Sécheresse : "Restreindre un peu le volume d'eau consommé n'a pas d'effet direct sur les nappes"

Laurence Gourcy, hydrogéologue, a fait le point mardi sur la sécheresse qui touche pratiquement toute la France. "Difficile de savoir si les mesures de restriction sont vraiment efficaces" selon elle. 

Un cheval sur une terre desséchée, à Bastelicaccia, en Corse, le 27 juin 2017. 
Un cheval sur une terre desséchée, à Bastelicaccia, en Corse, le 27 juin 2017.  (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)
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Les trois quarts des nappes phréatiques de France présentent un niveau "modérément bas à très bas", du fait d'une recharge hivernale déficiente, a indiqué le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans son bilan du 1er juillet.

Laurence Gourcy, hydrogéologue et responsable de l’unité "évaluation des données sur l’eau" au BRGM a estimé mardi 18 juillet sur franceinfo que les mesures de restriction d'eau, mises en places par certains départements, "sont difficiles à mesurer sur place car les volumes d'eau dans les nappes sont très grands". 

franceinfo : la situation est-elle particulièrement critique cette année ?

Laurence Gourcy : Elle est critique par l’intensité, car on a des niveaux modérément bas à très bas, et aussi par le fait que l'on a des niveaux bas un peu partout en France. Le Grand-Est, la Nouvelle-Aquitaine, l'Occitanie et la vallée du Rhône sont les régions les plus touchées. Si on continue le tour de France, on a le Massif Central, la région Centre. Dans ces régions, certains secteurs sont dans une situation plus favorable que d'autres.

Les mesures de restriction d'eau sont-elles efficaces et comprises ?

Elles sont difficiles à mesurer sur place car les volumes d'eau dans les nappes sont très grands. Restreindre un peu le volume d'eau consommé n'a pas d'effet direct sur les nappes. C'est difficile de savoir si ces mesures sont vraiment efficaces. C'est important pour les effets de surface de l'alimentation des nappes comme les rivières ou les étangs. Là, l'effet est plus direct.

S'il ne pleut pas dans les prochaines semaines, la situation peut-elle devenir dangereuse ?

Les besoins de la nature elle-même, en plus des besoins notamment agricoles ou industriels, pourraient obliger à d'autres mesures de restriction. Les très petits villages qui dépendent d'une petite ressource en eau pourraient arriver à des difficultés d'approvisionnement en eau potable. Mais les nappes sont assez importantes en volume, donc on a assez de réserves. Le temps de régénération d'une nappe dépend de sa taille. On recharge les nappes à partir d'octobre-novembre, et il faut cinq à six mois pour pouvoir les recharger normalement. La situation actuelle est due au manque de pluie en automne, à partir de novembre. On se retrouve alors à des niveaux relativement bas cet été.

"Les besoins de la nature elle-même, en plus des besoins agricoles ou industriels, pourraient obliger à d'autres mesures de restriction." Laurence Gourcy, hydrogéologue, à franceinfo.

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