Qui est Rémy Buisine, le "périscopeur" de Nuit debout ?

En filmant les Nuits debout en direct avec son smartphone, ce community manager de 25 ans réunit chaque soir des milliers d'internautes.

Rémy Buisine, le 6 avril 2016, place de la République à Paris.
Rémy Buisine, le 6 avril 2016, place de la République à Paris. (ELLIOTT VERDIER / AFP)
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Elise LambertFrance Télévisions

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C'est devenu une habitude pour lui. Depuis presque deux semaines, Rémy Buisine se rend tous les soirs place de la République, à Paris, pour filmer en direct, avec l'application Periscope, les Nuits debout. Depuis le quartier du Bataclan, où il réside, il en a pour à peine dix minutes à pied. "Je pars toujours avec mon iPhone 6, mon kit oreillettes que je branche et débranche selon les prises de son, et une grosse batterie rechargeable. Filmer consomme beaucoup..." confie le community manager à francetv info.

Une fois sur place, le jeune homme de 25 ans oscille entre plans larges, plans serrés, interviews de personnalités, de militants et d'associations, avec l'objectif de raconter le mouvement de "la façon la plus neutre possible". Dimanche 3 avril, près de 80 000 internautes ont suivi en simultané et en direct son compte Periscope. Un succès tel que l'application aurait même planté, raconte-t-il à L'Express.

"La première nuit, je faisais une veille sur les réseaux sociaux parce que je sentais que quelque chose montait après la manifestation contre la loi Travail", confie-t-il à francetv info. "Quand j'ai vu qu'à une heure du matin, il y avait toujours du monde à République, j'ai décidé de m'y rendre." Sur place, il filme les feux de camp, l'ambiance, les interventions... "C'était moins organisé que ça ne l'est devenu. Il n'y avait pas encore les AG, les tentes... Mais on sentait que c'était un moment unique."

L'audience est telle que certaines personnes rejoignent le rassemblement grâce à son live. "J'ai répondu à une curiosité. Personne ne comprenait ce qui se passait", confie le jeune homme, originaire de Landais (Nord). "Des manifestations en journée il y en a des tonnes. La nuit, c'est plus rare."

Journaliste en herbe

En une seule nuit, Rémy Buisine passe du statut d'anonyme à véritable référence sur les réseaux sociaux. Community manager sur les radios Ado, Voltage et Latina, il est même invité, mardi 5 avril, sur le plateau du "Grand journal" de Canal+ aux côtés d'Olivier Besancenot et Miguel Urban Crespo, député européen du parti espagnol Podemos. "C'était vraiment merveilleux. J'ai toujours été admiratif des grands médias. Et là, me retrouver dans les coulisses..." raconte-t-il à La Voix du Nord.

Depuis son enfance, le Nordiste voue une véritable admiration aux médias et a toujours eu "une sensibilité journalistique". Petit, il écrit des articles sur le modèle de La Voix du Nord ou de Nord Eclair. "Ma grand-mère était abonnée et le dimanche, chez elle, je lisais tout !" Pas passionné par les études, écarté du circuit scolaire en cinquième, il se tourne vers une école d'agriculture à Genech (Nord). "Je tondais la pelouse, je plantais des fleurs", des activités bien éloignées de ses aspirations. A 19 ans, il se lance dans l'auto-entrepreneuriat et s'occupe de la communication des clubs de foot de la région. Y compris celle du joueur Aurélien Chedjou en 2011, année où le Losc réalise le doublé en Coupe de France et en championnat.

"J'essaie d'être là où l'actualité se passe"

Autodidacte, il se spécialise petit à petit dans les réseaux sociaux et s'inscrit sur chaque nouvelle application. Facebook, Twitter, Instagram, Periscope, LinkedIn... En 2012, il fait même l'objet de plusieurs articles de presse locale qui le décrivent comme un "génie du web", rappelle Le Monde. Avec un ami, il lance une entreprise dédiée à la création de pages Facebook. Les intitulés vont de "Ce soir je dors nue, 150 moustiques aiment ça" à la page pour célibataires ou fans de foot ou d'actualité people, résume La Voix du Nord.

Afin de se diversifier, il commence à filmer en direct les événements, certain de l'aspect "révolutionnaire" des réseaux sociaux pour la communication. "Je filme des choses légères comme le Nouvel An à Paris, le marché de Noël..." témoigne-t-il à francetv info. "J'essaye aussi d'être là lors de moments plus importants." Le 13 novembre, peu après les attentats de Paris, il se rend place de la République pour filmer le recueillement en hommage aux victimes. Le 27 mars, il est à Bruxelles pour "La marche contre la peur", finalement annulée par les autorités, mais où surviennent des incidents entre la police et des hooligans.

A l'écouter, Rémy Buisine n'anticipe jamais ses lives : "J'essaye d'être là où l'actualité se passe. Je suis un simple témoin, je ne récupère rien et ne suis pas un porte-parole. Je filme ce que je vois." Les seuls moments où Rémy profite de sa situation, c'est lorsqu'il rencontre des stars. Son compte Instagram abonde de selfies pris avec la chanteuse Ariana Grande, l'urgentiste Patrick Pelloux ou encore le rappeur Nekfeu.

Selfie avec la vainqueur de l'album de musiques urbaines et grand talent : @nekfeu #victoires2016 #music #urbain #rap #rnb #paris #selfie #selfies #parisien #instapic #parisien #parisian #like #like4like #likeforlike #likes #vscocam #vsco

Une photo publiée par Remy Buisine (@remybuisine) le

Heureux et ému d'avoir faire la rencontre de Mr PATRICK PELLOUX à République ce soir. Ex-chroniqueur à Charlie Hebdo, j'admire cet homme pour son courage et son message de paix. #charliehebdo #jesuischarlie #paris #parisattacks #parisien #parisienne #parisian #igersparis #parisjetaime #iloveparis #prayforparis #instalike #like4like #likes #tagsforlikes #likeforlike #instapic

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SELFIE AVEC ARIANA GRANDE !! WOW !! @arianagrande

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Il couvrira les Nuits debout jusqu'au bout

Pas journaliste, mais parfois perçu comme tel, Rémy Buisine est très apprécié par les manifestants de Nuit debout. "Je crois qu'ils aiment mon ton neutre. Ils se méfient moins qu'avec les chaînes d'info en continu", confie-t-il à francetv info. Même s'il ne pense pas, "comme certains", que les médias manipulent les images, il voit son succès comme une alternative aux médias traditionnels. "Je n'ai pas de contraintes avec Periscope, je peux faire un traitement long, en immersion, le temps que je veux et sans montage."

Pour l'instant, le jeune homme assure qu'il couvrira Nuit debout jusqu'au bout. "Avec le démantèlement ce matin, la nuit de ce soir [lundi 11 avril] risque d'être très intéressante." Certaines entreprises ont pris contact avec lui pour d'éventuels projets, mais "rien de concret pour l'instant", confie-t-il. "Je garde toujours l'idée du journalisme dans un coin de ma tête."