Manifestation des agriculteurs bretons : "On se prépare pour un blocage long"

A Saint-Brieuc, les éleveurs des Côtes-d'Armor, toutes productions confondues, ont commencé mercredi à bloquer la quatre-voies entre Rennes et Brest. Yves Bazy, l'un d'eux, explique à francetv info pourquoi les agriculteurs se mobilisent.

Le 3 septembre 2015, des agriculteurs bretons s'étaient rendus en tracteurs à Paris pour manifester.
Le 3 septembre 2015, des agriculteurs bretons s'étaient rendus en tracteurs à Paris pour manifester. (GAEL CLOAREC / CITIZENSIDE / AFP)
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Ils entendent "interpeller l'Etat et la distribution sur la gravité de la situation des filières d'élevage". Une centaine d'agriculteurs des Côtes d'Armor et une quarantaine de tracteurs ont commencé, mercredi 20 janvier, à partir de 15 heures, à bloquer la N12, qui relie Rennes et Brest, à la sortie de Saint-Brieuc.

Les éleveurs, qui répondaient à l'appel des Jeunes agriculteurs et de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA), veulent ainsi attirer l'attention du gouvernement sur les milliers d'emplois menacés par la crise du secteur. Ils réclament notamment la venue du Premier ministre Manuel Valls.

Avant la mise en place de ce barrage, francetv info a pu joindre Yves Bazy, producteur de lait dans les Côtes-d’Armor et secrétaire général de la FDSEA. Il explique pourquoi les agriculteurs ont décidé de mettre en place ce barrage.

Francetv info : Pourquoi les agriculteurs bretons manifestent-ils aujourd’hui ?

Yves Bazy : La situation des agriculteurs n’a pas vraiment évolué en dehors des quelques rustines qui nous ont été proposées le 3 septembre [les éleveurs et céréaliers normands avaient manifesté à Paris]. Le gouvernement doit prendre en compte l’urgence de la situation. Et prendre, par exemple, ses responsabilités par rapport aux conséquences de l’embargo russe.

Cette décision politique nous a touchés par effet de domino. Les Allemands, qui vendaient beaucoup aux Russes, ont perdu de gros marchés donc ils se sont rabattus sur notre marché national. Sauf qu’ils sont plus compétitifs que nous et vendent mieux.

Je ne produis pas encore à perte mais ça ne saurait tarder ! Il me manque six centimes d’euros par litre de lait pour couvrir mes dépenses et faire un minimum de bénéfice. Le prix payé au producteur pour son travail est bien en dessous de son coût de production. Certains d’entre nous ont vraiment du mal à s'en sortir.

La manifestation risque-t-elle d’être tendue ?

On n’est pas là pour perturber les concitoyens. Mais on sait que si on veut être écoutés, on doit avoir un point de blocage important. C’est pour ça qu’on a choisi Saint-Brieuc, la préfecture des Côtes-d’Armor. Et on n'est pas là pour faire une kermesse. On espère que 500 personnes vont venir et il devrait y avoir une vingtaine de tracteurs avec leurs remorques chargées. On a déjà prévu de décharger des gravas sur la route mais chaque agriculteur est libre d’emporter ce qu’il veut.

Mais n’est-ce pas compliqué pour les agriculteurs de s’absenter pour manifester ?

Bien sûr, surtout pour les agriculteurs qui sont seuls sur leur exploitation. Et puis, on se prépare à un blocage long, sur plusieurs jours. Alors on s’est organisés entre nous. Chaque canton a un tour de garde d’une demi-journée à assurer à Saint-Brieuc. Pour mon canton d’Evran, c’est cet après-midi, pour le lancement, et demain après-midi. Après ça risque d’être plus compliqué.

C’est aussi pour ça qu’on a choisi de se rassembler à 14 heures. Comme ça, les éleveurs ont le temps de faire la traite et de soigner leurs bêtes avant de venir. Même les coopératives font l’effort d’être solidaires. Elles viennent avec des semi-remorques qu’on va transformer en dortoirs pour passer la nuit.

Peut-on s’attendre à ce que le mouvement s’étende ?

On a régulièrement des réunions avec les fédérations de Bretagne et du Grand-Ouest et c’est un mouvement qu’on a préparé ensemble. On est juste les premiers à démarrer. Mais effectivement d’autres départements en Bretagne et en Normandie ont déjà prévu des manifestations.