La viande bio prend timidement sa place dans nos frigos

La viande bio bénéficie d'une très bonne image auprès des consommateurs mais les ventes progressent lentement, selon l'enquête annuelle des professionnels de la filière viande (Interbev), rendue publique le 20 avril.

Le rayon viande d\'un magasin du réseau Biocoop.
Le rayon viande d'un magasin du réseau Biocoop. (MAXPPP)
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Sophie AuvignefranceinfoRadio France

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La viande bio reste un tout petit marché en France, pas plus de 2% de la consommation totale de viande. Et pourtant, tous les indicateurs sont au vert : une image positive, des consommateurs demandeurs. C'est ce qui ressort de l'enquête nationale annuelle Interbev, qui regroupe les professionnels de la filière viande, rendue publique le 20 avril. 

C'est vrai, la viande bio a une réputation d'excellence à faire pâlir d'envie tout le secteur conventionnel : respectueuse du bien-être animal, bénéfique pour la santé, pour l'environnement, pour le porte-monnaie du producteur,... c'est en tout cas ce que pensent huit personnes interrogées sur dix.

Des indicateurs encourageants

La viande classique n'a plus la cote en France. La consommation baisse depuis vingt ans. Un quart des clients interrogés affirment vouloir consommer plus de viande bio à l'avenir. Déjà aujourd'hui, sept français sur dix en achètent plus ou moins régulièrement, selon le dernier sondage Ifop commandé par les professionnels de la viande. "Ces chiffres sont pour nous une confirmation de ce qu'on avait vu l'année dernière, se réjouit Philippe Cabarat, président de la commission bio d' Interbev. On a beaucoup d'espoir, en tant que producteurs, en se disant qu'on est en train de construire la viande de demain. Le consommateur veut manger de la viande bio, il regarde le bien-être animal. Pour nous, cela confirme qu'on va dans la bonne direction", estime-t-il.

Encore des freins à la consommation

Malgré cet engouement des consommateurs, les ventes de viande bio ne décollent pas. Elle fait du surplace alors que la filière bio en général a bondi de 20% en un an. Mais la demande est bien là et l'offre va arriver, assure Jean-François Deglorie, lui aussi membre de la commission bio Interbev. "C'est un mouvement qui prend son temps à cause de la période de conversion. C'est à dire qu'entre le moment où un producteur s'engage en bio et le moment où il va la vendre sous l'apellation, en moyenne il y a deux ans. La bio, elle ne peut pas répondre à une demande forte, à un désir de consommation immédiate. Mais le rythme est plus dense depuis deux ans", souligne-t-il.

On voit bien que les gens ont envie de consommer du bio. Donc on est optimiste.

Jean-François Deglorie, représentant de producteurs de viande bio

à franceinfo

Le prix constitue aussi un frein pour les consommateurs. Il est mis en avant par près de la moitié des réfractaires, notamment les moins de 35 ans et les plus modestes. Il faut compter 10 à 12% supplémentaires par exemple pour une côte de boeuf bio, et 20 à 30% pour le porc et la découpe de volaille. Mais le point positif pour les producteurs, c'est que, pour six personnes interrogées sur dix, cet écart de prix est justifié. 

Une filière qui cherche à se démocratiser

Michel Vaidie a fait le pari du bio il y a deux ans. L'artisan-boucher a ouvert un second commerce, en plein Paris, entièrement bio, une offre rare. "J'ai osé franchir le pas parce que j'avais une forte demande des clients. Ils trouvaient de la volaille bio mais ils voulaient aussi de la viande traditionnelle, du boeuf, du veau, de l'agneau et du porc. Donc j'ai fait le pari d'ouvrir un rayon bio dans le marché couvert qui est pas très loin de chez moi", explique-t-il. Progressivement, Michel Vaidie parvient à en vivre. "On a déjà des fidèles et on a constamment des nouveaux qui arrivent. Des gens qui arrivent de loin dans Paris et même aux alentours", poursuit-il.

L'artisan-boucher reconnaît toutefois des difficultés d'approvisionnement pour le porc mais ses clients sont compréhensifs, "quand on manque d'un produit, ils vont acheter un autre produit. Ils disent qu'ils viendront en chercher la semaine suivante, ils ne veulent pas d'une viande qui ne serait pas française".

La viande bio a plus de saveur et elle ne diminue pas à la cuisson. Donc, même si à l'achat elle est plus chère, en fin de compte vous en avez plus dans votre assiette.

Michel Vaidie, artisan-boucher

Les boucheries artisanales comme celle de Michel Vaidie ne vendent pas plus de 15% de la production de viande bio française. Plus de 50% du volume passe en effet par les supermarchés. Mais le débouché majeur que convoite la filière ce sont les cantines. Le développement du bio dans les écoles était prévu par le Grenelle de l'environnement, il y a maintenant dix ans. 

Le reportage de Sophie Auvigne

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