Le nombre de chômeurs au plus haut depuis 1997

Le nombre de chômeurs bat son record depuis 15 ans, selon les chiffres publiés mardi 26 février par Pôle emploi et les services statistiques du ministère du Travail (Dares).

Document d'inscription à Pôle emploi, le 24 septembre 2012 à Brest (Finistère).
Document d'inscription à Pôle emploi, le 24 septembre 2012 à Brest (Finistère). (FRED TANNEAU / AFP)

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Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A s’établit à 3 169 300 en France métropolitaine, fin janvier 2013, selon les chiffres publiés mardi 26 février par Pôle emploi et les services statistiques du ministère du Travail (Dares). Un chiffre en hausse de 1,4% par rapport à fin décembre 2012 (+43 900). Sur un an, il croît de 10,7%. Le nombre de chômeurs en France s'approche dangereusement du pic historique de janvier 1997, où 3 205 000 personnes étaient recensées par Pôle emploi dans cette catégorie.

Au total, le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B, C s’établit à 4 680 200 fin janvier 2013 (4 967 500 avec les DOM), en hausse de 1,3% au mois de janvier (+60 800) par rapport à décembre. Sur un an, il augmente de 9,8%.

En raison d'une réforme des règles qui régissent les radiations, les statistiques de janvier se sont alourdies de 21 000 personnes pour la catégorie A et de 24 000 personnes pour les catégories A, B et C. 

D'abord optimiste, Hollande a adopté la prudence

La Commission européenne avait déjà publié des prévisions économiques inquiétantes, vendredi 22 février. Elles annonçaient une aggravation du taux de chômage dans la zone euro et n'épargnaient pas la France, où le taux devrait atteindre 10,7% à la fin de l'année 2013 et 11% en 2014 (10,3% en 2012). Bruxelles a prévenu qu'un taux de chômage "élevé et persistant porte le risque de devenir structurel en raison de la perte de compétences" des salariés sans emploi.

Dès le lendemain, François Hollande a réagi à ces prévisions de Bruxelles : "S'il n'y a pas d'objectif [de lutte contre le chômage], il n'y a pas de volonté et moi je ne me résigne pas." L'inversion de la courbe du chômage est liée selon lui à la reprise de la croissance. Celle-ci n'est pas prévue par la Commission avant 2014.

Pourtant, lors de ses vœux le 31 décembre, le président avait fait preuve d'optimisme, annonçant que la France parviendrait "coûte que coûte" à inverser la tendance d'ici à la fin 2013.

Le ministre du Travail, Michel Sapin, croit toujours à cet objectif initial. En visite lundi à Berlin (Allemagne), il a estimé que "même avec une croissance plus faible que celle que nous escomptions, les politiques de l'emploi nous permettront d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année 2013". Pour autant, l'heure n'est pas à l'optimisme. "Il devient difficile de donner des objectifs assurés sur l'emploi", confiait lundi à l’AFP un conseiller de l'Elysée. 

Ce qui inquiète les économistes

Fait marquant, il y a de plus en plus de chômeurs de longue durée. Ils étaient près de 2 millions en décembre, un record absolu "qui pose de manière urgente la question de leur prise en charge", selon Philippe Waechter, économiste chez Natixis interrogé par l'AFP. 

Beaucoup arrivent en fin d'indemnisation. Ce phénomène a pris une dimension tragique avec l'immolation par le feu d'un chômeur en fin de droits, devant une agence Pôle emploi de Nantes (Loire-Atlantique), mercredi 13 février. Enfin, le nombre de demandeurs d'emploi bénéficiaires du RSA (+ 13,3%) et des allocations de solidarité ont bondi en 2012 (+14,4%)

Ce que prévoit le gouvernement

Pour redresser la barre, l'exécutif mise sur les nouveaux outils de la politique de l'emploi, comme le dispositif des emplois d'avenir. Selon Jean-Marc Ayrault, "près de 8 000" des 100 000 escomptés d'ici à la fin de l'année seraient sur les rails.

Quant aux décrets d'application de la loi sur le contrat de génération, ils seront publiés à la mi-mars. Le texte vise à embaucher des jeunes en CDI, mais ses effets sont encore inconnus.

D'après Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, ces outils "peuvent juste limiter la casse". Selon lui, il n'existe pas de recette miracle pour faire baisser le taux de chômage : "Il faudrait un minimum de 1,5% croissance annuelle pour pouvoir inverser la courbe du chômage et on en est très loin."