Marlène, recalée de l'armée parce que diabétique

Deux associations lancent une pétition pour réclamer la fin des interdictions professionnelles pour les patients atteints de diabète et réclamer des examens au cas par cas. Contrariée dans ses vœux il y a dix-sept ans, Marlène livre son témoignage à franceinfo.

Une femme contrôle le taux de glucose dans son sang, en septembre 2015.
Une femme contrôle le taux de glucose dans son sang, en septembre 2015. (THEOBALD / BSIP / AFP)
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Fabien MagnenouFrance Télévisions

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Le saviez-vous ? Contrôleur SNCF, policier, hôtesse de l'air, militaire... De nombreux métiers sont interdits aux diabétiques, en raison du risque d'éventuels malaises. Les associations Aide aux jeunes diabétiques et Fédération française des diabétiques ont lancé la pétition "Je fais un vœu", lundi 9 janvier, pour réclamer la fin de ces réglementations qu'elles jugent discriminantes.

Aujourd'hui employée dans les assurances, Marlène en a fait l'amère expérience dès l'adolescence. A l'âge de 15 ans, elle rêve d"intégrer l'armée et se renseigne sur un stand lors d'un forum d'orientation à Troyes (Aube). Après avoir évoqué sa maladie, diagnostiquée un an plus tôt, les officiers sont catégoriques. "On m'a opposé un non catégorique, en m'expliquant que je représentais un risque sur le terrain, que je pouvais mettre en danger la vie de mes collègues et représenter une menace pour la bonne issue des opérations".

"Je ne pensais pas être un risque ou une menace"

L'armée, comme d'autres corps de métiers, redoute que les diabétiques soient victimes d'éventuels malaises. Un choc pour l'adolescente : aucune dérogation n'est possible, y compris pour les tâches administratives.

"J'étais en colère. Je leur ai même dit : que faites-vous des gendarmes qui prennent de l'embonpoint avec l'âge et ne peuvent plus courir ?"

Marlène

à franceinfo

Employée dans les assurances, la jeune femme de 32 ans conserve aujourd'hui un "goût amer" de ce refus. "J'ai été dépitée et très choquée de cette réponse. Je ne pensais pas pouvoir être considérée comme un risque ou une menace." Les diabétiques "ont longtemps été considérés comme inaptes parce qu'on pensait qu'ils allaient avoir des complications", explique à l'AFP Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques. La plupart des interdictions en vigueur remontent à des périodes souvent lointaines.

Les principaux intéressés réclament aujourd'hui davantage de souplesse. "On se connaît aussi, on sait se gérer", poursuit Marlène, qui propose de remplacer les interdictions de principe par des examens au cas par cas. En effet, "les traitements ont bien changé en plus de quinze ans, résume la jeune femme. Je dispose d'une pompe à insuline 24/24 et je peux me déconnecter deux heures pour faire du sport, si j'en ai envie. Au quotidien, j'ai finalement la physiologie d'une personne non-diabétique".

"Une frustration dans les désirs de carrière"

Marlène assure qu'elle n'aurait aucune difficulté à assurer des fonctions dans l'armée, par exemple pour des missions administratives. "Pour un jeune diabétique qui fait des hypoglycémies tous les jours, car le diabète n'est pas maîtrisé, je dis non. Mais mieux vaut privilégier des examens au cas par cas, plutôt que de fermer les portes et de créer une frustration dans un désir de carrière." En l'état, elle regrette que la réglementation "marginalise toute une catégorie de la population".

Le diabète de type 1 apparaît brutalement chez l'enfant ou le jeune adulte. En toute logique, ces jeunes patients sont les plus touchés par ces refus de carrière. Quant au diabète de type 2, de loin le plus courant, il se développe progressivement chez des personnes de plus de 40-50 ans qui ont déjà intégré le monde du travail. Dans tous les cas, "les pompes à insuline ou les capteurs de glucose en continu permettent aux diabétiques de s'autocontrôler et d'avoir une vie quasiment normale", précise Gérard Raymond.

Une commission spéciale à Polytechnique

Avec le temps, toutefois, certains établissements font des efforts pour individualiser les cas, comme l'école militaire polytechnique, marquée par le témoignage de Mathilde, une jeune diabétique éconduite en 2013.

En vertu d'un arrêté du 27 mai 2014, l'établissement fait désormais exception au protocole médical Sigycop, en vigueur dans l'armée. Les éventuelles pathologies des candidats, diabète ou autre, font l'objet d'une commission spéciale, composée du médecin-chef, d'un médecin agrégé et d'un spécialiste de la maladie. En 2015, vingt admissibles n'auraient pas pu défendre leurs chances sans cette commission. Et deux des 400 élèves français étaient diabétiques, précise l'école polytechnique à franceinfo.

Vers un groupe interministériel d'évaluation ?

Championne du monde 2014 de karaté, Alizée Agier espère connaître un sort similaire, après avoir été recalée de la police. "Trois médecins voulaient me mettre apte, mais leur supérieur a opposé un non catégorique, malgré ma carrière de sportive de haut niveau", explique-t-elle à franceinfo. "Très déçue", la sportive a fait appel de la décision, au mois d'août. Il lui reste donc encore un petit espoir. "Le recours est examiné demain mardi, justement."

En attendant, elle poursuit son BTS Tourisme, avec deux à quatre heures d'entraînement par jour. Equipée d'un stylo à insuline, elle estime que son diabète est "bien équilibré". Ses adversaires sont sans doute du même avis.

Ces cas personnels suggèrent une évolution dans les procédures. Mais la pétition veut aller plus loin pour donner leur chance aux candidats. Le texte réclame notamment que les professions interdites soient réévaluées une fois par an par un groupe interministériel, en tenant compte des "évolutions technologiques et médicamenteuses". Par ailleurs, les associations de diabétiques comptent bien interpeller les candidats à la présidentielle dans les prochaines semaines, comme une piqûre de rappel.