A quoi joue Manuel Valls ?

Après la violente tribune de Martine Aubry et de plusieurs ténors de gauche contre sa politique, le Premier ministre reste inflexible. Une façon de préparer son avenir. 

François Hollande et Manuel Valls à la sortie de l'Elysée, le 10 février 2016.
François Hollande et Manuel Valls à la sortie de l'Elysée, le 10 février 2016. (MICHEL EULER / AP / SIPA)

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"Le PS passera-t-il l'hiver ?", "Le PS va-t-il exploser ?"... La presse est unanime : depuis le début du quinquennat de François Hollande, jamais la fracture entre majorité socialiste et le couple exécutif n'a été aussi grande. Déjà échaudés par l'extension de la déchéance de nationalité, et divisés par le dernier remaniement, les élus socialistes se déchirent désormais sur la réforme du Code du travail. Accusé d'être trop favorable aux entreprises au détriment des salariés, le projet de loi El Komhri est perçu par ses opposants comme un cadeau fait à la droite et au Medef. 

Habituellement discrète, Martine Aubry a décidé de sortir de sa réserve. "Trop c'est trop !", s'est-elle exclamée cette semaine dans une tribune assassine, cosignée par Daniel Cohn-Bendit et Benoît Hamon notamment. Le texte, s'il se garde de viser directement François Hollande, est un véritable réquisitoire contre la politique menée par Manuel Valls à Matignon. 

La "gauche du XIXe siècle" contre "gauche du XXIe siècle"

"La remise en cause est globale", a admis Manuel Valls. Mais loin d'être ébranlé par la charge, le Premier ministre a semblé au contraire se réjouir de l'affrontement entre une "gauche du XIXe siècle", et une "gauche du XXIe siècle" qu'il entend incarner. Pour lui, c'est l'heure d'une "clarification" salutaire. Droit dans ses bottes, le Premier ministre rappelle au passage que sa ligne, celle du "social-réformisme" et de la "gauche décomplexée", n'a pas bougé depuis vingt ans. Pire, il prévient les mécontents : "Cela continuera".

Bref, à un peu plus d'un an de la prochaine présidentielle, Manuel Valls semble prêt à en découdre. Sa stratégie : "Contourner la gauche et se réclamer des Français", écrit Libération. Une attitude qui tranche avec la volonté de dialogue et d'apaisement sans cesse vantée par François Hollande. Et s'il reste loyal au président de la République, le chef du gouvernement n'oublie pas de se démarquer et d'égratigner les premières années du quinquennat : "Tout cela aurait dû être fait dès 2012", lâche-t-il à propos des réformes économiques. 

"Valls constate que François Hollande est démonétisé"

En clair, Manuel Valls "reprend sa liberté", estime Antonin André, journaliste politique à Europe 1. Selon lui, le Premier ministre est désormais convaincu que François Hollande n'a plus aucune chance d'être réélu en 2017. Désormais, l'inversion de la courbe du chômage, condition préalable fixée par le chef d'Etat pour une nouvelle candidature, semble effectivement hors de portée. Alors Manuel Valls se positionne en recours. "Il constate que François Hollande est démonétisé et il ne veut pas couler avec. Alors il avance ses pions", acquiesce une journaliste habituée de Matignon, interrogée par francetv info.

Le Premier ministre promet d'aller "jusqu'au bout". "Tant que je peux, je réforme", a-t-il martelé cette semaine en petit comité. Cela signifie-t-il que s'il ne parvient pas à faire voter la loi El Khomri, l'hôte de Matignon fera ses valises ? 

"Il tend au maximum l’élastique pour qu’il finisse par casser"

"Valls se prépare à sortir, il ne veut pas rester à Matignon jusqu’à la fin et être coresponsable du bilan, pense un élu proche du chef de l’Etat, cité par Le Monde (article abonnés). Alors il tend au maximum l’élastique pour qu’il finisse par casser. S’il est mis en minorité sur la loi travail, il pourra sortir en disant qu’il n’a pas les moyens de son grand réformisme." Car Manuel Valls se souvient du précédent François Fillon.

Sa hantise est d’être 'fillonisé' : Fillon était un premier ministre populaire avant 2012, mais il n’a pas su rebondir après la défaite de Sarkozy.

Un ministre anonyme

cité dans "Le Monde"

Manuel Valls est donc contraint à un jeu d'équilibriste, entre sa loyauté à François Hollande et sa volonté d'apparaître le mieux placé si le président de la République renonçait à présenter sa candidature. "Il ne peut pas faire de putsch contre Hollande, il est contraint d’attendre", résumait un proche du chef de l'Etat. La loi sur la réforme du travail pourrait provoquer l'heure de vérité.