"On vaut mieux que ça !" : quand un rappeur s'empare du slogan contre la loi Travail

Artiste aux textes très politiques, L'1consolable explique à francetv info la genèse de son titre, qui a séduit les manifestants du 9 mars.

Des manifestants contre le projet de réforme du Code du travail, le 9 mars 2016, place de la République à Paris.
Des manifestants contre le projet de réforme du Code du travail, le 9 mars 2016, place de la République à Paris. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

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Se rendre dans les cortèges qui ont réuni au moins 200 000 personnes dans toute la France, mercredi 9 mars, contre le projet de réforme du Code du travail, c'était constater qu'un slogan s'était imposé comme le mot d'ordre du mouvement : "On vaut mieux que ça". Déclinée en hashtag sur les réseaux sociaux, cette phrase est née, fin février, de l'initiative d'un groupe de vidéastes et s'est vite répandue sur internet, où se déroule une bonne partie du débat sur cette réforme. Ce slogan a aussi donné son nom à une chanson, qui a rythmé le cortège parisien.

Son auteur, le rappeur parisien L'1consolable, a tourné son clip parmi les manifestants du 9 mars et n'en est pas à son coup d'essai dans le domaine du rap politique. Francetv info l'a interrogé sur la genèse de ce morceau et sa vision du mouvement contre la loi El Khomri.

A quel moment avez-vous décidé d'écrire un morceau contre ce texte ?

Ce projet, aussi révoltant soit-il, ne l’est pas plus que la manière dont a été voté l'état d’urgence, que la persécution des musulmans ces derniers mois, que la loi Macron… Je me suis simplement dit, en voyant la mobilisation prendre : "Tiens, c'est peut être la goutte d'eau qui fait déborder le vase." J'avais envie d'en être.

Depuis que j'avais pris connaissance de ce projet, ça me trottait dans la tête. Les morceaux commencent souvent avec une petite étincelle. J'étais à l'arrière d'une voiture, les premières phrases me sont venues et j'ai pris un carnet. Il s'est passé très peu de temps entre ce moment, le 26 février, et la mise en ligne du morceau.

Pourquoi "On vaut mieux que ça" ? Vous êtes-vous reconnu dans ce hashtag ?

Dans un sens, oui. Le choix d'avoir gardé ce slogan était une manière de faire unité avec ce mouvement. J'ai contacté le collectif de vidéastes, car j'avais envie que ça se construise avec eux, pas dans mon coin [leur logo apparaît dans le clip]. Mais je voulais aussi dire ce que j'y vois de critiquable. Dans mon texte, j'utilise le "On vaut mieux que ça" quand je critique les conséquences de ce projet sur la condition des travailleurs.

Mais, dans une deuxième partie, je bascule dans une critique du travail en lui-même, le fait qu'on n'imagine pas s'en passer, un sujet auquel je reviens souvent. C'est ce que je critique à la fin du morceau : "On vaut mieux que leur dire qu'on vaut mieux que ça : ils ont là appris qu'on se moque de savoir combien on vaut, car on n'a pas de prix !" C'est une façon de dire qu'on n'a pas à se justifier, qu'on n'a pas à s'auto-évaluer, parce qu'on n'est pas des marchandises.

Avez-vous le sentiment que le rap peut aider à éveiller certaines consciences ?

Ce qui m'a décidé à prendre la plume, il y a une vingtaine d'années, c'était un sentiment d'injustice, une velléité de transformer la société. C'est ce qui m'a séduit dans le rap que j'ai découvert à cette époque. J'ai déjà fait des chroniques rappées sur l'actu, dans le cadre d'une émission de radio puis, pendant quelques mois, dans l'émission en ligne de Daniel Mermet. Je me suis toujours plus ou moins inspiré de l'actualité dans mes textes.

Je suis très modeste avec tout ça : ce n'est pas une chanson qui va transformer la réalité sociale. Mais, du fait qu'il s'appuie sur une mobilisation massive, ce morceau est diffusé dans d'autres proportions que d'habitude, et tout le monde m'a fait des retours positifs. Les gens se retrouvent dans le texte, et s'en emparent comme d'un outil de communication. Les auteurs de l'appel du 9 mars trouvent que ça donne à voir l'atmosphère de la manif : pour moi c'est très positif qu'ils puissent s'en servir. Ce que j'avais en tête, c'était de pouvoir soutenir ce mouvement avec les compétences qui sont les miennes, derrière un micro.