Sécheresse : en Charente-Maritime, écologistes et producteurs de maïs se livrent une véritable bataille de l'eau

En Charente-Maritime, pour faire face aux restrictions d'eau, certains agriculteurs construisent des bassins de rétention d'eau. Ils sont systématiquement attaqués par les associations de défense de l'environnement.

Système de pompage d\'eau pour irriguer un champ de maïs, en 2005 en Charente-Maritime.
Système de pompage d'eau pour irriguer un champ de maïs, en 2005 en Charente-Maritime. (MAXPPP)
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Sandy DauphinRadio France

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Comment lutter contre la sécheresse ? Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique doit faire "un point d'étape sur la gestion de l'eau", mercredi 9 août en conseil des ministres, selon le ministère. Cet été, 80 départements ont pris des arrêtés de restrictions d'eau, notamment en Vendée et en Gironde. Cela entraîne, parfois, des conflits d'usage comme en Charente-Maritime où l'irrigation pour la culture du maïs, très gourmand en eau, est pointée du doigt par les associations de défense de l'environnement.

Les restrictions d'eau divisent en Charente-Maritime : le reportage de Sandy Dauphin
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À Nieul-lès-Sainte, près de Saintes, Fabien Chaboisseau cultive 150 hectares de maïs irrigués. Et il a soif. "Je dirais qu'il faudrait encore un tour d'eau dans huit, dix jours pour finir la culture, indique cet agriculteur qui, l’été, doit partager l'eau de la Seudre avec les touristes, les pêcheurs et les ostréiculteurs du bassin de Marennes-Oléron, en bout de fleuve, car leurs huîtres ont besoin d'eau douce pour grossir. Il y a donc des restrictions d'irrigation : "On a le droit d'irriguer cinq nuits par semaine et la moitié de notre volume, explique Fabien Chaboisseau.

On est toujours dans l'inquiétude de savoir si on aura de l'eau ou pas pour finir nos cultures. On ne travaille pas sereinement.

Fabien Chaboisseau, agriculteur

à franceinfo

L'agriculteur a fait creuser, à ses frais, un immense bassin de rétention d'eau qu'il compte remplir l'hiver. "C'est une réserve d'eau de 120 000 mètres cubes. Ça fait à peu près la moitié de mes besoins d'eau sur mon exploitation, détaille-t-il. Nous, l'ensemble des agriculteurs irrigants, on est pour le développement des réserves. On veut prendre l'eau l'hiver, quand on est dans des périodes beaucoup plus humides, où il y a moins de conflits d'usage et très peu de prélèvements en eau potable. Donc, on stock l'eau l'hiver pour irriguer nos cultures."

Blocage des défenseurs de l'environnement

Aujourd'hui, cette retenue d'eau est vide. Ce projet a été attaqué en justice par l'association Nature environnement de Charente-Maritime. "Depuis 30 ans, depuis le début de l'irrigation, tous les étés sur les rivières les parties à sec se comptent en centaines de kilomètres. Il n'y a plus du tout d'eau", tempête l'un des militants de l'association, Jean-Marry. 

Pour Jean-Marry, ce modèle d'irrigation a vécu, "parce que ce réchauffement climatique, c'est beaucoup plus de chaleur, d'évapotranspiration, 20% de recharge des nappes en moins en hiver et puis 50% de réduction du flux des rivières en été. Même en pompant moins en été on arrivera à la même situation qu'aujourd'hui. 

On est persuadé qu'on va droit dans le mur. 

Jean-Marry, militant de Nature environnement Charente-Maritime

à franceinfo

La Charente-Maritime est donc en pleine bataille d'eau. Les agriculteurs ont des dizaines de projets de bassin de rétention mais ils sont systématiquement attaqués en justice par les associations de défense de l'environnement.