Crise agricole : "La détresse est profonde" alerte le directeur général de la MSA

Sur les six premiers mois de l'année, la permanence de prévention du suicide chez les agriculteurs a reçu 1 700 appels. Pour Michel Brault, directeur général de la Mutualité sociale agricole, cette détresse n'est pas seulement "financière", elle traduit aussi "le besoin d'un accompagnement humain".

Michel Brault, directeur général de la Mutualité sociale agricole
Michel Brault, directeur général de la Mutualité sociale agricole (VINCENT ISORE / MAXPPP)
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"La détresse est aujourd'hui profonde dans le milieu rural", a alerté mercredi 12 octobre sur franceinfo Michel Brault, directeur général de la Mutualité sociale agricole (MSA). Sur les six premiers mois de l'année, la permanence de prévention du suicide chez les agriculteurs, baptisée "Agri'écoutes", a reçu 1 700 appels, soit 285 en moyenne par mois. Pour Michel Brault, cette détresse n'est pas seulement "financière", elle traduit aussi "le besoin d'un accompagnement humain".

franceinfo : Comment se situe les revenus des agriculteurs ? Quels secteurs sont les plus touchés par les difficultés économiques ?

Michel Brault : Sur le revenu 2015, à peu près 30% des agriculteurs ont gagné moins de 4 200 euros, c'est-à-dire 350 euros par mois. Et nous craignons que pour 2016, cela s'accentue, compte tenu des difficultés économiques, sanitaires et climatiques. De plus en plus de secteurs souffrent. Les éleveurs bovins et porcins, les producteurs de lait, particulièrement. Mais cela s'étend : les céréaliers sont maintenant touchés, à cause des mauvaises conditions climatiques en 2016. De plus en plus de professions sont concernées, alors que dans le passé, on avait toujours affaire à des crises sectorielles. Maintenant, c'est plus général. Et les conséquences se font sentir : puisque les récoltes de céréales sont en baisse, il y a moins de recours aux saisonniers. On constate donc une baisse du nombre de salariés agricoles. Les coopératives aussi rencontrent des difficultés et restreignent l'emploi.

Les agriculteurs se tournent-ils vers la prime d'activité pour arriver à s’en sortir ?

On a une explosion des demandes : à peu près 200 000 demandes depuis le début de l'année, alors qu'on en attendait 60 000 en 2016 ! Sur ces 200 000 demandes, environ un tiers émanent d'exploitants et deux tiers de salariés.

Y-a-t-il de plus en plus d'appels au secours sur la ligne de prévention des suicides ?

Oui, à l'initiative du ministère de l'Agriculture, nous avions mis en place, il y a deux ans, le "plan suicide" avec cette ligne d'écoute. En 2016, les appels sont en forte augmentation. Sur le premier semestre, on compte 285 appels en moyenne par mois. De plus en plus d'épouses d'agriculteurs nous appellent pour dire : "Venez nous aider, on ne s'en sort plus". Et cette détresse n'est pas seulement financière, on sent qu'il y a le besoin d'un accompagnement humain.

Michel Brault, directeur général de la Mutualité sociale agricole : "De plus en plus de secteurs souffrent. Les éleveurs bovins et porcins, les producteurs de lait, particulièrement"
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