cette viande n'est pas produite selon les mêmes règles outre-Atlantique. Les producteurs canadiens utilisent par exemple plusieurs anabolisants et antibiotiques "comme facteurs de croissance", alors que cette pratique est interdite au sein de l'UE, relève le rapport de la commission d'évaluation de l'impact du traité de libre-échange (PDF), remis au Premier ministre Edouard Philippe début septembre. Selon cette étude, le Ceta "laisse la possibilité au Canada d'utiliser" ces facteurs de croissance dans sa production de viande. Vous pourriez donc, si vous achetez ces produits canadiens, consommer de la viande traitée aux antibiotiques. 

L'Union européenne a cependant interdit l'importation de bœuf traité aux hormones ou de porc dopé à la ractopamine, détaille Le Monde. Mais "nous savons que les règles et les vérifications ne sont pas à la hauteur", s'inquiète Samuel Leré, responsable environnement et mondialisation à la Fondation pour la Nature et l'Homme, contacté par franceinfo. "Aucun dispositif n'est prévu pour contrôler l'application de cette interdiction." Le rapport d'évaluation du traité abonde dans ce sens, expliquant que "rien ne figure dans le texte sur l'adaptation nécessaire de l'organisation des contrôles". Il faudra, poursuit l'étude, à tout prix "s'assurer de la qualité du contrôle" des filières canadiennes sans hormone et sans ractopamine. 

Vais-je manger du saumon aux OGM ? 

Le sujet fait débat, depuis que le Canada a autorisé, en 2016, la vente de saumon transgénique dans les rayons de ses supermarchés. Entre mai 2016 et août 2017, "environ cinq tonnes de filets de saumon" transgéniques ont été vendues aux consommateurs canadiens, rapporte Sciences et Avenir. Le Canada est même le premier pays à avoir commercialisé de tels produits, relève le rapport d'évaluation du Ceta. Une pratique dénoncée par les associations de consommateurs et écologistes.

Verra-t-on ces saumons dans nos assiettes dès demain ? C'est un risque, alerte Samuel Leré de la Fondation pour la Nature et l'Homme. "Avec les normes d'étiquetage et de traçabilité" au Canada, "il n'y a aucun moyen de savoir s'il s'agit d'un saumon transgénique ou non", prévient-il. "Le seule manière de savoir est de réaliser des tests de génome, mais ils coûtent très cher, environ 5 à 15 euros par échantillon. Rien ne garantit que cela puisse fonctionner."  Une inquiétude que partage la commission indépendante d'évaluation du Ceta. Dans son rapport, celle-ci confirme que "les OGM ne sont pas étiquetés en tant que tels au Canada". Elle estime donc qu'"il est indispensable que ces produits fassent l’objet d’un étiquetage explicite", en accord avec les règlements européens. Mais un tel contrôle reste incertain. 

Samuel Leré alerte également sur la question des nouveaux OGM, produits à partir de techniques différentes de modification du génome. "Le Canada estime que ce ne sont pas des OGM", assure Samuel Leré. "Avec le traité Ceta, il y a des chances que ces produits ne soient pas non plus définis comme tels dans l'Union européenne." 

Et le glyphosate dans tout ça ? 

Ce sujet inquiète depuis que des traces de glyphosate, le pesticide le plus utilisé au monde et qu'on retrouve dans le Roundup, ont été découvertes dans 16 produits de consommation courante en France, dont des céréales, des lentilles et des pois chiches.

Avec l'arrivée du Ceta, risque-t-on de découvrir davantage d'aliments contenant des traces de cet herbicide ? Le rapport d'évaluation du traité relève qu'en matière de pesticides, 46 substances interdites en France sont encore autorisées au Canada. Là-bas, "les limites maximales de résidus de pesticides autorisées dans les produits alimentaires sont beaucoup moins exigeantes" qu'en Europe, alerte l'étude. Ses auteurs craignent ainsi "une harmonisation vers le bas" de ces limites maximales de résidus (LMR) de pesticides dans les aliments, avec l'entrée en vigueur du traité. 

Pourrai-je payer certains produits moins cher ? 

Certainement. La mise en place du Ceta marque d'abord une levée des droits de douane sur plusieurs produits canadiens, comme le sirop d'érable. Selon le Journal du dimanche, ce produit typique, jusque-là taxé à hauteur de 8% par l'Union européenne, pourrait donc envahir les rayons européens... et ravir les consommateurs grâce à un prix bien plus attrayant. Le Ceta est aussi synonyme de l'arrivée potentielle de plusieurs dizaines de milliers de tonnes de viande canadienne sur le marché européen. La FNSEA, premier syndicat des agriculteurs en France, ne cache pas son inquiétude. "Des viandes canadiennes vont arriver sans aucun droit de douane, cela va être terrible", déplore Arnold Puech d'Alissac, agriculteur en Seine-Maritime et chargé des questions internationales au bureau national de la FNSEA. 

En cause : les conditions de production "très compétitives" des éleveurs canadiens, leur permettant de proposer des prix "plus compétitifs" sur le marché français, explique Arnold Puech d'Alissac à franceinfo. "Le Canada a des élevages très importants. Les éleveurs y utilisent également des produits qui sont interdits en France, comme le très efficace désherbant atrazine. Cela leur permet d'avoir des cultures moins chères", développe l'éleveur. Selon lui, les pièces de viande importées du Canada pourraient être 30% moins chères que les viandes françaises sur le marché. "Les consommateurs vont commencer à se dire 'Pourquoi je paye ce prix pour un produit français, alors qu'un produit canadien est beaucoup moins cher' ?", regrette-t-il. 

Plusieurs secteurs agricoles vont cependant être défendus. Celui de la volaille sera totalement protégé et plusieurs quotas ont été mis en place pour les filières du bœuf, du porc et du maïs. L'agriculteur espère aussi "gagner sur les appellations d'origine contrôlée". Le traité prévoit en effet la protection de 145 appellations d'origine contrôlée européennes au Canada, dont bon nombre de produits laitiers. Avec cette règle, plus aucun producteur canadien ne pourra utiliser leurs noms pour des imitations. Mais cela ne garantit pas aux producteurs laitiers de meilleurs débouchés outre-Atlantique, note Le MondeEt pour cause : la moitié des exportations de fromages au Canada devront passer par les producteurs canadiens. Ces derniers risquent bien de ne pas y avoir recours, afin d'éviter toute concurrence.