Pourquoi les agriculteurs manifestent à nouveau

Les éleveurs ont repris lundi 25 janvier leurs actions de protestation, notamment en Bretagne, en Poitou-Charentes, en Haute-Marne et dans l'Aveyron. 

Des agriculteurs manifestent à La Rochelle (Charente-Maritime), lundi 25 janvier 2016. 
Des agriculteurs manifestent à La Rochelle (Charente-Maritime), lundi 25 janvier 2016.  (CITIZENSIDE/FABRICE RESTIER / CITIZENSIDE.COM / AFP)
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Comme un air de déjà-vu dans plusieurs régions de France : des axes routiers bloqués, des tracteurs aux abords de préfectures, du fumier en ville et des pneus incendiés… Les agriculteurs en colère ont repris lundi 25 janvier leurs actions de protestation, notamment en Bretagne, en Poitou-Charentes, ainsi qu'en Haute-Marne et dans l'Aveyron. 

Une précédente mobilisation, en juillet 2015, avait poussé le gouvernement à proposer un "plan d'urgence" pour la filière. En septembre, ces mesures avaient été complétées, afin de répondre à un nouveau mouvement des agriculteurs en colère. 

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a indiqué lundi que des mesures d'ajustement du plan d'urgence pour l'élevage seraient annoncées mercredi en Conseil des ministres. Mais le malaise persiste chez les agriculteurs. Francetv info liste leurs revendications. 

Pour enrayer la baisse des prix 

"La priorité, c’est (…) encore et toujours d’enrayer la baisse des prix", avait lancé le ministre de l'Agriculture dans un discours daté de septembre 2015. Pour les éleveurs, le défi n'a pas encore été relevé. Ils manifestent ainsi pour déplorer les cours trop bas, inférieurs à leurs coûts de production, auxquels le porc, le lait et la viande bovine sont achetés par les industriels de la transformation. 

Dans un communiqué publié lundi, les Jeunes Agriculteurs, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) ont rappelé que les négociations commerciales annuelles étaient en cours et qu'ils souhaitaient "interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité de mettre en place des mesures visant à obtenir l'engagement des distributeurs et des industriels pour un prix juste et en phase avec les coûts de production". Et pour cause : en un an, le prix du lait a encore baissé, en dépit des mesures annoncées entre-temps par le gouvernement, déplore ce producteur de lait breton, suivi par France 3. 

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Les syndicats veulent donc obtenir un engagement des distributeurs et des industriels pour le respect d’un prix équitable reversé aux producteurs et réclament la transparence sur la répartition des marges tout au long de la filière. Soit l'application concrète de la promesse faite en juillet et en septembre par Stéphane Le Foll.

Pour faire lever l'embargo russe

Pour les manifestants, une augmentation des prix passe notamment par la levée de l'embargo russe, en vigueur depuis l'été 2014. A l'époque, Moscou avait décidé d'interdire l'achat de produits alimentaires en provenance de l'Union européenne, en représailles à son soutien à l'Ukraine.

Or, la filière agricole européenne fournissait 73% des importations russes, rappelait La Croix en août. En 2013, la Russie a ainsi acheté à l’UE plus de 11 milliards d’euros de produits agricoles et agroalimentaires, absorbant ainsi 10% des exportations européennes dans ce domaine. "Rien que pour la France, neuvième partenaire commercial de la Russie, le manque à gagner s’élèverait à quelque 200 millions d’euros, les exportations ayant reculé de 23%", poursuivait le site du quotidien. L'impossibilité d'exporter vers la Russie a créé une abondance, voire une surproduction sur le marché européen, qui a fait chuter les prix. 

Pour obtenir plus de moyens pour le plan d'urgence

Les manifestants réclament par ailleurs davantage de moyens pour le plan d'urgence en faveur de l'élevage. "Le plan d'urgence pour l'élevage est engagé, mais les effets tardent à se faire sentir", pointent la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs dans un communiqué.

"(...) le fonds d’allégement des charges (FAC) souffre d'un manque crucial d'enveloppe", ajoutent les syndicats. Ce fonds, porté à 50 millions d'euros, devait permettre à l'Etat de prendre en charge les charges financières des éleveurs les plus en difficulté, notamment les intérêts sur les échéances des prêts bancaires. Or "seulement 600" exploitations sur les "3 000" qui en avaient fait la demande bénéficieront de cette prise en charge, déplorent les syndicats dans leur communiqué de lundi. 

Pour la généralisation de l'étiquetage d'origine

Les manifestants mettent également en avant d'autres demandes, comme la généralisation par décret de l'étiquetage d'origine sur les produits transformés. Là encore, il s'agit d'aller plus loin que les mesures précédemment annoncées par le gouvernement, comme le déblocage de 10 millions d’euros pour la promotion de la viande bovine, porcine et des produits laitiers sur le marché national et à l'étranger, ou encore la facilité pour les collectivités de se fournir en produits locaux pour leur restauration collective. 

"La priorité aujourd'hui, c'est l'étiquetage des produits transformés", explique Carole Joliff, présidente de la section porcine de la FDSEA des Côtes-d'Armor, interrogée par Le TélégrammePas la peine de nous rabattre les oreilles en nous disant qu'on l'a sur les viandes fraîches, car elles ne représentent que 30% de nos productions. On le demande aussi pour la production laitière. (...) On veut avoir la mention d'origine de chaque plat pour que le consommateur sache ce qu'il mange et qu'il puisse choisir."